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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 00:09

Chemin faisant, baguenaudant, depuis plus de six ans, sur cet espace de liberté, j’avoue une certaine forme d’agacement, de lassitude, d’exaspération parfois, lorsque je vois ce que je vois, lorsque je lis ce que je lis, lorsque j’entends ce que j’entends… Alors, n’ayant aucune prédisposition pour la misanthropie, j’ai pris, comme le disait ma sainte mère « une bonne résolution » : ne plus m’échauffer les sangs pour de vains combats, pour les postures minables, pour les approximations, pour les ouvriers de la vingt-cinquième heure, pour les groupusculaires de toutes obédiences… Rassurez-vous, cette soudaine et tardive sagesse ne m’empêchera pas de mettre mon grain de sel là où il n’est pas désiré. En revanche, je n’accepterai plus de m’engager par procuration aux côtés de qui que ce soit. J’ai déjà donné, beaucoup, et plutôt que de me fâcher avec de bons amis je leur dit « bon vent les poteaux, oubliez un moment que vous êtes d’ici ou d’ailleurs, que Bordeaux ou l’Alsace ne sont pas les nombrils du monde, je sais qu’être minoritaire avec le sentiment de mener le combat contre les conservateurs de tout poil c’est dur et lassant… » Mais que voulez-vous je ne suis pas vigneron et, comme le statut d’expert en tout et en rien ne sert à rien, m’occuper de mes oignons me va bien.

 

Voilà c’est dit au détour de ce début de journée où je ressors de l’oubli cette chronique. Bonne lecture, vous pouvez acheter le livre en toute confiance

 

 Se prénommer Noah, certes avec un h, être un écrivain américain à succès – étasunien plus précisément – vous prédispose assurément à écrire un livre émouvant, d’une beauté simple, juste et vrai, sur le voyage initiatique à la fin du XIXe siècle d’un jeune vigneron du Languedoc à la Catalogne. Lisez-le vous y retrouverez, dans une langue sans fioriture, tout ce qui fait la grandeur et la servitude du métier de vigneron.

 

Une autre époque certes, dure, implacable, mélange de soumission et de fierté d’une communauté humaine liée à sa terre, solidaire dans sa condition de servitude, d’apparence immuable, miséreuse mais d’une grandeur d’âme sans pareille. L’amour, toutes les passions humaines, la politique, la religion, l’argent, le commerce et, bien sûr, la culture de la vigne et l’élaboration du vin, donnent aux femmes et aux hommes de cette terre aride de Santa Eulalia, une vérité humaine émouvante. Sans vouloir extrapoler j’estime que bien des ingrédients de ce beau livre donnent à réfléchir sur les temps que nous vivons. Josep, le héros, fort de l’expérience acquise chez Léon Mendès dans la vallée de l’Orb, veut faire son vin sur la terre de ses ancêtres, du Vin à boire, et non du mout pour la vinaigrerie. Dit par un mécréant comme moi c’est un peu une saga : du vin industriel au vin de terroir… Bonne lecture.

 

« Comme il n’est que le fils cadet, Josep Alvarez sait depuis toujours qu’il n’héritera pas de la bodega familiale : les vignes qui poussent sur le sol aride de Santa Eulalia reviendront à son frère aîné. Josep s’engage donc dans l’armée, où, en échange d’une maigre solde, il est propulsé dans l’horreur des guerres carlistes.

Désertant une unité dont il est le seul survivant, il se réfugie de l’autre côté des Pyrénées, au cœur du Languedoc. Un vigneron français lui apprendra les secrets de la vigne, et lui transmettra sa passion. Dès lors, Josep n’aura qu’une seule obsession : fabriquer son propre vin, dans sa propre bodega. »

 

Extrait de la 4ième de couverture La Bodega de Noah Gordon chez Michel Lafon

 

« Le jour où tout changea, Josep travaillait depuis l’aube dans les vignes de Léon Mendès.

C’était une journée exceptionnellement belle dans un mois de février maussade. L’été était frais, mais le ciel semblait ruisseler de soleil. Josep s’était mis à l’ouvrage poussé par une sorte de frénésie. Passant de cep en cep, il taillait les sarments épuisés d’avoir porté jusqu’en octobre un raisin dont chaque fruit débordait de saveur comme une femme dans la fleur de l’âge. Sa main rapide coupait au plus près. Quand il tombait sur une grappe de fer servadou ratatinée oubliée par les cueilleurs, il la mettait de côté dans un panier, non sans en goûter au passage un grain aux arômes délicatement épicés. Arrivé au bout de la rangée, il entassait ses sarments, puis les embrasait à l’aide d’un brandon prélevé dans le feu précédent ; et l’odeur âcre de la fumée ajoutait au plaisir n é de son effort. »

Extrait du premier paragraphe de la première page

 

« Le village de Roquebrun se nichait sur la pente d’une colline, dans une boucle de rivière passant sous un pont de pierre en dos-d’âne. Josep s’approcha. On respirait ici un air doux, odorant. Les feuillages étaient verts. La rivière était bordée d’orangers. Le village était propre bien tenu, empli de mimosas d’hiver dont les fleurs évoquaient tantôt des plumes d’oiseau, tantôt des flocons amassés par le vent. »

 

Extrait page 145

 

« Durant l’automne qui suivit son retour à Santa Eulalia, Josep éprouva une joie toute neuve en voyant se métamorphoser les feuilles sur ses pieds de vigne. Le phénomène ne se produisait pas chaque année. Par quoi était-il déclenché ? Josep l’ignorait. Peut-être était-ce dû à cette saison particulière où les nuits glaciales succédaient à de brûlants après-midi. Ou bien fallait-il chercher du côté d’un mélange particulier de soleil, de pluie et de vent. Quoiqu’il en soit, les feuilles se transformèrent en ce mois d’octobre, et Josep y trouva un écho de lui-même. Soudainement, les pieds d’ull de llebres offrirent une variété de nuances qui allaient de l’orangé au rouge vif. Dans le même temps, les grenaches d’un vert lumineux tournaient au jaune, tandis que leurs tiges brunissaient. Les feuilles de Carignan, elles, restaient d’un vert riche, et leur tiges devenaient rouges. Tout se passait comme si les pieds de vigne défiaient leur mort prochaine ; mais pour Josep, tout cela relevait d’un renouveau, d’une renaissance, et il arpentait ses rangées avec un enthousiasme tranquille. »

 

Extrait page 151

 

« Avant son séjour en France, il ne s’était jamais avisé de compter les bourgeons apparus sur les sarments, mais, à présent que ses propres vignes prenaient vie, il en vérifiait chaque cep. Il nota que la plupart donnaient environ soixante bourgeons, sauf les plus anciens, qui en produisaient une quarantaine. Léon Mendès voulait, lui, que ses ceps donnent entre quinze et vingt bourgeons, pas plus. Josep se mit à élaguer ses vieilles vignes pour les réduire au-dessous de ce chiffre. Maria del Mar, qui venait récupérer son fils, le vit jeter des bourgeons qui pour elle représentaient autant de futures grappes.

- Qu’est-ce qui te prends ? s’écria-t-elle.

- Moins il y a de bourgeons, répondit-il, plus le goût se concentre dans le raisin. La saveur se met dans les grappes qui restent. Dans celles où même les pépins mûrissent. J’ai l’intention de faire du vin.

- Ce n’est pas ce qu’on fait déjà ?

- Je veux faire du vin, répéta Josep. Du bon vin. Du vin que les gens auront envie d’acheter. Si j’arrive à en produire et à le vendre, je ferai plus d’argent qu’en vendant du moût à Clemente ! »

 

Extrait page 239

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans les afterwork du taulier
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commentaires

Luc Charlier 27/10/2011 22:32



Ah le brave homme, on lui pardonne le terme « pinailleur » : il met aussi bodega au féminin.


Les Catalans ont également l’habitude d’altérer le genre des mots. On dit « un vis » pour le petit bout de métal torsadé
d’un filetage et possédant une tête où introduire le ... tourne-vis.


Au bois de Boulogne – où je n’ai pas mes habitudes – il paraît que c’est l’inverse de ce que tu racontes, Daniel. On croit que c’est
du féminin et cela n’en est point.


Maintenant, enzyme en français est féminin ou masculin, au choix et avec la même signification. Venster en néerlandais
(fenêtre) est normalement un substantif neutre – car nous distinguons 3 genres. Beaucoup de gens utilisent toutefois « de venster », féminin.


Tiens, à propos, est-ce que tu as les coordonnées de mon blog ? Comme tu as écrit – et c’est bien ton droit – que
nous sommes rarement du même avis sauf quand il s’agit de vin, si ma mémoire est bonne, j’aimerais compter un contradicteur de plus C’est le choc des silex de l’esprit qui crée les étincelles du
savoir ! Hugh.


Lien : http://coumemajou.jimdo.com/blog/billets/



daniel cherel 27/10/2011 15:42



Quel pinailleur ce Luc ! ce Léon le bysantin ! Moi aussi je suis près de la frontière Espagnole, 30km. Dans le langage courant la Bodega n'est pas un bar mais un lieu ou l'on boit essentiellement
du vin, xeres ou autres et ou  on mange des tapas et pinchos ..... En Castille, las bogegas sont des caves souterraines  auxquelles on accède par unune échelle de meunier ou un escalier
raide. Ces bodegas sont facilement repérables avec les cheminées d'aération qui sortent à 1m50 ou plus du sol. Elles appartiennent souvent à des gens de la ville proche. C'est un lieu de réunion
le dimanche avec parents et amis non pas dans la bodéga mais en surface. Seuls les basques qui prennent souvent le féminin pour du masculin pourrait dire "le bodega" comme ils disent 'avec
l'accent basque  "le maison" ou "le bicyclette".


A noter qu'en Espagne la Banque  est le Banco. 


Ceci dit dès demain j'achète le bouquin de Noah Gordon


 



Luc Charlier 27/10/2011 12:46



@ Nadine F-A : hélas, ce n’est pas le taulier adoré qui répond, mais si le “fer” est effectivement indigène dans ce qu’on appelle
le « Sud-Ouest », il peut se rencontrer dans toute la frange méditerranéenne. Je remarque quand même avec vous que les appellations tarnaises et aveyronnaises se taillent la
part du lion, vous avez raison, et elles appartiennent effectivement à cette grande région, et non au ... Golfe du Lion. Pourtant, à y regarder de plus près,
Madiran, Côtes du Béarn, Fronton, Lavilledieu etc ... cela fait gascon, pyrénéen, toulousain, atlantique tandis qu’Estaing, Fel, Entraygues, Marcillac et même Gaillac, c’est déjà plus l’Occitanie
de la Grande Bleue ou des Puys. En me poussant dans mes derniers retranchements, il me semble que l’Aveyron c’est déjà presque l’Auvergne, comme la Lozère.


Ne trouvez-vous pas surprenant que la langue occitane soit presqu’espagnole en Béarn, avec des influences basques même, hybride dans
le Tarn ou le Tarn & Garonne et vire quasiment à l’italien dans le Var et le pays niçois ?


A Madiran ou Fronton, le fer est salutaire (hihi) mais pas essentiel, tandis qu’à Técou, Marcillac, Millau et au bord de la Tuyère (et
un petit bout de Lot), c’est lui qui donne la typicité aux vins.


Bon, je ne vais pas retourner le ... fer dans la plaie et vous chercher des braucols. Il faut faire preuve de mansoi-étude et ne point
pin(enc)ailler.


@Jacques : Ohé du taulier, ma meuf est au lit depuis deux jours. Elle a mangé trop de compote de pommes gélatinée (c’était la
fête de ce fruit à Mirepoix et elle en a ramené un peu trop) : sucre + acide malique + gélatine + amidon + pectines = bouillon de culture formidable. Tandis que je la (sur)veille, j’en
profite pour rattraper mon retard administratif et je fais ton courrier des lecteurs aussi. Mille excuses.



JACQUES BERTHOMEAU 27/10/2011 12:57



merci Luc je suis avec mes vaches et de plus je suis d'une inculture crasse sur toutes ces histoires de bout de bois...



Luc Charlier 27/10/2011 09:56



@ Jacques


Non, non, pas « qu’y puis-je ? », ne te méprends pas. Cette attitude est logique en soi et il me semble
en outre que « une bodega » devrait être la formule usitée. Léon le pointilleux approuve à 1000 %.


« Saving Private Ryan » est important mais garder l’orthographe – et certaines autres règles aussi – permet de se constituer
un cadre. On en a TOUS besoin. Je ne parle pas de « normalité », je parle de frontières (« borders ») qui peuvent être différentes pour chacun mais présentes néanmoins. Quand
on ne les a plus, on a une personnalité « border-line », le dernier stade avant la psychose ouverte.



nadine Franjus-adenis 27/10/2011 09:35



Une surprise dans le permier texte sur "le jour où tout changea", on y parle de fer servadou, ce cépage du Sud ouest aussi appelé Mansois à Marcillac ou Braucol à Gaillac ou encore Pinenc à
Madiran. Aurait-il été planté dans le languedoc ou bien c'est une fiction du romancier?



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