Samedi 28 avril 2012 6 28 /04 /Avr /2012 00:09

Comme je ne serai jamais publié dans la prestigieuse collection blanche de Gallimard alors ne lisez pas de travers la remarque qui suit. Elle s’adresse à tous ceux qui font de l’orthographe la valeur-étalon de l’écriture. À la moindre faute ils sortent leur baguette et pan sur les doigts de celui qui a osé violer la règle par étourderie, méconnaissance ou tout bêtement par fausse manœuvre. Ça m’arrive, je n’ai pas le temps de relire mes écrits. Mais est-ce si grave ? L’abomination de la désolation ou une certaine forme de j’m’en foutisme qui, certes irrite les puristes, mais laisse aux écrits toute leur saveur.  

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Au tout début des blogs, janvier 2008, un obscur plumitif de la RVF me tapa sur les doigts et bien sûr j’adressai à Denis Saverot une lettre sous forme de chronique  link « Oui, cher Denis Saverot, je n’ai pas la plus petite excuse, je me couvre la tête de cendres, je bats ma coulpe et, tel un alcoolique anonyme, je m’engage à me soigner. Mais, comme je ne peux jamais m’empêcher d’ironiser, chez vous, à la Revue, ça vous arrive aussi, en dépit du nombre que vous êtes. Moi qui suis tout seul face à mon écran, avec ce foutu clavier qui n’a rien à voir avec mon bon vieux crayon de papier, ça change tout car je fais tout trop vite. À l’heure où la notation revient en force, et comme à la RVF vous êtes des spécialistes, n’hésitez pas à pointer à l’encre rouge mes errements orthographiques pour que je puisse m’amender plus vite. Encore merci, chers amis, de ce salutaire rappel à l’ordre qui titille mon incommensurable orgueil et me motive pour retrouver vos grâces. »

 

Et pourtant un vendéen d’adoption, Gaston Chaissac, qui se définissait comme un enlumineur d’ordures et qui étaient présenté sous l’appellation « comme un quasi-éliminé et comme l’illuminé » fut comme l’écrit Nadia Raison des écrivains, journalistes et des critiques littéraires qui l’ont encouragés à écrire. « Dès 1944, Raymond Queneau puis Jean Paulhan, Gaston Gallimard, et plus tard Benjamin Perret et Gerashim Luca le stimulent au point qu’il engage une activité épistolaire qui va outrepasser le temps consacré à la peinture. Les lettres qu’il sait être lues et échangées vont devenir des outils de communication pour décrire son travail artistique et franchir les limites imposées par des cercles de connaissances exigus et son manque d’assurance dans le contact direct. Grâce à ses lettres, sa démarche devient explicite et corrobore avec les recherches de ses contemporains artistes et hommes de lettres. »   Chaissac-008.JPG

Les carcans, les espaces exigus, les limites artificielles, pour un artiste comme Gaston Chaissac, c’étaient autant d’entrave à sa créativité inquiète. Certains le cite en corrigeant ses fautes d’orthographe, ça n’enlève aucune force à ses écrits mais gâte un peu leur saveur, leur relief. « J’avais pensé aussi à m’établir marchands de baignoires dans une des localités où personne n’en fait usage puisque de toute façon je suis pour échouer dans toutes les entreprises. Je tenterai peut-être la chose si un jour je suis assez en fonds pour avoir quelques baignoires en magasin. Quoique embarrassants ces objets ce serait tout de même mieux d’en avoir quelques-unes en magasin que de les faire choisir sur catalogue. Il faudra que je demande à Cattiaux le sorcier s’il me voit dans le marc de café vendant des baignoires à Chavagnes-en-Paillers. Ça pourrait d’ailleurs ‘être très bon d’être dans ce Chavagnes à cause des pères de ce nom qui y ont leur maison mère et qui sont dans le monde entier et pour peu qu’ils parleraient un peu de moi un peu partout s’ils me connaissaient ça me donnerait des chances de trouver le placement sinon de baignoires du moins de quelques dessin (à R.G., juin 1948)

 

Que voulez-vous je suis fou de Chaissac ! Lui le succès, la gloire, il ne les a jamais connu de son vivant et pourtant ils ne sont pas très nombreux les artistes français à avoir eu droit à une grande rétrospective au Centre Georges Pompidou. Alors lorsque je vois de petits marquis se gausser, se hausser sur la pointe de leurs petits pieds aux chaussures bien lustrées, pour de si minuscules glorioles, je ne peux que penser qu’au royaume des cireurs de pompes les petites pointures croient occuper le haut du pavé. Des biens éduqués, non de sinistres convenus, dont la vacuité n’a d’égale que la suffisance. Chaissac revient ! « En Vendée on a un faible très marqué pour ce qui est inauthentique et le Vendéen n’est d’ailleurs jamais un novateur mais toujours un suiveur (à J .B, 27-6-1948 in Hippobosque)

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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