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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 00:09

Même si ça peu vous surprendre j’aime beaucoup les rencontres où je n’ai qu’à écouter, qu’à me taire, car j’apprends. Tel fut le cas un samedi soir passé : Cap sur l’Angélique à Versailles à l’invitation de Vincent Legrand. Pour moi sauter le périphérique est toujours une aventure digne du rallye Paris-Dakar et je suis capable de m’égarer pour me retrouver à Knockke-le-Zoute plutôt que du côté de la résidence secondaire du Roi Soleil. Et puis l’Angélique,  l’herbe aux anges, c’est une sucrerie et c’est aussi la pulpeuse Michèle Mercier marquise des Anges...comme vous voyez je m’égare mais j’arrive toujours à l’heure : « la ponctualité est la politesse des rois... » dit-on.

 

Notre hôte est Albert Kierdorf, http://www.kierdorfwein.de/ distributeur-importateur de vins, grand épicurien, amoureux des vins de Bourgogne, un passionné, une bibliothèque vivante, francophile, un homme d’affaires qui garde une âme. Une flute de Billecart-Salmon extra-brut à la main, dans son français impeccable, fleurant en moi le chroniqueur chronique il me conte son arrivée dans le buiseness du vin, à 19 ans, par la porte de derrière et des chemins de traverse. En effet, à ce jeune âge insouciant, alors qu’il n’est qu’un grand buveur de bière par bock de 2,5l, un beau jour il se voit confier par son père, grand amateur de vin lui, la mission d’acquérir quelques flacons. Ce qu’il fait chez un marchand de vin, il achète sans goûter bien sûr et se fait refiler des rossignols. Sans coup férir le verdict de son père ne se fait pas attendre, il est implacable : « tu rends ces vins ils sont imbuvables... des vins comme ça tu peux les jeter dans les oreilles d’un âne... » Pauvre Paul, il est bien embêté, aller rendre du vin... il tergiverse quelques jours pour enfin se décider à retourner sur le lieu de ses exploits le vendredi suivant. Le marchand de vins, loin de s’offusquer, s’excuse « votre père est un connaisseur » et pour se faire pardonner il lui confie un carton de 6 bouteilles. Ainsi naît une vocation, Paul abandonne un an après la bière, et tel Paul de Tarse sur le chemin de Damas il s’en va découvrir la Bourgogne chez Jacques Lameloise à Chagny. Alors c’est le temps de la camionnette emplie de cartons de bouteille, les douaniers du poste-frontière de Strasbourg, la paperasse fiscale, la première commande : 12000 bouteilles. Paul se met à acheter comme un fou et c’est le début de son aventure.

 

Autant les grosses berlines allemandes : Mercédès, BMW et Audi comme la Coccinelle ou la Golf de Volkswagen ont des adeptes inconditionnels dans notre pays chauvin, au nom de la notoriété et du sérieux des fabrications allemandes, les vins allemands, en dehors d’une poignée de grands amateurs, sont totalement ignorés. Pour le français moyen l’Allemagne gastronomique se résume à la fête de la bière à Munich où l’on s’enfourne des tonnes de saucisses avec de la choucroute arrosée de bière bavaroise. D’ailleurs pour le commun des mortels un pays qui nous a exporté le hard-discount via Aldi et Lidl ne saurait produire que des gros vins poussifs, pourvus de nom imprononçable, plein de sucre de betterave. J’exagère à peine et, 50 ans après la signature du Traité de Rome, les français qui se piquent d’être de grands connaisseurs de vins sont en fait de grands ignorants C’est vrai pour les vins allemands comme ceux des alsaciens et de nos voisins italiens, espagnols comme des vins portugais, grecs ou autrichiens.

 

Bien sûr on pourrait arguer pour justifier ce désintérêt, cette méconnaissance, de la fameuse complexité liée à la hiérarchie, qui déjà rend difficile d’accès nos propres vins nationaux. Le blog Findawine http://www.findawine.com/blog/2010/11/08/le-dedale-des-appellations-allemandes/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+Findawine+%28Findawine.com%2C+le+blog+%C3%A9co+du+vin%29 parle même de « dédale des appellations allemandes ». J’en conviens aisément. Afin de vous éclairer je leur emprunte leurs explications, claires et pédagogiques (voir en fin de chronique).

 

J’en reviens à notre dîner dégustation au second étage de l’Angélique dans une salle privée qui eut le double avantage d’expérimenter des accords entre les vins dégustés et les plats du chef et de répondre à mon goût de dégustateur assis. En effet, cette position est idéale pour savoir prendre son temps, le temps du commentaire, de la conversation. Bien évidemment, puisqu’il y avait 16 vins à déguster j’ai pratiqué le sport favori de ma jeune et excellente collègue Miss GlouGlou : cracher au restaurant, au détail près que nous étions entre nous. Pour ne pas vous noyer dans mes considérations fumeuses sur cette belle palette de vins blancs et rouge issus de vigne en biodynamie je vais me contenter de vous faire part de mes coups de cœurs qui sont au nombre de  4 :

 

En Blanc :

 

- le N°3 Forst Kirchenstück Riesling trocken Edition G.C 2005 Dr. Bürklin-Wolf : une pure merveille de fraîcheur, de pureté, de simplicité d’accès eu égard très faible degré (8°5 je crois) qui permet une lente mais sûre accession à des sensations d’une rare intensité. Ce passage d’une certaine forme de facilité, de buvabilité dirait Olivier Poussier, à un univers complexe où l’intellect s’efface sous l’impact d’une palette aromatique raffinée est impressionnant, surprenant. C’est comme si vous croisiez lors d’une promenade une jeunette en robe légère, fraîche et spontanée et que, chemin faisant, sur l’herbe verte vous exploriez le pays de son corps pour y découvrir, avec sa complicité, une femme aux délices raffinés. C’est du grand sans la pompe des grands, c’est un vin de grande extraction qui affiche pour lettre de noblesse sa simplicité de terrien...

- le N°10 Graacher Himmelreich Riesling  Spätlese 2006 Joh. Jos. Prüm  et le N°11 Wehlener Sonnenuhr Riesling Auslese 1995 Joh. Jos. Prüm  que nous avons dégustés sur des Saint-Jacques jouent eux aussi dans la cour des grands et pour ne pas faire de redites sur mon commentaire précédent, là encore leur faible degré 9° et 7°5 est un sésame extraordinaire permettant de s’aventurer pas à pas, à son rythme, dans leur complexité aromatique. Avec eux, ce qui est remarquable c’est qu’à aucun moment en bouche ils ne se couchent. Ils sont droits sans être raides. Ils vous sollicitent sans agressivité mais avec une vivacité qui semble ne jamais devoir s’épuiser. Je suis étonné et conquis. J’écoute Albert parler de ces vins de très vieilles vignes qui sont essentiellement vendus à l’exportation 90% surtout en Angleterre. Passionnant, Albert nous fait pénétrer chez Joh. Jos. Prüm comme chez Egon Müller-Scharzhof, dont nous avons dégusté un Riesling, et nous entrons ainsi dans un univers secret à l’égal des grands alchimistes – au sens de la transmutation du vil métal en or – du Moyen-Age. Déguster assis autour d’une table, en mangeant, avec pour voisin Marc Parcé, des convives amateurs avisés, fut pour moi un grand bonheur.

 

En Rouge :

 

Comme je l’ai déjà écrit Albert Kierdorf est un passionné, un amoureux des vins de Bourgogne dont il possède de très beaux flacons à titre privé. Alors, le Pinot Noir qui pour lui ne trouve sa pleine expression en Bourgogne, il en rêve et sans entrer dans les détails pratiques il est passé à l’acte en étant, avec sa sœur partie prenante, dans le domaine Weibgut Friedrich Becker situé dans le Palatinat, à 200 Km à vol d’oiseau de sa chère Bourgogne, où des vignes à cheval sur la France et l’Allemagne sont en Pinot Noir. Becker, à 17 ans a passé 3 mois en Bourgogne puis est revenu dans le Palatinat pour y planter des vignes de Pinot Noir. C’est un vrai vigneron, tenace qui a réussi son pari de faire un vin à l’égal de ses voisins bourguignons. Sa réussite est reconnue, saluée et même enviée en Allemagne.

 Friederich_Becker.jpg UN_VIN_BECKER.jpg

Nous avons donc dégusté deux millésimes 2005 et 2007 Kammerberg G.G. Spätburgunder Qualitätswein trocken  avec en juge de paix, ou référence un Echezeaux Grand Cru 2007  d’un domaine réputé vendu 90 € la bouteille. Je ne le mentionne pas car, en dépit de belles qualités, sans contestation aucune, les 2 millésimes de Becker l’ont, de l’avis général, emportés haut la main. Que mes amis bourguignons me pardonnent, et ils me pardonneront, car les deux flacons étaient de haute extraction, ça volait très haut. L’élève surpassait le maître et, après tout, eu égard à la filiation de Becker avec la Bourgogne, ce n’était que la reconnaissance d’un travail patient amoureusement fait. Et le terroir dans tout cela me direz-vous ? Mon incompétence patente étant ce qu’elle est, je ne dispose d’aucune réponse sur ce sujet. Tout ce que je puis vous conseiller c’est de vous soumettre au même exercice que celui auquel je me suis livré en bonne compagnie.  Barriques-francaises.jpg

Tard dans la nuit je suis entré dans Paris avec ma petite auto. J’ai passé une excellente nuit. La morale de cette chronique, si tant est qu’il en faille une, c’est qu’ouvrir grand portes et fenêtres, être disponible, réceptif, reste, même à mon âge, un état d’esprit, une forme de philosophie qui tempère mon et notre ego national, si développé, si impérieux : un peu de modestie dans un monde du paraître...

 

En complément

 

Une division régionale

« On dénombre treize régions différentes dont la plupart se situe à l’ouest et au sud, puisque deux seulement appartiennent à l’ex-RDA. Les principales régions (et les plus qualitatives) se situent au bord du Rhin : la Bade, la Hesse rhénane, la Moselle-Sarre-Ruwer ou encore la Rheingau. »

Une classification hors du commun ?

« En Allemagne les vins sont classés en fonction du taux de sucre que contiennent les moûts. Comme il est difficile de faire arriver les raisins à maturité, plus il y a de sucre plus les vins sont considérés comme qualitatifs.

Ainsi, il y a trois catégories dans l’ordre croissant de qualité :

- les Tafelwein (équivalents de nos anciens Vins de Table),

- les  Landwein (vins de pays),

- les Qualitätswein. Cette dernière catégorie se subdivise en QbA (vins de qualité d’origine délimitée) et les QmP (Qualitätswein mit Prädikat) ce qui signifie littéralement « vins de qualité avec distinction ». Enfin la catégorie QmP se subdivise en six catégories. Voir le schéma sur Findawine.  http://www.findawine.com/blog/2010/11/08/le-dedale-des-appellations-allemandes/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+Findawine+%28Findawine.com%2C+le+blog+%C3%A9co+du+vin%29

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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le petit télégraphiste pour Jean-Louis Dressel 27/11/2010 09:26



Bonjour,


Belle surprise ce matin en ouvrant votre blog de trouver un sujet sur Fritz Becker.


En effet, depuis quelques années que je connais ce vigneron, je suis toujours curieux et gourmand de découvrir sa
production. Il a été et ceci au moins 4 années d’affilées désigné en tant que « meilleur vigneron de vin rouge en Allemagne » par la revue Gault et Millau version germanique.


La plus grande partie de son vignoble est situé à l’arrière de l’hôpital de Wissembourg, donc encore sur la partie
française. En discutant avec lui de viticulture et d’œnologie, il n’a de cesse de faire jeu égal avec les grands bourguignons, même les très grands. Son graal à lui, c’est la Romanée Conti. Ses
barriques d’élevage sont des – François frères – donc il a tous les atouts pour faire bien et plus.


Je vais essayer de lui passer votre lien pour lire l’article.


Suis heureux de vous lire tous les jours, et que peut-être lors d’un salon prochain, style Inter-Rhône nous pourrons
nous rencontrer.


 


Belle et bonne journée à vous,


Jean-Louis Dressel


caviste à Beinheim, village qui est situé en France et distant de Schweigen (Becker) d’une vingtaine de kilomètres.



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