Lundi 23 juillet 2012 1 23 /07 /Juil /2012 00:09

Après un vrai dimanche de vrai soleil, type cagnard qui darde des rayons de feu, rosé d’Estézargues, sardines frittes, accras de morue, calamars, premier raisin du Vaucluse, café glacé, j’ai l’âme légère et l’esprit frondeur. Lire sur la terrasse au neuvième plein sud, d’abord feuilleter un à un la cotriade de bouquins glanés hier après-midi : razzia de librairies ! Des tous petits comme je les aime. Des pieds de cuve à chronique, que du bonheur pour le petit chroniqueur ! Bref, il n’empêche qu’avant de me lancer dans l’écriture à la fraîche je ne pouvais m’empêcher de penser aux segmenteurs de vin qui, selon des gens sérieux bien informés, vont devoir exercer leur métier sur le marché du vin qui en a tant besoin, le pauvre. C’est fou, le nombre d’experts, qui bourdonnent et butinent, au-dessus du berceau de cet enfant terrible : des Diafoirus, des oracles, des Fées, des conseillers… (moi je n’en suis j’ai mes vaches). Ils délivrent leur diagnostic issu de profondes analyses et l’une de leur posologie préférée face aux désordres du marché tient en cette préconisation miracle : il faut segmenter ! Pour preuve j’ai pris bonne note d’une question posée dans l’édito de Vitisphère : Faut-il segmenter les vins bios ?



J’en déduis donc que s’il faut segmenter les vins il existe des segmenteurs de vin ? Mias où sont-ils nichés donc ces manieurs de scalpels qui découpent une droite en plusieurs segments de droite ? Je ne sais, dans ma jeunesse j’ai connu les scieurs de long, des gars costauds pourvus d’une bonne descente qui maniaient à deux une longue scie à ruban, bien plus tard les saucissonneurs des beaux quartiers qui ont eu leur heure de gloire mais ils se contentaient d’empaqueter les bourgeois pas de les découper, et pour en finir avec mon ironie facile, et m’en tenir là, dans les mêmes quartiers officièrent les découpeurs d’immeubleslink, qui achetaient des blocs d’immeubles aux institutionnels pour les revendre appartement par appartement pour faire du blé, pas du jaja.


Longue digression, pas forcément inutile pour redonner aux mots leur valeur : segmenter c’est découper mais la seule question qui vaille c’est qui découpe quoi ? Est-ce une action volontaire émanant de découpeurs de segments de marché ou est-ce le marché qui de par les caractéristiques des consommateurs induit cette segmentation qui se traduit par un étagement des prix du type prix de marchand de chaussures avec des 99 juste après la virgule. Dans les produits de grande consommation issus de l’agro-alimentaire, ou aussi des entreprises d’autres secteurs, il est clair que la segmentation par les prix, le positionnement prix des produits est l’œuvre des petits génies des services de marketing. Ainsi, au travers de la Distribution nous avons : les Grandes Marques, les marques de distributeurs, les produits des hard-discounteurs, des gens qui sont passés maîtres dans ce sport très particulier de soi-disant offrir aux consommateurs le meilleur au plus juste prix. Tout dépend de la pression mise sur les fabricants et sur le fait d’inclure dans le prix les coûts publicitaires et autre mises en avant par exemple. C’est un raccourci rapide mais il est clair que les mêmes produits peuvent se retrouver à des niveaux de prix très différents.


Et le vin dans tout ça ? Peut-il faire l’objet d’une telle forme de segmentation en notre beau pays ? Sans grand risque de me tromper la réponse est non car nous n’avons pas l’équivalent d’une marque comme Jacob’s Creek. Les nôtres sont des reliquats du passé destinées à couvrir un maximum d’espace dans les linéaires de la GD et du HD et leur positionnement est au ras des pâquerettes. Les tenants du petisme vont applaudir à tout rompre sauf que le problème posé est bien réel : la lisibilité de l’offre de nos vins n’est pas claire et le positionnement prix est souvent lié à des éléments historiques : notoriété de l’appellation, conservatisme des acheteurs de la GD, habitudes des consommateurs les plus anciens… qui ne correspondent plus très bien à la réalité des vins.


Alors me direz-vous, c’est bien beau de se gausser, de charrier les braves petits soldats qui segmentent, mais que faut-il faire pour que le consommateur s’y retrouve ? La réponse est simple à formuler, et difficile à appliquer : prendre le problème par les deux bouts :


-         Au cep : produire le raisin dédié à un vin donné, ce qui signifie que l’on sort de l’ambigüité actuelle de beaucoup d’AOC de grande dimension et dans les vignobles mixtes des choix clairs et connus soient fait. Tant que nous produirons une ressource mal définie nous ne bâtirons rien de solide dans le bas de la pyramide.


-         À la bouteille : partir de la réalité des modes de distribution du vin en notre vieux pays et appréhender pour chacun d’entre eux ce qu’il est possible de faire de pour tenter de mieux coller aux réalités de la production.

Grande Distribution, cavistes, CHR, vente directe sous toutes ses formes… Chacun a suffisamment de quoi balayer devant sa porte pour sortir de la simple stigmatisation ou du refus de s’organiser. C’est pas l’optimum ! Les surcoûts sont partout et ce sont les vignerons qui trinquent.


Le chantier est ouvert depuis belle lurette mais les lieux de confrontation sont maintenant aux abonnés absents. Chacun pour soi, à hue et à dia, plus aucune réelle perspective d’ensemble, les bassins ne sont que des petites bassines pilotées par l’inefficace consortium administration-profession, je ne vais pas me perdre en conjectures mais j’affirme sans grand risque que, remettre un peu d’intelligence dans certains zinzins : l’INAO et le diverticule vins de FranceAgrimer, grand paquebot sans réel capitaine, ne saurait nuire à la nécessaire lisibilité de notre offre de vins. Silence, on gère des procédures ! Alors, pour entretenir l’illusion : segmentons, hiérarchisons, classons en chambre ça occupera les segmenteurs et autres conseilleurs et pendant ce temps-là nous continuerons de « vendanger » – et oui c’est facile mais je n’ai pas trouvé mieux – notre position en nous contentant d’esquiver et de tergiverser, laissant à d’autres le soin de récupérer des parts de marché en croissance.


Ce premier dimanche de vrai été j’ai payé mon Côtes du Rhône rosé de la coopé d’Estézargues 6,50€ aux Papilles. La question est-elle de savoir si il y avait entre ce flacon et moi une concordance segmentaire ou tout bêtement ne suis-je pas allé au bon endroit pour satisfaire mon besoin du moment ? Les 2 bouts vous dis-je : le vin et moi…

 

Sans aucun rapport avec ce qui précède, habitué à passer ses vacances dans le Finistère, Stéphane Le Foll a mis les pieds pour la première fois aux Vieilles Charrues, ce dimanche. Au côté de Jean-Luc Martin, co-président des Vieilles Charrues, le ministre de l’Agriculture s’est dit « très impressionné » par l’ampleur du festival et l’immensité du site. Certes labourages et pâturages sont les deux mamelles de l'agriculture française mais n'oublie pas la vigne monsieur le Ministre...


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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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