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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 00:09

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La GD s’affiche comme « amortisseurs de crise », les négociations tarifaires 2013 ont été féroces car les grandes enseignes se sont lancées dans une course effrénée aux bas prix pour protéger leurs parts de marché et pour certaines de les augmenter. En plus les consommateurs semblent y croire : d’après le baromètre Posternak-Ifop publié par Les Echos link, en février 2013 les Français avaient une image très positive du secteur de la grande distribution. « Les distributeurs […] sont apparus dans l’esprit des Français comme des porte-parole de la défense du pouvoir d’achat. »

En voilà de preux chevaliers qui veulent que du bien au portefeuille des français. Est-ce vrai ? Facialement la réponse est oui mais dans cette compression des prix qui garde dans les dépenses alimentaires la plus grande valeur ajoutée ainsi dégagée ?

Le rapport de l’Observatoire des prix et des marges de juin 2011link montrait très clairement que ce sont distributeurs qui prennent le plus de marges et que  « sur longue période les marges brutes étaient le plus souvent :

- en hausse au niveau distribution,

- en hausse ou stable au stade transformation

- et systématiquement stable au stade production.

Le rapport Chalmin link   publié en novembre 2012, a montré que sur 100€ de dépenses alimentaires, moins de 8€ reviennent à l’agriculture, 11€ vont aux industries agroalimentaires, tandis que 21€ rémunèrent le commerce.

L’Ania (Association nationale des industries alimentaires), brame, s’alarme, en appelle au gouvernement, pour qu’il soutienne les producteurs et les industriels face à des distributeurs « sans foi ni loi ». « La guerre des prix entre enseignes doit cesser immédiatement si l’on veut maintenir une filière agroalimentaire en France ».

Pas simple car si les quelques 10 000 entreprises de l’Ania sont à plus de 90 % des TPE (très petites entreprises) et des PME (petites et moyennes entreprises), sur lesquelles les distributeurs réalisent le plus leurs marges, puisqu’elles n’ont pas le pouvoir de négocier les prix, les grands groupes ne sont pas indemnes de reproches en terme de politique tarifaire. Mais même pour eux la bataille des référencements est rude voir la bataille entre Lactalis et le groupe Leclerc qui a fait perdre beaucoup d’argent au premier.

Et les producteurs dans tout ça ?

Largués pour la plupart même si la fédération nationale des éleveurs de chèvres, relayée par La France Agricole, soutenait l’Ania en appelant « l’ensemble de nos transformateurs, grands et petits, à ne rien lâcher dans leurs négociations avec ces enseignes : ne pas passer de hausse tarifaire équivaut pour vous [transformateurs] à vous mettre une balle dans le pied, et pour nous, à nous planter un couteau dans le dos ». Bien sûr à l’Ouest de façon parfois violente, un peu plus symboliques ailleurs, les producteurs de lait qui ont vu  « le coût de l’alimentation du bétail, colza et soja, flamber de 70% en 2012. Charges en hausse, revenus en baisse, les exploitations sont menacées. Pour le lait, la situation est critique avec un prix producteur à 0,30 €/L, soit une baisse de 16% par rapport à décembre 2011 ».

Le MEL (Michel Edouard Leclerc)  jamais en reste d’un changement de pied, tente de renverser le rapport de force en annonçant que des concessions sur les prix supposeraient « que les transformateurs nous donnent des garanties sur ce qu’ils reversent aux éleveurs » (La France Agricole link). 

 

Existe-t-il des solutions à l’échelle nationale et européenne ?

La réponse est non, tant que les consommateurs ne changeront pas radicalement leurs habitudes d’achat et lorsque le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll « veut rééquilibrer les relations entre agriculteurs et distribution » (Le Monde), il cherche la queue d’un serpent de mer. Reste une politique de soutien pour l’élevage et les éleveurs laitiers, mais agir sur les négociations tarifaires, qui en 2013 ont montré « les insuffisances des dispositifs actuels » prévus par la loi de modernisation de l’économie, relève d’un volontarisme de bon aloi qui  se heurtera à la position dominante des grands groupes de distribution.

Du côté européenne où la Commission adore la concurrence, nous sommes dans la cour des vœux pieux. Le Comité économique et social européen, , a publié un rapport dont les conclusions tranchées appellent à plus d’action politique : « Seul un cadre juridique strict peut résoudre ce problème. […] La Commission doit combattre le poids et l’influence des oligopoles et enquêter sur une possible situation de monopole, de sorte que les règles et principes de la concurrence soient correctement appliqués » (La Libre Belgique link).

Sans conclure bien sûr il est clair et évident que la course aux prix bas est un facteur puissant de dégradation de la qualité des produits et son coût social est ravageur. En effet, au-delà des conditions de travail et des salaires, le taux d’emploi est souvent l’ultime marge de manœuvre des entreprises de toute la chaîne, jusqu’au distributeur. Nous allons finir sur la paille, certains y sont déjà, ils ne vont plus chez Leclerc mais aux restos du cœur…

Une petite revue de presse pour les studieux :

Dans la grande distribution, la guerre des prix revient L’Express link

L'industrie agroalimentaire dénonce les pressions tarifaires de la distribution Le Monde link 

Michel-Edouard Leclerc, "Saigneur des agriculteurs" selon les syndicats  Le Monde link 

Le Foll veut rééquilibrer les relations entre agriculteurs et distribution Le Monde link

Alimentation : une guerre des prix dangereuse Ouest-France link

Source : la revue de presse de Diane Lambert, stagiaire à la Mission Agrobiosciences et étudiante à l’IEP de Toulouse. 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Maxime B. 29/03/2013 16:46


J'ai eu la "chance" il y a quelques années de travailler dans un domaine viticole hors de France et dont une grande partie des cients était composée par la GD. Les négociations de prix annuelles
étaient relativement simples : "pour cette année nous ne paierons pas plus que l'an dernier, et si en plus vous pouviez nous aider à promouvoir vos produits, par exemple en "payant" une t^te de
gondole, nous vous en serions reconnaissants". Je caricature évidemment mais la réalité était très proche. 


Avec des charges qui elles augmentent chaque année et un prix de vente qui stagne plus ou moins, il est alors inévitable de faire des concessions sur certains aspects de la production : moins
d'attention à la vigne, moins d'élevage voir moins de personnel... En gros, on finit par diminuer la qualité à petit feu... jusqu'à ce que quelqu'un fasse moins cher que soi... Il y aura toujours
quelqu'un pour produire moins cher... Parfois il faut juste chercher plus loin, puis hors des frontières... Pas sûr qu'à long terme cette voie permette aux plus petites entreprises locales de
survivre. Et cela ne s'applique pas qu'au vin... Tout cela pour ne pas payer plus cher ou permettre à d'autres de conserver leurs marges... Pfff


 

Christophe Libaud 29/03/2013 12:59


Et le baudet dans tout ça ?


L'hétéronomie ?


Ne cultivons-nous pas notre fragilité et ne perdons-nous pas toujours et encore plus d'autonomie ?


Alors, l'austérité sera-t-elle joyeuse ? Le "pouvoir" se vaporisera-t-il en chaque strate de l'édifice qui fait société ? La "microphysique du pouvoir" liquidera-t-elle les oligarchies de tous
poils ?


Notre inconnaissance des possibles est encore à travailler.


Merci pour vos recensions matinales qui ne nous laissent pas sur la paille.


Et pour rester dans le mood musicale de ces derniers jours, permettez-moi d'évoquer Ella Fitzgerald avec deux titres : You're blasé et Anything goes.

Belle réflexion sociétaleclavel 29/03/2013 08:49


Les files ininterrompues de camions qui remontent d'Espagne et du Maroc par la A9, vers le coeur de l'Europe, sont aussi un facteur de concurence utilisé par la GD française, et un moyen de
pression sur les prix d'achat aux agriculteurs français. Les salaires payés aux ouvriers marocains et maintenant aux chomeurs espagnols qui les remplacent en Andalousie sont loin de ceux payés au
salariés français dans les entreprises agricoles du Languedoc, de la Provence et de la Vallée du Rhône, les charges sociales frappant les salaires sont aussi trés différentes. Tant qu'il n'y aura
pas d'harmonisation fiscale et sociale dans l'Union Européenne, la discussion  en France sur la répartition des marges de la GD se poursuivra sans résultat !!!

Isarn Bernard 29/03/2013 07:09


Une société où les gens qui nous  nourrissent sont les plus mal payé,....  

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