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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 00:09

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Dans ma prime jeunesse vendéenne, où ne nous sortions guère de notre petit cercle villageois, les images du vaste monde se résumaient en quelques photos  glanées dans des magazines de la Bonne Presse, aux plans souvent tournés en studio des films de fictions vus au Rex de la Mothe-Achard.


Les nouvelles du monde parvenaient à mes oreilles par la radio et par les missionnaires venant prêcher pour collecter des fonds pour l’évangélisation des peuplades lointaines link Nous étions à des années-lumière de l’instantanéité de la Toile.

 

Les premières vraies images du monde, de l’Afrique tout particulièrement, je les ai découvertes lors des séances de cinéma de « Connaissance du monde », un organisme fondé en 1945 par Camille Kiesgen. Il s’agissait de documentaires de qualité qui nous étaient projetés à la salle paroissiale. L’énorme projecteur à lampes était installé au fond de la salle sur un trépied. Ça m’impressionnait. Nous vivions ces projections comme une longue récréation, beaucoup d’entre nous découvraient les premiers seins nus des femmes africaines.


Pour ma part, ce qui m’étonnait c’est que l’on désignait les peuples colonisés, dans les commentaires, d’indigènes avec une connotation péjorative, désignant des individus ou des arts « non-civilisés », ou avec un sens équivalent à celui de barbare ou de sauvage.


La supériorité supposée du colonisateur sur les gens du lieu, les indigènes me troublait : n’étions-nous pas nous aussi les vendéens crottés des indigènes ? J’admirais Jess Owens, le roi Pelé, les grands jazzmen noirs… Hitler, Staline, les collabos étaient des blancs.


Tout ça pour vous dire que les mots ne sont jamais innocents.


Le distinguo conflictuel entre levures sélectionnées et cultivées (voire transgénèse ou OGM) et les levures indigènes ou naturelles, contribuant à la fermentation alcoolique, c’est-à-dire la transformation du sucre du raisin en alcool, relève consciemment ou non d’un affrontement d’ordre culturel entre supérieur et inférieur.


D’où la violence des prises de position, la confusion des débats, les irréductibles de chaque camp s’employant à travestir la réalité pour mieux masquer l’indigence d’un combat dont il serait bon d’éclairer le sens.


Dans ma petite tête ce combat est pourtant simple à résumer : il s’agit de l’affrontement classique entre l’uniformité et la diversité.


Notre monde post-moderne est niveleur : tout partout à l’identique pour favoriser les échanges dans notre monde mondialisé. L’empire des marques mondiales insoucieuses de la main qui fait, la sous-payant pour mieux s’engraisser, jettent sur le marché des produits uniformes, formatés.


Avec le vin nous sommes dans le domaine du vivant, la fermentation alcoolique ne démarre que sous l'action des levures (celles de l'espèce Saccharomyce cerevisiae) à une certaine température. Ces champignons unicellulaires décomposent la matière, en l'occurrence le glucose, pour produire l'alcool, en diffusant du gaz carbonique qui échauffe le moût et qui stimule un peu plus les levures...


Dans notre monde, où tout s’achète et tout se vend, les marchands d’intrants cernent beaucoup de viticulteurs-vinificateurs,  les « conseillent », débitent des ordonnances rassurantes, on s’assure, on se réassure. C’est normal le monde économique est si dur.


Affirmer que le choix des levures est laissé au seul libre arbitre du vinificateur constitue un abus de langage, un déni de la réalité : beaucoup sont contraints, obligés, pieds et poings liés avec les exigences économiques auxquelles ils sont confrontés. Prendre le risque de ne pas obtenir ce que l’on souhaite comme résultat n’est pas à la portée de tous.


Et là on en revient à ce qui fâche, pour les vignerons qui font le choix des levures indigènes il s’agit d’un respect de ce que la nature confère au vin, le reflet de l’apport de la vigne, de la baie. Une forme d’idéal qui remet le terroir au cœur du travail du vigneron, conférant au vin une plus grande authenticité.


Est-ce contestable ? La démarche de ces vignerons n’est-elle pas tout simplement, non pas un retour en arrière, ni la recherche d’une naturalité antinomique avec toute l’histoire du vin, mais une volonté de retrouver la grandeur et la beauté de ce que fait la main avec le moins d’artifice possible. Prendre le risque, l’assumer, sans pour autant revendiquer une quelconque supériorité. Retrouver le temps de faire, prendre le temps de faire, être attentif, soigneux et intelligent.


Nous jugerons l'arbre à ses fruits est un bon adage que je fais mien… Nous trierons le bon grain de l’ivraie sans nous référer aux goûts dominants reflets d’un autre temps.


Choix de buveur, et non de  dégustateur, primauté à la liberté d’apprécier, d’aimer…


L’irruption dans le monde du vin d’une génération de vignerons plus respectueux de leur terroir, de leur vigne et de l’élaboration de leur vin, est un progrès. Condamner une démarche respectable au nom d’une supériorité de pratiques qui ne disent pas leur nom me semble une bataille d’arrière-garde.


Que chacun assume ses choix, chanter le vin comme un produit de civilisation tout en se fondant dans le grand océan des produits formatés en est un que je respecte et j’assume. Il a ses contraintes, ses risques aussi. La fameuse segmentation des marchés implorée pour régler l’absence de choix à la vigne et aux chais de beaucoup de nos appellations et autres IGP de masse, est un cache-misère. Ce ne sont pas les vins dit naturels qui menacent l’avenir des vins de France mais l’incapacité dans laquelle nous sommes de sortir d’une vision d’un autre temps. L’AOC pour tous ou presque c’est la dilution, le meilleur moyen de détruire de la valeur.


Pour le débat je vous propose 3 liens :


1-      « Levures indigènes et maîtrise des fermentations spontanées » Institut Français du Vin link


2-      « La supériorité des levures «indigènes»: un fantasme de naturistes ? » David Cobbold link


3- « Levures indigènes : révélatrices de terroir mais pas que ! » Amicalement Vin link

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

DOMINIQUE 30/05/2014 09:08


Bonjour à tous,


Tiens ton arcticle me fait penser au Européennes, les indigènes contre les indigènes.


Ce parti qui se bat contre les étrangers pour les Français Monsieur les vrais, une histoire d'indigènes mais pas les bons, ceux que la France à coloniser dans un premeir temps puis à moboliser et
enfin à demander de venir produire...et le tout sans OGM.


Hé oui les évènements se croisent et se mèlent,


bien à vous,


 


 


 

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