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11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 00:09

Le camarade non-syndiqué Lalau s’est payé la tronche de la pub radio des Ormes de Cambras (si vous souhaitez écouter allez sur link et cliquez sur le petit poste de radio) dès juin ce qui lui a valu de se faire remonter les bretelles par l’éminent professeur Norbert Olszak qui adore les marques tous les matins en se rasant et qui ne lit plus mes conneries car il me trouve malpoli. Moi je suis un lent alors je prends mon temps et c’est en plein mois d’août que je me décide. Vu le temps qu’il fait sur PARIS entendre des cigales à la radio ça fait du bien au moral même si la musique qui accompagne le baratin bilingue me semble plus provençale que languedocienne. Bref, moi j’ai un faible pour la marque Cambras car elle évoque pour moi le souvenir de mes premiers pas dans l’univers des vins de table.

 

Avant ce retour en arrière, je signale à Hervé que les fils de pub et leurs commanditaires adorent faire passer des vessies pour des lanternes. Pour preuve : l’association de l’huile d’olive Puget avec notre Fernandel national et provençal. Génial ce détournement s’exclament les créatifs sauf qu’il n’y a pas une goutte d’huile d’olive provençale dans les bouteilles de Puget. C’est un assemblage, par ailleurs de qualité, d’huiles d’olive le plus fréquemment espagnoles. Le plus plaisant dans cette histoire c’est que Puget a été vendu par Unilever à Lesieur qui est maintenant la propriété de Sofiprotéol lui-même entre les mains des producteurs français de graines oléagineuses. Je sens qu’Hervé va rire jaune alors je n’irai pas plus loin dans mes révélations capitalistiques car on pourrait me faire les gros yeux. Les affaires sont les affaires et nos chers producteurs d’huile d’olive provençaux n’ont même pas été capables de se doter d’une IGP Provence. Ils n’ont qu’à s’en prendre qu’à eux-mêmes.

 

Je reviens à Cambras qui, avant de tomber dans le giron de Pierre Castel, était l’une des marques sœur de la grande marque de vin de table Julien Damoy propriété de la maison de négoce parisienne, embouteillage à Thiais, dont le PDG était Emmanuel-Jean Dugas. Celui-ci, fine moustache, lunettes d’écailles, costume bien coupé, représentait le négoce, au temps de la défunte CNVS, dans des instances nationales où je le croisais. Courtois, c’était l’image même de ce qu’avait été la puissance du négoce de place de Paris. Les marques ont une histoire et ce qui me chagrine c’est que les gens dit de marketing sont incapables de la raconter, de la revisiter. Ils n’apprennent pas ça dans leurs écoles et sur le site de Cambras www.cambras.fr les textes sont d’une pauvreté confondante : « Depuis 1975, Cambras est reconnu des amateurs pour ses vins ronds et fruités. Fidèle à cet engagement Cambras à néanmoins toujours su évoluer avec son temps à travers ses habillages et ses communications. »

 

Les deux mots-clés sont lâchés : l’habillage et la communication. Il ne s’agit pas de la robe du vin mais celle de l’étiquette et pas d’histoire mais de communication.  Damoy-4.jpg

Et l’histoire c’est cela « Jean-Baptiste Julien Damoy est un épicier français (31 janvier 1844, Irreville - 8 mars 1941, Bégadan). Établi à Paris dès la Belle Époque, il étendit son activité de commerce de vins et d'épicerie générale à toute la France : « Julien Damoy » fut l'enseigne de nombreuses succursales et supérettes, jusque vers 1970. Son « Granvillons », "grand vin Damoy" au goût de framboise, eut ses heures de gloire jusque dans les années 1960. Il était propriétaire de vignobles en Médoc (Château La Tour de By à Bégadan), en Beaujolais à Romanèche-Thorins (Château du Moulin à vent), ainsi qu'à Gevrey-Chambertin. »

item-2.jpg item.jpg

Alors Cambras, qui a toujours été à ma connaissance un vin de table, avec sa bouteille bordelaise et son étiquette aux codes aussi très bordelais, s’adressait aux consommateurs réguliers de VCC devenus Vin de Table qui souhaitaient poser sur leur table un flacon plus élégant, plus classieux, plus représentatif de l’image qu’ils souhaitaient se donner et donner aux autres, que le bon vieux litron 6 étoiles de Granvillons ou même de « Julien Damoy » qui avait son litre personnalisé. Je ne sais ce qu’est devenue cette clientèle. Elle a fondue bien sûr comme le montre les panels. Beaucoup se sont tournés vers les petits châteaux de Bordeaux. Je ne sais qui sont ces fidèles. Les gens du marketing Castel doivent le savoir. Moi je suis un peu perdu. En effet, ce qui me frappe dans cette marque c’est que je ne sais plus vraiment où elle habite car, avec l’irruption des cigales du Pays d’Oc, la référence bordelaise, qui faisait son charme, n’existe plus même si l’article de Télérama (cf link ) dit que les Bordelais sont jaloux des vins de pays d’Oc. Moi je croyais que la gamme des Vins d’Oc qui avaient l’accent c’étaient ceux de la marque la Roche-Mazet (certes commercialisée par la SVF).

 

Et puis, les Ormes de Cambras, ça fait très deuxième vin à la bordelaise et guère vins de cépages de South of France. Moi, dans l’esprit de Cap 2010 j’aurais bien vu la marque Cambras tout court érigée en marque phare : un Vin de France top du top embouteillé à Bordeaux et non pas à la Chapelle-Heulin (44) par Chatelier frères (sic) et les Ormes de Cambras en déclinaisons de cépages : après tout le Cabernet-Sauvignon, le Merlot ça sonne un peu Bordeaux, non, et pourquoi pas pour le blanc et le rosé aller sourcer dans le grand bassin Sud-Ouest ce qui permettrait bien des innovations. Mais comme je ne suis qu’un écrivaillon je sais qu’on va me rétorquer que premièrement la maison Castel sait ce qu’elle fait et pourquoi elle le fait, et que secondement le consommateur se tamponne comme de sa première chemise de mes explications à la con. Pas si sûr, et je fais le pari que le marché domestique du vin en France se porterait mieux si de vraies marques jouaient d’autres cartes que celles qu’elles jouent en ne faisant que ripoliner des étiquettes fourre-tout. Cambras pour moi c’était une jolie petite marque de vin de tous les jours pas un rouleau compresseur pour la GD, ce qu’elle ne sera jamais d’ailleurs. Le consommateur est déjà tellement déboussolé face au rayon vins de la GD qui croule sous les références je trouve dommage cet émiettement. Faire bien des petits vins accessibles au plus grand nombre c’est un vrai enjeu pour l’avenir de la consommation du vin dans notre pays. Les consommateurs sont ce qu’ils sont mais ils peuvent évoluer si on leur présente des arguments accessibles et compréhensibles. Les toiser, leur dire qu’ils sont des cons parce qu’ils achètent leur vin en GD, et en Bag-in-Box de surcroît, ne fait guère avancer les choses. La France du vin se complaît dans ses croyances et ses chapelles et elle recule. Bravo les artistes de tous les bords !

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

DUTAC 31/05/2012 16:05


Normand d'origine, mais résidant en Anjou depuis 40 ans, je me borne à ne fréquenter que les PRODUCTEURS. Si par curiosité j'achète un vin en supermarché, je regarde la capsule : je rejette
systématiquement les "N", ayant été trop souvent déçu. Quant aux Ormes de Cambras quand on voit sur un site "producteur Grande Bretagne" on ne peut être que méfiant quand on connait leur
propension à aimer le vin au goût de bois, qui est là souvent pour cacher une saveur de médiocre bibine.

Olivier NASLES 12/08/2011 00:28



Jacques, 


Comme toujours ce que tu écrits est exact et proche de ce que je pense, une seule erreur, tes chers producteurs d'huile d'olive provençaux ne pouvait pas se doter d'un IGP Huile d'Olive de
Provence car ils se sont dotés d'une AOC Huile d'Olive de Provence. Cela n'empêche malheureusement pas Puget de faire appel à l'un de nos morts célèbres et de lui faire dire des conneries. La
réponse juridique de Lesieur est malheureusement imparable, nous ne disons pas que Puget c'est de l'huile d'olive de Provence, nous communiquons sur le fait que Puget est installé à Marseille
(plus exactement à Vitrolles aujourd'hui) depuis 150 ans. Tu disais des vessies pour des lanternes....


Amitiés



JACQUES BERTHOMEAU 12/08/2011 12:07



Oui Olivier tu sais qu'ils auraient pu faire l'inverse ce que je préconisais lors de mon passage à la SIDO mais le tout AOC sévit aussi dans l'huile d'olive française.



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