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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 00:05

Il faut bien avouer qu’être affublé d’un tel patronyme générique : pesticide n’aide pas à couler des jours tranquilles. Même les mots font peur ! La vérole c’est plus parlant que les MST. Alors le vieux DDT, le Round Up, le Gaucho et beaucoup d’autres... tueurs de « nuisibles » insectes ravageurs, champignons, « mauvaises herbes », vers parasites...  qui sont des insecticides, des fongicides, de herbicides... sont aussi des produits familiers des urbains d’abord sous des marques commerciales affriolantes comme Baygon contre les fameux acariens, les rampants et autres petites bêtes d’appartement, et aussi dans leur jardinerie préférée, pour les plantes du balcon ou d’intérieur, sous des packagings très nature. Tous sont des toxiques violents.

 

L’opération sourire des jeunes agriculteurs sur les Champs Elysées lors du week-end de Pentecôte, lointaine héritière de la Grande Moisson : 20 ans déjà, part d’un bon sentiment : réconcilier les urbains avec les paysans. Reste que c’est une opération scénarisée, dont l’esthétique renforcée par un soleil retrouvé – en 1990 c’était en un seul jour le 24 juin et le soleil cognait aussi – prime sur le fond des problèmes. Mettre la campagne dans les villes déclenche la sympathie mais pas forcément la prise de conscience du pousseur de caddie lorsqu’il se retrouvera face au rayon fruits et légumes de son super ou hyper-marché ou du hard-discount du coin. Opération ponctuelle, qui a la faveur des grands médias, mais qui, une fois les « plantes » remballées, dont le souvenir s’estompe vite car d’autres tam-tam prennent la place. Communiquer c’est bien, mais encore faut-il que les hommes qui sont, si je puis dire, derrière ces cultures, soient compris, donc qu’ils travaillent à mieux se faire comprendre, au jour le jour, par leurs concitoyens qui sont aussi des consommateurs. Le combat de Dominique Granier pour le retour à une agriculture de proximité est bien plus porteur pour combler le fossé entre les urbains et les agriculteurs

 

Pour en revenir un instant à la Grande Moisson, je l’ai vécu de près : j’étais membre du Conseil d’Administration de l’opération au titre de représentant du Ministre, je sais d’expérience que, sur la longue période, hormis le très beau souvenir de ce champ de blé mûr moissonné par des moissonneuses-batteuses FIAT (l’un des sponsors) à la tombée du jour, l’opération n’a eu que peu d’impact sur la perception des agriculteurs par les Français. Peut-être eut-il fallu la renouveler mais, au risque de passer pour un bonnet de nuit, la Grande Moisson fut un fiasco financier qui coûta son poste au Président des JA de l’époque (Joseph Dauzay, l’actuel Secrétaire-Général du groupe CASA, directeur des JA de l’époque doit s’en souvenir). Pourquoi me direz-vous ? Tout bêtement parce que ce brave président des JA s’était laissé séduire, en dépit de l’opposition conjuguée du représentant du maire de Paris (Jacques Chirac) et de moi-même (Henri Nallet) par les communicants jamais en reste pour vendre du vent au prix du caviar. La captation d’héritage par le dénommé Gad Weil prête avec le temps à sourire (se souvient-il du dédit pharaonique payé à Philippe Sarde pour une musique qu’il n’a jamais composé ?) Bon il y a prescription mais je trouve que certains poussent un peu loin le bouchon. Revenons à mes « tueurs » de nuisibles.

 Image_1.pngmoisson.jpg

Avec le sujet des « pesticides » nous abordons l’envers du décor et alors chacun retrouve sa tranchée. Vous connaissez mon peu de goût ni pour la stigmatisation, ni pour la posture de donneur de leçon. Mon souci est  que le dialogue s’instaure, sans outrance, sans invective, sur la base d’une approche dépassionnée. Pour ce faire je verse au débat le scénario de l’INRA conduisant à une réduction de 50% des pesticides à l’horizon 2018. De grâce ne vous récriez pas, dans un sens ou dans un autre car c’est trop facile. Lisez ! Commentez si vous voulez. Ainsi, amis vignerons, le dialogue pourra se nouer sans invective ou condamnation.

 

Etude Ecophyto R&D pilotée par l’INRA : www.inra.fr › Presse elle dresse un état des lieux de l’usage des pesticides dans l’agriculture française et des marges de manœuvre agronomique pour sa réduction.

Dépenses totales en pesticides pour les exploitations professionnelles : 2MDS d’€ en 2006 (source RICA)

Pour les 2/3 : Grandes cultures.

La Vigne et les cultures fruitières sont « à l’origine des pressions pesticides les plus fortes localement »

Rapporté au nombre d’hectares cultivés (hors prairies permanentes) la France est un fort consommateur de pesticides avec 5,4kg/an (3ième rang européen)

 

Que faire ?

-         une simple logique d’optimisation des traitements (agriculture raisonnée) permettrait de réduire déjà d’environ 15% l’emploi de pesticides.

-         Sans modification des systèmes de production et en l’état actuel des techniques de protection des cultures, une réduction de 30% pourrait être obtenue.

-         L’application de méthodes prophylactiques et alternatives à l’échelle de l’exploitation ainsi qu’une modification des variétés cultivées et de rotations permettraient d’atteindre des réductions beaucoup plus significatives, de l’ordre de 50%.

La réduction de moitié de l’usage des pesticides en agriculture à l’horizon 2018 correspond donc à un profond changement des modes de production agricole, avec un fort développement de l’agriculture biologique et une quasi-généralisation de la production intégrée.

 

Les conséquences de ce programme ambitieux en moins de 10 ans :

-         la généralisation d’une agriculture intégrée entraînera une baisse sensible des  rendements : - 6% en grandes cultures avec des baisses plus fortes pour le colza et la pomme de terre, - 20% en culture fruitière er – 25% en viticulture.

-         L’impact sur les marges à l’ha serait en revanche plus faible car les baisses de production sont en grande partie compensées par la réduction des charges.

-         Pour le secteur des grandes cultures, un scénario « optimal » est présenté, combinant production intégrée et agriculture biologique. Il permettrait une réduction de 50% de l’usage des pesticides, entraînerait une baisse de production de 12% et une diminution des marges de 5%.

 

Pour les plus courageux d’entre vous, ou les plus intéressés, la synthèse de 92 pages à partir du lien www.inra.fr Presse leur permettra d’accéder aux données concernant la vigne :

-         page 14 et 15 la répartition des pesticides par productions et par régions

-         pages 30 à 35 l’analyse concernant la viticulture.

Il est à noter que l’extrême diversité de notre vignoble, et surtout la grande difficulté de calculer la perte de marge eu égard à des prix de vente du vin eux aussi très hétérogènes, rend l’exercice de l’INRA peu lisible et interprétable pour notre secteur. Il faudrait affiner par régions et par type de vins produits.

 

Dernier point, le cas de la Suisse qui a conditionné, à partir de 1998, le versement de ses aides agricole à un programme de production écologique. Aujourd’hui, 92% des exploitations suisses sont en production intégrée et 8% en agriculture biologique.

 

Enfin, pour que les urbains puissent avoir un point de comparaison, et éviter les jugements sommaires, je propose qu’ils réfléchissent à leur consommation familiale d’antibiotiques et de leur capacité à changer leur comportement face à leur souci, surtout pour leurs enfants, de se couvrir de la façon la plus large face à l’agression que représente une maladie...

 

Bonne journée, bonne lecture, et comme on n’obtient Rien sans Rien, je précise à mes chers lecteurs, que dans ma grande bonté je leur offre des indices pour répondre à mes 2 questions d’hier http://www.berthomeau.com/article-y-a-t-il-rien-que-des-bulles-dans-le-champagne-51131649.html

 

1ier Indice : les USA entrent dans les 2 réponses, un prénom qui rappelle la bière pour la première, et la 1ière Guerre pour la seconde...

2ième Indice : la Coupe du monde de football 1958 : le club du meilleur buteur...(ici la réponse est double : la ville et le lieu où se trouve le livre) 

 

Et puis afin de dégeler vraiment vos souris sachez que mon appel à la Champagne a été entendu par l’ami et fidèle lecteur Alain Soutiran qui offre en dotation : un carton de 6 « Perle noire » Grand Cru Soutiran. Merci à lui ! Nous sommes tous des Bons Vivants 

images Chine 

Je mets la musique et la voix de Serge Gainsbourg sur «Ces Petits Riens» merci François ( voir le commentaire).

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Rocky 29/05/2010 10:23



Bonjour, ami ventrachoux.


Votre indice numéro 2 m'intrigue. En effet, le meilleur buteur de la coupe du monde 1954, si j'en crois Wikipedia, fut le hongrois Sándor Kocsis, avec 11 buts, et il évoluait dans un club de
Budapest répondant au doux nom de Kispesti Honvéd FC. J'avoue que je ne vois pas bien le rapport avec les bulles. 


A moins que vous ne fassiez allusion au meilleur buteur de la Coupe du Monde 1958 ?


 



JACQUES BERTHOMEAU 29/05/2010 10:27



C'est une coquille due à la fatigue de mes neurones exaltés : 1958 bien sûr.


Attention : le concours ferme ses portes dimanche à minuit.



tchoo 28/05/2010 15:26



Je suis un peu étonné des chiffres de diminution des pests acides avec la lise en place de la lutte raisonnée.


Pour ma part, le constat est que l'on arrive rapidement à des baisses de 30% et ponctuellement en fonction des années de 50 à 70 %.


Quand au désherbage, de nombreux viticulteurs se préoccupent de revenir au travail du sol, mais alors bonjour le bilan carbonne ( encore pour quelques jours, parce que bientôt on en entendra plus
parler)



S. COUREAU 28/05/2010 01:16



Bonjour,


Félicitation Jacques les commentaires made in "Berthomeau" sont toujours aussi interressants à lire.


Pour les pesticides et autres désherbants j'apporterai ma modeste touche, je pense sincèrement que les viticulteurs sont des moutons de Panurge qui suivent le troupeau sans trop se poser de
question, on leur dit de désherber ils désherbent, on leur dit faut faire du bio ils font du bio ... demain s'il faut se balader en tenue d'adam et eve pour faire rougir le raisin ils se
mettront à p... devant leur cabernet et leur merlot  ...


Bon bien sur c'est comme partout il y a des exceptions mais si peu ... Ceci dit comment en vouloir aux viticulteurs ? Dans un passé trés récent les syndicats viticoles et l'INAO sous
prétexte de qualité on fait une chasse aux sorcieres à tous ceux qui avait un peu d'herbes sous leurs pieds de vignes .... J'ai personnellement un magnifique souvenir d'une de ces délégations
de  "je sais tout"  venue m'expliquer "c'est soit le désherbage soit le déclassement de vos vignes" (SIC)


Dernierement les mêmes esprits ont rédigé au nom du syndicat viticole local une magnifique circulaire sur la nécéssité de modérer l'emploi des produits chimiques dans la vigne non
pas à cause du respect de la nature et des consommateurs .... mais parceque le battage médiatique fait autour du probleme nuisait aux ventes de vins ... y'a de quoi rester réveur.



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