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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 00:00

De mes vertes années bocagères, où je n’aimais rien tant après l’école que d’aller gambader dans les prés bas, j’ai gardé un goût particulier pour la nature. Mais ce n’était pas une nature de carte postale, bien lisse, propre sur elle, mais une nature domestiquée avec ses pâtis cernés de hauts et profonds buissons qui témoignaient d’une conquête déjà ancienne sur la friche ou la forêt. Stigmates de la nature sauvage que ces noirs ronciers monstrueux scellant une paix armée entre le paysan et une nature qui lui était parfois hostile et souvent bien trop chiche. De cette proximité physique, charnelle, dénuée d’affect bêtifiant, est née une forme d’allergie inguérissable à toutes les formes de constructions intellectuelles donnant de la nature une image d’Eden, de Paradis Terrestre à reconquérir. Nous sommes des prédateurs, au même titre que les autres occupants, et nous nous devons d’assumer notre statut de dominants. Que dans mon bocage profond les ravageurs les plus redoutables des trente dernières décennies furent nos ingénieurs remenbreurs du Génie Rural je n’en disconviens pas mais ce n’est là que l’un des épisodes dans l’éternelle confrontation entre l’agriculteur en quête d’une terre toujours plus productive – la chimie les fertilisants et la génétique les y aideront grandement – et cette nature toujours prête à l’envahir et à reprendre « ses droits ». Tout ça pour dire qu’il est trop facile, pratique même, de n’instruire qu’à charge le procès du productivisme sans tenir compte des craintes nées de cet éternel combat. Alors la nécessaire prise en compte et en charge par les intéressés et la collectivité de pratiques plus respectueuses des équilibres entre le souci de produire plus et celui de produire mieux requière bien plus qu’un simple Grenelle de l’Environnement mais l’expression de choix bien plus redoutables pour notre vieux pays profondément agricole. Tel ne va pas être mon propos de ce matin mais je souhaitais dans le débat sur la résistible ascension de l’agriculture biologique sortir des approches purement conflictuelles entre ceux qui se terrent dans les tranchées d’un modèle agricole à bout de souffle et les chevau-légers de la nouvelle armée verte, pour que le « modèle » bio ne subisse pas le même sort que celui des « AOC » : se transformer en l’unique « nouvelle frontière » de notre agriculture et de notre viticulture bien sûr...

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Le parc des expositions de Montpellier, sorte de chancre hideux perdu dans une nature périurbaine,  cerné de routes pleines de fondrières accueillait en ce début de semaine Millésime Bio 2010. J’y débarquai au soir du lundi. Bien accueilli, badgé, je croisai sitôt une effervescence empressée de présidents patentés. « Venais-je pour l’inauguration ? » m’interrogeaient-ils ? Que non je n’étais là que pour les flacons. La grappe des présidents se formait pourtant attendant la vive parole du Grand Jojo connétable du Sud de France et suzerain de cette multitude de féaux. J’admirais les brochettes chuchotantes avec une mention toute particulière pour les santiags sous costume-cravate de clerc de notaire d’un bougon des cépages fort amorti. Bref, le vieil homme vint délivrer sa harangue, mélange étrange de vérités premières, d’idées reçues estampillées et de conneries éculées. Je me délecte du spectacle, du « je paye donc je suis... et fermez vos gueules les mouettes ». Bravo grand Président ! Tout le monde est content. Appuyé sur sa canne, notre grand Jojo, cabotine, et reçoit un à un, ou en petit paquet ses obligés. C’est beau comme l’obtention d’une subvention. Je délaissai l’essaim avide de miel pour faire mon tour de chauffe dans les allées numérotées.

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« Où dîner bon et sympathique dans l’ex-place fort du Grand Georges ? » tel fut la question que je posai à un membre de notre belle Amicale des Bons Vivants, languedocien pur jus. Il me conseilla : « L’acolyte » mais dans mon hébètement post-Frèchien je compris « L’alcoolique ». Pour un bar à vins c’eut été une extrême provocation même si cette taverne est sise au 1 rue des Trésoriers de France. Douché je me rendis à pied de mon hôtel vers cet acolyte.  Je confiai mon itinéraire à mon nouvel joujou qui fait tout. Géo-localisé je me laissai guider. J’étais une bille bleue qui cheminais : à droite la rue Jacques Cœur... les ruelles du vieux Montpellier. Arrivé au point rouge de mon écran je poussai la porte et je suis de suite séduit par le lieu. Accueil chaleureux, nous montâmes à l’étage, mobilier de bric et de broc, cosy et confortable, une carte bien foutue, simple, alléchante, bistronomique pour faire plaisir à l’ami Demorand. Itou pour les vins, ouverte et diverse la carte donne envie. Comme j’avais les crocs après des huîtres de l’étang de Thau j’ai dévoré un beau et vrai tartare arrosé d’un Pas de l’Escalette. Comme nous étions voisins du fameux Guide du Pous je dus me soumettre à la question mais je ne vous livrerai pas les paroles de ma chanson j’aurais trop l’impression de radoter.

Le lendemain matin dans la fraîcheur piquante de la place de la Comédie je rejoignis mon chauffeur qui avait des airs de la Nathalie de Gilbert Bécaud. Cap sur le Parc des Expos et avant de passer au vrai boulot j’ai fait une station dans une salle sans fenêtre pour savourer les paroles des « sachants » sur l’état d’avancement de « la définition du vin bio par l’Union Européenne » Congratulations, un président ravi, madame la directrice de l’Agence Bio accueillante, Jean-François Hulot chef de l’unité Agriculture de la Direction Générale de l’agriculture et du développement rural, pédagogue, précis, le Bio entre dans la norme avec logo communautaire obligatoire tout est bien dans le meilleur des mondes de l’univers impitoyable de l’agro-alimentaire qui hume dans le Vert une nouvelle source de jouvence. Comme le note Hervé Lalau dans un commentaire : par l’odeur alléchée les « loups » sont entrés dans la bergerie : qui croqueront-ils ? Attendre et voir : j’en reparlerai en temps et en heure (un indice les vendeurs d’études en barre sont dans le pré pour sûr qu’ils vont vendre un bon prix leur prose tarifée).

« Mars attaque ! » fantassin du bio, les pieds dans le vert et le nez dans le verre, je suis blanc le matin et rouge l’après-midi. Le plus difficile est de choisir dans cette profusion. Au pif, au feeling, au « tu devrais aller chez... » d’amis croisés, aux appels de ceux qui me lisent chaque matin, tel la faucheuse-lieuse du pépé Louis je moissonne, j’engrange, je croule sous les infos, je crache, je bavasse... À l’ami David Cobbold je dis « tu aurais du venir à millésime bio » pour au moins 2 bonnes raisons : la première c’est que derrière les tables ce sont des vignerons qui ne te prennent pas le chou avec leurs convictions, c’est du vin dont ils parlent et je t’assure y’avait du bon ; la seconde c’est que ce n’était pas franchouillard : vignerons espagnols et italiens en nombre, argentin, égyptien, roumain... j’en oublie sans doute. De plus dans ce salon à taille humaine l’atmosphère est bon enfant et c’est bien organisé. Professionnel aussi, dans mon hôtel au petit déjeuner la langue de Shakespeare m’environnait. Donc mention TB sauf pour un bar en face des Toilettes mal tenues, négligées, sans préconiser des tinettes à sec « bio » dans le parking faudrait que les gestionnaires du Parc se bougent le cul. Ma besace s’emplissait et mon estomac criait famine. D’ordinaire en les salons la restauration est soit prétentieuse et chère ou nulle et non avenue (le pire étant le Grand Tasting de B&D où seul le mangeur debout peut survivre). Poussé par la faim je pointais donc mon groin aux lisières du restaurant. On me scannait : « c’est gratuit pour vous... » premier étonnement. J’allais vers l’entrée : second scan, j’avais l’impression d’être un paquet de lessive à une caisse d’hyper. Découverte du lieu : second étonnement c’est immense et gentiment bourdonnant. Des files numérotées pour les buffets placées tout autour permettent de bien gérer les files d’attentes. Temps d’attente réduit, une grande et vraie assiette que l’on vous garni de tout bio entrées, plat, fromage et dessert indépendants, du bon pain, pour le vin les vignerons apportent le leur. De grandes tables rondes avec couvert sur tables permettent de s’asseoir, de se restaurer. C’est bon. Là je vote les félicitations du jury. Bravo !

Ainsi requinqué je repars au front la fleur au stylo. C’est du boulot croyez-moi pour un gars aussi cossard que moi. Je passe la surmultipliée. Que de chroniques, que chroniques vais-je devoir écrire pour désembouteiller – pas mal, non – mes neurones surchauffés. Je sature des papilles. Je m’offre une bière bio bien fraîche. Je croise et salue l’ami Michel Smith, puis Yannick... puis d’autres. La pendule tourne. J’en ai plein les bottes. Va falloir que je couche très vite  tout ça sur le papier – façon de parler car je vais tapoter sur mon clavier – pour ne rien oublier. Taxi, la gare de Montpellier toujours aussi zonarde, l’IDTGV avec le chef de cabine, brave, qui récite sa leçon comme nous au temps de l’école primaire. Dans l’espace dit zen c’est lui qui fait le plus de bruit mais bon il est gentil et pour 35 euros en première je ne vais pas demander qu’il me serve à la place. Sur ma lancée j’ouvre ma boîte à malices : mon vaillant Vaio et je me lance dans cette chronique. Nous avons 15 mn de retard du fait dixit notre ange gardien « des embouteillages à l’entrée de Paris ». Juste avant l’arrivée toujours vaillant il nous présente les excuses d’IDTGV qui nous dit-il n’est pas responsable de ce désagrément. Voilà une bonne méthode : filialiser ça permet de reporter la responsabilité : astucieux, non !

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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J-C 01/02/2010 15:44


Sans rentrer dans le débat, la venue du surhomme faisait tout de même tache (pas La vineuse ou alors la trois étoilée)
Alors, le voir ici en photo... ça fait un peu passer une verrue sur un pied royal pour une simple "disgracieuseté", quel dommage !




ShowViniste 29/01/2010 02:09


Je fais partie des optimistes. Millésime Bio m'a permis de déguster de surprenantes cuvées, de sentir des parfums envoutants tout autant que de ressentir cette fantastique énergie. Il y a des
vignerons et des vigneronnes viscéralement accrochés à leur terre d'origine ou d'adoption, des jeunes comme des plus anciens, qui savent transmettre leur enthousiasme.
Cela redonne une motivation pour mieux les comprendre, les faire connaitre, expliquer leur philosophie, leur pratique et surtout leur rendre visite dans les vignes.
Quant à qui vous savez, j'ai publié quelques morceaux choisis de son discours d'inauguration, sans prétention pour ma part de rentrer dans un quelconque débat : Frêche Millésime Bio


Clavel 28/01/2010 10:09


Bonjour à tous:
Merci Jacques de ta visite montpelliéraine, désolé de cet inconfortable espace et des accès incertains. Mais la mise en service de la nouvelle grande salle de 15000 places, obligera à revoir
l'ensemble des espaces et des voies de l'ancienne foire de Montpellier. Vinisud sera sans doute, en février, le dernier salon vin de l'ancienne configuration. Mais malgrés ces inconvénients, le
Millésime Bio de Montpellier est un grand succès, par le nombre des vignerons, et des metteurs en marché internationnaux présents, mais aussi par l'organisation. C'est l'opposé des salons
internationnaux des vins dont la caractéristique principale est la diversité et parfois le luxe inutile de constructions prétentieuses et précaires qui donnent au vin présenté un cadre un peu
vaniteux.
C'est tout le contraire à Millésime Bio, chaque producteur ou entreprise a une table identique équipée du mini syndical dont l'emplacement est tiré au sort ce qui donne un méli mélo sympathique,
les voisins sont sonvent d'origine différente de région ou de pays, le reste de l'organisation est sur les mêmes principes. Bravo aux organisateurs, ayant été l'un des premiers à les accuellir à
Saporta, je mesure ,avec bonheur, le chemin parcouru. J'espère que le déroulement avenir des vins BIO sera dans le droit fil de ce passé!!


Michel Smith 28/01/2010 08:26


Bien vu Président. Bonne analyse de cet événement bio sudiste qui prend de plus en plus les allures d'une foire d'empoigne que les vrais curieux du vin auront du mal à contrôler. Ca, c'est mon côté
pessimiste. Merci aussi d'avoir relevé une fois de plus le grossier cirque patriarcal d'un généreux et volubile président arroseur de subventions, sûr de lui, arrogant et volontiers insultant. Je
sais, ce n'est pas du vin, juste de la politique sauce régionale, celle-là même qui a failli assassiner le vin Languedocien. Je sais, je ne suis pas du pays, donc pas droit à la parole. Mais je ne
peux m'empêcher de constater que le vieux pépé jojo qui trouve qu'il y a trop de noirs dans l'équpe de France de foot "n'a pas une tête très catholique" pour reprendre sa dernière pique
nauséabonde. Reste que les vins étaient bons, passionnants même : Clos de l'Anhel, Mas Foulaquier, Zélige-Caravent, J.B. Sénat, Borie Lavitarelle, Soulié, Caraguilhes, La Marfée... pour ne citer
que les plus remarquables du Languedoc.


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