Lundi 24 septembre 2012 1 24 /09 /Sep /2012 00:09

Rien n’est plus plaisant, réconfortant même, que de voir se confirmer une intuition.  Celle-ci souvent considérée comme un sixième sens serait le monopole  des femmes, ce qui bien sûr est faux car c’est avant tout une chose très intime, qui est en chaque être humain. Donc, dans mon petit jardin d’intérieur, avec ma vieille expérience de jardinier des mots, j’ai de suite perçu chez Sonia ce petit quelque chose qui fait la différence, une alliance de passion et de soif de connaissance. La chronique d’aujourd’hui, tout comme la première, me ravit car elle flatte mon ego de taulier au long court : je ne m’étais pas trompé ! Sonia c’est de la bonne graine et je suis heureux de l’accueillir sur cet espace de liberté avec sa fraîcheur et sa maîtrise des mots : l'envolée finale est à savourer sans modération!


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L’amateur de vin, un tant soit peu curieux, a la possibilité de faire la découverte d’appellations et de terroirs moins médiatisés. C’est vrai que cela demande un effort supplémentaire car, au-delà de l’aventure gustative, il faut parfois aller découvrir ces vins sur place car ils sont peu ou pas distribués en dehors de la région de production. Néanmoins, comme beaucoup de choses rares, cela ne leur donne que plus de valeur. Il y a aussi le plaisir que peut engendrer la découverte, celle de se retrouver à la place du dénicheur de terroirs sublimes et méconnus.

Depuis 3 ans j’ai la chance de vivre une bonne partie de l’année dans le Massif Central et l’autre à Paris. Et figurez-vous, le Massif Central ce n’est pas uniquement les volcans, les rivières, un grand fleuve et de bons produits gastronomiques mais c’est aussi de beaux terroirs viticoles qui restent encore assez confidentiels. Ce sont de petites appellations qui ne dépassent pas les 650 hectares et des domaines à taille humaine entre 5 et 20 hectares, pour la plupart. Ma première rencontre avec ces vins s’est faite au travers de l’appellation des Côtes d’Auvergne. J’ai parcouru une bonne partie du vignoble, travaillé dans les vignes d’un domaine, je suis allée goûter chez les uns et les autres, découvrant ainsi les mille facettes de la richesse du terroir auvergnat et de ses vins.

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Le plaisir éprouvé lors de cette expérience m’a donné envie de continuer mon exploration des vignobles du Massif Central. Et comme cela arrive parfois, lorsque l’on désire ardemment quelque chose, la vie vous offre des opportunités de réaliser vos souhaits. Une première rencontre avec un vigneron de l’appellation Côte Roannaise chez un ami caviste, une autre avec un vigneron des Côtes du Forez lors de la création d’un salon des vins bio en Auvergne [1] et une demande d’effectuer une mission pour eux et ainsi découvrir ces deux appellations de 200 hectares chacune, sur place. C’est cette découverte que je vous invite à partager avec moi.


La première chose que j’ai remarquée ce sont les liens qui unissent ces deux appellations. Elles partagent un même cépage local, une appellation en vin de pays commune – vin de pays d’Urfé – et une proximité géographique. En revanche, les terroirs ont leur identité spécifique produisant des vins ayant chacun leur propre personnalité. Le cépage parlons-en : un gamay mais pas n’importe lequel, un gamay local : le saint romain. J’étais ravie ! Pourquoi ? Parce que j’adore ce cépage ! Et l’idée d’en découvrir une nouvelle expression à travers une de ses variantes ne me rendait que plus impatiente de goûter les vins.


Mais je n’étais pas au bout de mes surprises ! J’ai une petite lubie, je collectionne les pierres ramassées dans les vignes, mes petits morceaux de terroirs, mes souvenirs. Et qu’est-ce que j’ai trouvé ? Du granite. Oui, et alors, il y en a ailleurs me direz-vous ? C’est vrai, sauf que j’ai ramassé des granites de différentes couleurs allant du blanc, au rose, en passant par le jaune et le noir. Une vraie petite collection à eux tous seuls ! Ce n’est pas terminé, côté terroir, le Forez possède, en plus de ses sols granitiques, des sols de basalte (une roche volcanique) et le basalte, je le connais plutôt bien car on en trouve en Côtes d’Auvergne. Forcément, je me demande si je vais trouver des similitudes.


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J’ai ainsi mené ma petite enquête gustative grâce à diverses occasions de dégustation professionnelle ou pas [2]. Le gamay saint romain s’est révélé, évidemment, différent de celui du Beaujolais et de celui de l’Auvergne. Il y a une idée qui a la vie dure : tous les gamays se ressemblent. Pourtant, non seulement, il existe différentes variétés de gamay mais celles-ci ne s’exprimeront absolument pas de la même manière selon le terroir et la méthode de vinification choisie par le vigneron. Et mon cher gamay est un cépage qui laisse transparaître dans ses arômes et sa matière le sol sur lequel il a poussé et les mains de celui qui l’a façonné. Ce n’est pas un ingrat, il est reconnaissant envers sa terre nourricière et son géniteur vigneron. Tous les cépages ne se valent pas sur ce point, le chardonnay par exemple, ne laisse s’exprimer que certains grands terroirs.


Dans le Roannais le saint romain est un monstre de finesse, il prend tour à tour des airs printaniers d’une corbeille de fruits frais, la légèreté, la souplesse et l’élégance d’une ballerine virevoltant sur votre langue. C’est un gamay joyeux que l’on veut partager entre amis. Mais il peut aussi gagner en matière aboutissant à des vins sensuels dont la chair vous rappelle la douceur et le velouté d’une peau. C’est un gamay romantique que l’on veut boire à deux, au coin du feu. Dans le Forez, il prend des notes épicées, les terroirs à dominante granitique peuvent lui donner de la rondeur, de la plénitude et de la finesse. On croque dans un fruit mûr gorgé de jus, c’est un gamay gourmand. On le boit comme une friandise. Le basalte pourra lui transmettre un caractère plus affirmé, une personnalité plus marquée par une structure tannique plus ou moins ferme. Ce gamay a la beauté, l’énergie et la force d’un danseur tango qui vous transporte dans ses bras musclés ! C’est un gamay racé, au fort tempérament qui aime la compagnie d’un bon repas.


On aurait pu croire qu’à partir d’un seul cépage la diversité aromatique serait plus restreinte alors que la complexité de ces vins semble chatoyer à l’infini comme les couleurs reflétées par une gemme. Je vous laisse savourer les rouges, riches en émotions et titillerais vos papilles avec les blancs une autre fois…


[1] L’association Petrosus dont je fais partie est à l’initiative de la création du salon des vins bio en Auvergne : Ecovino.


[2] C’est vrai que le contexte dans lequel on déguste une cuvée peut influer sur votre perception du vin : seul ou lors d’un repas, dans un cadre professionnel ou amical, en présence ou non du vigneron. Comme le dit si bien Kermit Lynch « ce n’est pas le vin […] qui est différent. C’est vous. »

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Carnets de Sonia
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