Le Canard est toujours vivant ! Loin de la postmodernité du Net il poursuit son petit bonhomme de chemin avec ses unes avec des jeux de mots à deux balles, ses
dessinateurs, ses infos de derrière les fagots, son absence de pub…et il est plutôt florissant alors que la « Grande Presse » est mal en point.
J’ai retrouvé sur le site du Centre de Formation des Journalistes qui, très sportivement, pour ses 60 ans, reproduisait une rude critique contre CFJ signée Jérôme
Canard dans le Canard Enchaîné de l’année du retour du Général : 1958. Ce texte, dans le style du Canard de l’époque, garde beaucoup de sel. C’est une charge certes mais elle appuie là où
ça fait mal et j’ai estimé que sa lecture serait bonne pour vos neurones.
Le Bureau de placement pour journalistes
Le Canard enchaîné - 6 août 1958 (n°1972)
Il existe à Paris, rue du Louvre, un« Centre de formation des journalistes».
C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire.
Bien entendu, le sceptique confrère qui a fondé ce truc-là sait parfaitement que jamais un Veuillot, un Rochefort, un Vallès, une Séverine, un Tailhade, un Gohier,
un Téry, un Daudet, un Pierre Scize ou un Albert Londres ne renaîtront de son « Centre ».
Et, du reste, il s'en fiche.
S'il parle de « formation », c'est parce que le mot fait bien sur l'enseigne, et s'il parle de « journalistes », c'est pour flatter les futures
commères, grooms-échotiers et autres pâles tartineurs, qui sortiront de chez lui, vêtus de syntaxe candide et le stylo chargé de style à blanc.
Former un journaliste ?
En quinze leçons sans doute ?
On croit entendre se marrer dans sa barbe l'âme de notre Maître à tous, celle du « Vieux Toto" »des choses vues.
Mon cher Mannevy (1) - le vieux Mannoche des copains - vous qui n'êtes pas tombé de la dernière pluie de rosettes, avouez, entre nous, que vous ne confondez pas le
journalisme digne de ce nom avec ce qu'il est convenu d'appeler la Grande Presse.
Le journalisme, c'est avant tout des idées, des principes, bons ou mauvais, qu'importe, exposés noir sur blanc, affirmés, défendus contre tout
ce qui les contredit ou les menace, et c'est d'autres idées, d'autres principes contraires, combattus ou nargués avec, dans tous les cas, cette sincérité passionnée, qui, même balbutiante, même
encore ignorante du « métier » et de ses ficelles, a presque toujours le reflet sympathique du talent.
La Grande Presse, c'est autre chose. C'est de l'information (qu'on dit) téléguidée, mise à la sauce-maison par des salariés payés pour n'avoir
personnellement rien à dire, pour se soumettre sans murmure aux exigences de super-patrons clandestins, via les consignes d'un « boss » de façade, homme de paille grimé en faux bonhomme
de plume.
De tels salariés, cela doit être stylé, dressé, bien mis au pas. D'où la nécessité d'un « Centre de formation ». De sélection aussi. Car il est des brebis
réfractaires au sérum, qui pourraient devenir enragées ou galeuses et contaminer le troupeau.
Mais à quoi reconnaître, dans le cheptel des futurs collaborateurs de tout repos, les quelques têtes brûlées, les quelques futurs vrais journalistes, capables de se
dire, un jour, qu'on n'est tout de même pas de « France-Soir », de « Paris-presse » ou du « Figaro », de la même façon et pour le même boulot, que d'autres furent du
« Chabanais », du « Panier fleuri » ou du « Sphinx»(2) ?
La meilleure façon de le savoir, c'est de demander aux tauliers quels sont, selon eux, « les facteurs humains et non pas techniques, qui
conditionnent l'engagement » d'un journaliste-sic.
Ce qu'a fait le « Centre de formation »,, sous la forme d'une enquête confidentielle auprès des directeurs de journaux, en remerciant ceux-ci, par avance,
du très grand honneur dont auquel... Et j'ai là, sous les yeux, le questionnaire ahurissant proposé par le « Centre » à ces messieurs.
Passons sur les questions relatives aux préférences banales que peut avoir un directeur de journal, quant à l'âge, au sexe, au degré de culture générale (la
« culture générale » de Mme Carmen Tessier (3) !), voire à « la lisibilité de l 'écriture » des petits candidats selon son cœur.
Cela devient plus drôle quand, avec le plus grand sérieux, M. le directeur doit répondre à ceci :
1° Exigez-vous seulement une langue correcte ou un style clair ?
2° Ou souhaitez-vous (plus question, ici, d'exiger ; le « Centre » ferait faillite !) des qualités proprement littéraires, un véritable talent ?
Enfin, voici la liste des « qualités » le plus souvent requises, auxquelles M. le directeur est prié d'assigner un ordre d'importance : curiosité ;
désir d'apprendre et de se perfectionner ; esprit d'observation ; esprit critique ; clarté d'esprit ; don de l'expression frappante ; originalité ; déplacements faciles et rapides ; conscience
(...?) ; minutie ; facilité des contacts sociaux ; tact ; discrétion (ne jamais s'inquiéter d'où vient l'argent ?) ; bon caractère ; esprit d'équipe ; débrouillardise ; vivacité ; flaire ;
ponctualité ; régularité ; ténacité.
- C'est tout ?
Non, pardon, j'ai triché. Une autre « qualité » figure dans cette liste. L'essentielle, l'insigne, l'inappréciable « qualité », la sine qua non,
comme dirait Saint-Granier : LA DOCILITE, en un mot.
A ceux qui, pieusement, sont morts pour la liberté de la presse, on transmet bien le bonjour du « Centre de formation » !
Comme l'écrivait Henri Jeanson, naguère : « La liberté de la presse est un canard », un des canards-miracles auxquels Jean Rostand lui-même ne croit
plus.
Une presse LIBRE rédigée par des journalistes DOCILES !
Par de zélés serviteurs livrés, en état de marche, à toutes les contraintes, à tous les impératifs, à toutes les censures, à toutes les combines, à tous les fonds
secrets, de l'Etat, des affaires, des banques, des politiciens, des propagandes, des marchands de papier, des grands distributeurs de publicité, des gros annonciers, des pétroliers, des
bouilleurs de cru, des betteraviers, des commanditaires, de l'armée, de l'église, de la police, et des amis de tout ce joli monde...
Une presse libre rédigée à coups de brosse à reluire ou au stylo-bile, selon les cas, mais toujours sur commande, par des employés résignés à filer droit, et qui,
tant que ce ne sera pas permis par les maîtres, ne prendront jamais le parti du plus faible contre le plus fort, des exploités contre les exploiteurs, de la vérité contre le mensonge, de la
liberté contre la servitude, de toutes les paix contre toutes les guerres, du jour contre la nuit, de l'oxygène contre l'irrespirable...
Une presse « formée » rue du Louvre...
Car, enfin, ce n'est pas par le plus innocent des hasards que, si la docilité figure en bonne place sur la liste, l'esprit d'indépendance, lui, n'y figure pas
!
On ne l'ignore pas, rue du Louvre : la Grande Presse n'a rigoureusement rien à f... d'un journaliste indépendant.
Chaque fois qu'elle s'en attrape un sous l'aisselle, elle le relègue, dégoûtée, dans quelque rubrique anodine : tribunaux comiques (et encore !), critique théâtrale
(et encore !) ou mots croisés, à moins qu'elle ne lui donne ses huit jours.
Les autres gens de maison, reboutonnent leur gilet rayé et s'en vont prendre respectueusement les ordres, comme d'habitude.
Il faut dire les choses comme elles sont : il n'y aurait pas de presse à genoux, s'il n'y avait tant de journalistes à plat ventre.
La dignité non plus ne fait pas partie des qualités appréciées, rue du Louvre.
La liberté de la presse peut complètement disparaître, escamotée par un quelconque Soustelle, les journalistes-sic ne la regretteront pas. Elle est compromettante
et elle paie mal.
Le jour où ces salariés obséquieux seront inscrits au chômage, remplacés dans leur drôle d'emploi par de nouveaux « confrères », encore mieux dressés
qu'eux, ils liront, pour tuer le temps, les étincelants pamphlets du grand polémiste Lacheroy...
Et ce sera bien fait pour tout ce charmant gibier de plume.
Docilité, discrétion, tact ?...
Les insectes, eux, résistent, au D.D.T.
Jérôme Gauthier (4)
Notes (en 2005) :
(1) Raymond Manevy fut président du CFJ de 1950 à 1961.
(2) Ces trois établissements étaient des maisons closes « réputées » à Paris.
(3) Carmen Tessier tenait la chronique mondaine, « les potins de la Commère », dans France Soir.
(4) Jérôme Gauthier était le pseudonyme de Pierre Châtelain-Tailhade (1905-1977). A partir de 1953, sous les pseudonymes de Jérôme Gauthier, d'Arsène ex-Lupin et de
Cousin Jérôme, il tenait dans le Canard Enchaîné la rubrique « Faits divers" »- d'où est tiré l'article sur le CFJ - où les trois personnages étaient spécialisés dans l'indignation
antipolicière, antimilitariste et anti-étatique.
j'ai toujours détesté les détenteurs de vérités, les donneurs de leçons,et celui là s'en était un de première! certainement persuadé de travailler dans un journal toujours anarchiste, mais ce qu'ils pouvaient être naïfs à l'époque ces gens du canard!!, ça fait combien de temps qu'ils ne sont plus que les petits télégraphistes des règlements de comptes entre politiciens?..
Contrairement au planqué de service qui se cache sous son pseudo à quatre lettres, je lis toujours le Canard avec attention car je suis pour la liberté de la presse et contre la servilité en tous genres.
Pour infos, une prise de position très intéressante d'Edwy Plenel sur l'état de la presse en France: http://www.mediapart.fr/journal/international/160312/la-presse-et-son-honneur
Euh, avec le lien: http://www.mediapart.fr/journal/international/160312/la-presse-et-son-honneur
savez pas lire Michel Smith? je vous dis et je vous répète que le Canard est une machine à régler des comptes entre politiciens, fini l'époque de Maréchal (pas nous voilà mais le fondateur) et ej vois pas ce que la liberté de la presse vient fiche là dedans!
tenez Michel smith puisque vous êtes visblement une belle âme, que pensez vous du journaliste du dit canard qui balance des scuds sur la collaboratrice de Devedjian qui vient d'écrire "Le Monarque"? et d'où viennent ses infos à ce journaleux?? moi j'appelle ça une sous-m.....! et si vous en voulez des tonnes en plus?
Loin d'être une salve de Scuds, l'article du Canard sur le "Monarque" et Marie-Cécile Guillaume, est élogieux. Par ailleurs, la répétition d'une affirmation ne transforme pas celle-ci en vérité.
Bref, qui se cache toujours sous son pseudo à quatre sous, n'apprécie visiblement pas le métier de journaliste qui consiste à aller enquêter là où se trouvent les infos, c'est-à-dire pas toujours du côté de la brosse qui va dans le sens du poil. Si vous étiez journaliste, vous seriez heureux dans la plupart des journaux qui sont sensés nous informer, Figaro en tête.
Détrompe-toi ce pleutre qui se cache sous des pseudos à la noix est une ex-journaliste je l'ai géolocalisé grâce à Google... un frustré dont je tairai le vrai nom...
Encore un (une) frustré ? Décidément, vu l'état de la Presse, cela ne m'étonne pas. Heureusement, il nous reste les blogs !
le dernier qui m'a géolocalisé chez Assouline me voyait en Hollande et même au Pays bas, c'est dire là qualité de l'outil! en tout cas un conseil Berthomeau évitez de lui mettre votre main sur la tronche à votre géolocalisé parce qu'il (elle ) ne va pas comprendre!
cause toujours mon coco tu ne nous intéresse pas mais ton IP te marque à la culotte (et là tout est possible) et je sais qui tu es mais je m'en fous totalement vu que tu n'es qu'un étron sans intérêt qui défèque partout où il peut. Je sais que tu vas éructer mais c'est bon ducon !
Merde, v'la qu'le Taulier est plus aimable que moi...
pourtant vous me devez plus que je ne vous dois M berthomeau!
ingrat va! même pas la reconnaissance du ventre!
Arrête vraiment ton délire ducon je vais te foutre de nouveau à la poubelle systématiquement car tu pollue vraiment trop avec tes conneries de midinette...
mais non, point de délire, je vous raconterai ça un jour quand j'aurai le temps, vous verrez ça vous fera rigoler!