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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 00:09

Cette maxime (1) de François de La Rochefoucauld me donne à penser.


02_provence_2012.jpg

Albert et son frère Pierre, célibataires, ainsi que Roger veuf depuis peu.link

 

 

Les vieillards, ça me fait penser à Suzanne et les vieillards link


 

« Suzanne a l'habitude de se promener dans le jardin. Les deux vieillards libidineux la désirent. Ils l’observent. Un soir, Suzanne demande à ses servantes de fermer les portes du jardin et d'aller quérir de l'huile et des parfums afin qu'elle se baigne parce qu'il fait chaud. L’occasion est trop belle pour les deux lubriques qui soumettent Suzanne à un odieux chantage : « tu te donnes à nous sinon nous te dénonçons en affirmant que tu étais avec jeune homme… »


 

« Sulfureuse histoire où la belle et jeune Suzanne repousse 2 vieillards libidineux et non le péché de chair : aurait-elle été aussi farouche si la proposition était venue de la bouche d’un jeune tourtereau ?  Tous les ingrédients sont assemblés pour laisser planer sur cette histoire un érotisme torride : le bain, les huiles, la nudité, le désir, la concupiscence, la bestialité… »


 

Ça me donne aussi à penser que doucement avec le temps les vieillards ont laissé la place aux vieux. En 1963, Brel écrira Les Vieux, où il décrit sans complaisance le quotidien des personnes âgées, de leurs diminutions physiques et intellectuelles, qui n'ont pour tout avenir que la perspective de la mort :


 

Les vieux ne parlent plus ou alors seulement parfois du bout des yeux

Les vieux ne rêvent plus, leurs livres s´ensommeillent, leurs pianos sont fermés

Les vieux ne meurent pas, ils s´endorment un jour et dorment trop longtemps.


 

En 1963 j’avais 15 ans et les amies de maman lui disait « Il fait plus vieux que son âge ». Ça me plaisait car j’avais hâte d’être adulte pour entrer de plain-pied dans la vraie vie.


 

Mais les vieux de ce temps-là c’étaient des gens comme ma mémé Marie, usés, cassés, qui touchaient une maigre retraite des vieux travailleurs.


 

Ça me donne encore à penser que presque 50 ans plus tard, les vieux ont laissé place aux seniors qui filent droit vers le 3e âge avant de verser dans la catégorie des personnes âgées dépendantes ou non.


 

Alors, aujourd’hui, alors que je sors doucement de la vie professionnelle, que je suis un senior avec réduction à la SNCF, au ciné…, le plaisir est-il le même de m’entendre dire, à 66 ans, « Tu fais plus jeune que ton âge… » ?


 

Non, car « Vivre, c’est vieillir rien de plus. » comme l’écrit très justement Simone de Beauvoir.


 

Nous ne sommes pas en mesure de faire jouer un quelconque curseur, ce plus vieux ou ce plus jeune n’a pas grand sens sauf à cultiver une harmonie entre la précocité et la vivacité de son corps et celle de son esprit. Bien évidemment j’exclus l’irruption de la maladie ou d’un accident sur lesquels nous n’avons guère de prise même en ayant ce que l’on nomme une bonne hygiène de vie.


 

Mon principe de vie est simple : je vis ma vie comme elle vient sans m’embarrasser du qu’en dira-t-on tel Berthe Bertini, la vieille dame indigne du très beau film de René Allio.


 

La voix off sur le générique de fin résume en quelques mots cette philosophie de la vie :


 

« À bien voir les choses elle vécut seulement deux vies successives, la première en tant que fille, femme et mère ; la seconde simplement en tant que madame Berthe, personne seule, sans obligations, aux moyens modestes mais suffisants.


La première vie dura environ 60 ans ; la seconde pas plus de 18 mois.


Elle avait savouré pleinement les longues années de servitude, les brèves années de liberté et consommé le pain de la vie jusqu’aux dernières miettes… »


la_vieille_dame_indigne_photo_3.jpg

 

 

Madame Berthe c’est la mémé type de mon enfance, petit chapeau, petit sac, de noir vêtue, simple et modeste, nous sommes dans les années 50, même vie de servitude, mais au contact de Rosalie serveuse de bar, jeune femme très libre et d’Alphonse, merveilleux Jean Bouise, cordonnier libertaire, des marginaux, madame Berthe consomme le pain de la vie jusqu’à sa dernière miette.


 

Ma mère se prénommait elle aussi Berthe, lorsque mon père mourut prématurément, elle dut travailler à l’usine  de confection de Saint-Julien-des-Landes pour se constituer une retraite. Ce fut dur mais elle se fit de jeunes copines à l’atelier et, sans prendre la liberté de Berthe Bertini, elle profita de la vie, voyagea avec son amie Madeleine Remaud. Juste retour d’une vie de labeur.


 

Alors tout ça pour vous dire que moi, qui ai eu la chance d’avoir une vie avec bien peu de servitudes mais seulement quelques contraintes liées à mes activités, devoir de réserve, représentation, pour mon dernier tronçon je goûte le pain de la vie jusqu’à sa dernière miette avec qui bon me semble en laissant les envieux et les bilieux aboyer.


 

Comme « Vieillir est le seul moyen qu’on ait trouvé pour vivre longtemps »*, mon compte âge ne m’ayant apporté ni un supplément de sagesse et de bonté d’âme, ni un excès de dévergondage, seulement un zeste supplémentaire de liberté, je laisse les bons préceptes et le mauvais exemple aux autres. 

 

* Sainte-Beuve

 

(1)          « La critique contemporaine se montre dans l’ensemble assez peu favorable à la maxime.

 

Non qu’elle adopte le point de vue de Voltaire, aux yeux de qui la réflexion brève n’est au plus que l’ornement d’un plus long discours. Elle ne dénie pas toute vertu  à une littérature du discontinu, bien au contraire : elle accorde à l’aphorisme et au fragment ce qu’elle retire à la maxime, l’authenticité d’un dire originel. » 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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