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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 00:09

Serais-je soudain devenu dyslexique, ou plus exactement dysgraphique, en cette veille de la Fête des Mères ? Rassurez-vous, même si parfois mes neurones s’emballent, mes mots s’échauffent, mes phrases dérapent, en l’espèce tout est sous contrôle. Croyez-moi sur parole le Médoc des GCC ne m’a pas encore tourneboulé la tête. C’est d’autant plus vrai que celui qui est venu à moi est comme l’écrit joliment JF Pécresse dans les Echos « n’est pas celui des propriétés rutilantes aux jardins léchés qui jalonnent la départementale 2 entre Macau et Saint-Seurin. Pas celui de l’aristocratie des crus classés qui ne met pied en terre médocaine que pour y travailler le matin et recevoir le soir. » C’est le Médoc profond, avec ses racines, son accent chantant et un goût de la vie communicatif. »

Récemment, au retour d’un séjour à Listrac, à l’invitation d’Alain Meyre Président de l’ODG, je m’étais échiné, avec ma manie des détours, d’expliquer à Martin, mon petit fils, que le Médoc n’était pas un médoc http://www.berthomeau.com/article-non-martin-le-medoc-n-est-pas-un-medicament-45187174.html. Ce matin mon entreprise est presque du même tonneau : vous convaincre que le grenier médocain ça se mange. Pour rendre la tâche moins insurmontable, le plus simple pour moi serait de passer le relais à Maryse Meyre, médocaine pur sucre. Précision d’importance, Maryse Meyre n’est pas la fille du Capitaine Léon Veyrin mais l’épouse d’Alain Meyre le propriétaire du château Cap Léon Veyrin (comme le déclamait Cyrano de Bergerac : « C'est un roc !.... c'est un pic ! C’est un cap ! Que dis-je, c'est un cap ? C'est une péninsule ! »). Si vous avez du mal à suivre  mon esprit d’escalier je vais tenter d’être plus cursif.

 

Tout était souvent dans notre vieille France une affaire de mariages : il en fut ainsi pour le destin du château Cap Léon et du château Veyrin lorsqu’au début du 19ième siècle les deux sœurs Curat se marièrent avec les deux frères Meyre. Le vignoble de 17 hectares situé sur les plus belles croupes de Listrac et, pour en finir avec le Cap, sachez qu’il signifie en patois médocain « la tête », le point le plus haut.

  

J’en reviens au grenier médocain, et plus particulièrement à celui, unique donc rare, de Maryse Meyre. Même si vous brûlez de savoir ce qui se cache sous cette appellation je ne puis m’empêcher d’écrire que le grenier médocain est à l’image de Maryse Meyre : authentique ! Entendre celle-ci est un régal, de l’énergie à l’état pur, une vitalité pleine de sourire et une pointe d’accent qui allège la langue. L’expression « être au four et au moulin » lui va comme un gant. Des chambres d’hôtes depuis 25 ans, le « Petit Cabaret des vignes » à château Julien (dîner spectacle une fois par mois où toute la famille Meyre monte en scène avec les amis du village) depuis 4 ans, et ouverture ce mois-ci du Bar du Vigneron qui sera sans doute le digne héritier de la fameuse Table d’hôte de Maryse Meyre.

Chateau-C-.jpg

Alain Meyre fut marchand de bestiaux, des moutons pâturaient dans les vignes de Cap Léon Veyrin, et il allait en Aveyron acheter des Salers de réforme. Si j’écris ceci c’est pour souligner que chez les Meyre, la bonne viande fait parti de leur culture. Et puis, cerise sur le gâteau, ils se rendaient parfois à la foire de Parthenay où je suis allé moi-même accompagner mon père, Arsène Berthomeau, lorsqu’il y vendait des bêtes sur pied. Digression qui ne me conduit nullement à vous vanter la hampe ou l’araignée de bœuf mais à plonger dans la sublime complexité du cochon.

 

Comme l’écrivait John Berger depuis l’Antiquité  « les animaux étaient à la fois sujets des hommes et adorés par eux, nourris et sacrifiés. Aujourd’hui, les vestiges de ce dualisme subsistent parmi ceux qui vivent intimement avec les animaux, et en dépendent. Un paysan peut s’attacher à son cochon et être heureux de saler son porc. Ce qui est significatif, et si difficile à comprendre pour le citadin, est que les deux énoncés de cette phrase sont liés par un « et » non par un « mais ». Dans le questionnement actuel : voir le titre d’un récent Télérama : « Le monde paysan est-il condamné ? » l’effacement progressif de ce dualisme mériterait réflexion.

 

Mais me direz-vous pourquoi disserter sur le cochon à propos d’un couple de vignerons ? Parce que tout simplement c’est le héros du jour, la vedette du grenier médocain (ne pas confondre avec le grenier de Montmartre, les Meyre adorent les cabarets). En effet, en dépit de son nom, qui évoque plus le grain que le vin, le grenier médocain est une cochonnaille. Pour le définir je m’abstiendrai de faire référence à la Confrérie du Grenier Médocain (Mairie de Saint-Laurent-Médoc 33112 Saint-Laurent-Médoc) qui parle de « panse » de porc, ce qui est une horreur parce que ce brave goret, comme on dit chez moi en Vendée, à une constitution anatomique et biologique proche de la nôtre et est donc pourvu d’un estomac comme nous.Grenier_M-3.jpg

La recette, telle que je l’ai recueillie de la bouche de Maryse Meyre, s’écrit ainsi. Bien nettoyer et ébouillanter l’estomac du porc. Dans un grand chaudron préparer un court-bouillon assaisonné et parfumé avec un bouquet garni classique, des clous de girofle, des baies rouge et de la noix de muscade et le faire chauffer. Sa première fonction sera de cuire le boudin. Ensuite y plonger des têtes de porc et les faire bouillir. Dès qu’elles sont cuites, les retirer et les hacher grossièrement comme des morceaux de pot au feu. Sélectionner les morceaux nobles : joues, langues, oreilles, les saler et poivrer puis les placer dans l’estomac avec de l’ail. Coudre l’estomac puis le plonger dans le bouillon qui doit être seulement frémissant (donc petit feu). Laisser cuire 1 à 2 heures et surtout le laisser refroidir dans le bouillon jusqu’au lendemain matin.Grenier_M-4.jpg

 Le grenier médocain à la mode Maryse Meyre est prêt pour la découpe et la dégustation. Il se mange froid avec une petite salade craquante ou chaud avec des lentilles. Pour qui aime le porc dans tous ces états, n’en déplaise aux gardiens de la santé publique, le grenier médocain est craquant dans tous les sens du terme. Le général de Gaulle qui raffolait des pieds de cochon était aussi friand, dit-on, de grenier médocain.

 

Je suggère donc à tous les membres de l’Amicale du Bien Vivre, dite des Bons Vivants, dont je suis le Secrétaire Perpétuel autoproclamé, qu’ils se doivent de noter l’adresse du Bar du Vigneron au château Julien 97, avenue du Haut-Médoc 33460 Cussac Fort-Médoc tél 05 56 58 60 92, afin d’aller goûter le grenier médocain de Maryse Meyre. Je puis les assurer qu’ils ne seront pas déçus du voyage. (les morceaux qui sont placés au NO de l'assiette ci-dessous) assiette.JPG Mais s’adonner aux délices du grenier médocain ne va pas sans boire et la maison Meyre est bien aussi bien pourvue du côté solide que du côté liquide. En effet, avec le château Cap Léon Veyrin (15 ha) AOC Listrac cru bourgeois supérieur s’ajoute le château Bibian (20 ha) AOC Listrac cru bourgeois et le château Julien (15ha) AOC Haut Médoc cru bourgeois. Pour tous les détails aller sur www.vignobles-meyre.com . Pour ma part, avec ma minuscule casquette de dégustateur non patenté, j’ai apprécié le Cap Léon Veyrin 2007 qui accompagnait le grenier médocain puis j’ai vraiment beaucoup aimé le millésime 2005 complexe et puissant, plein de promesses d’une grande et belle longévité.

Pour le château Cap Léon Veyrin primeur 2009 je laisse à Jacques Boissenot, l’œnologue-conseil maison, le soin de le décrire mieux que moi « robe rouge profond presque sombre. Le nez révèle de jolis arômes de fruits noirs, cerise, mûre, avec des notes de bois bien fondues. L’attaque est souple avec un milieu de bouche dense et des tanins puissants et fermes à la fois. L’équilibre est harmonieux, sans aucune agressivité. La finale est remarquable par sa longueur et ses saveurs séduisantes dues aux tanins de grande maturité. »  CLV2007_001-copie-2.jpg Pour en revenir au Médoc, qui ne résume pas à une litanie de grands crus classés, sa vitalité se fonde sur des entreprises comme celle des Meyre. Entreprise familiale, avec la loi d’orientation de 1962 d’Edgar Pisani l’exploitation à 2UTH vit le jour marquant à la fois le début de la Révolution silencieuse de nos campagnes et l’accès de notre agriculture à la compétition mondiale sous le manteau protecteur de la PAC. Aujourd’hui ce modèle semble à bout de souffle, agressé par la dérégulation, en bute aux producteurs du Nouveau Monde, il doit être revisité d’urgence. Dans notre secteur, le modèle domaine familial dynamique, doit mieux reconnu comme étant un élément indispensable à la vitalité de notre tissu rural. Chez les Meyre tout le monde est à son poste : Alain et son fils Julien à la vigne, Nathalie la fille s’occupe des vinifications, Maryse main dans la main avec Nathalie au commercial, à l’administration et à l’accueil : le fameux commence par là ! Les Meyre sont les ambassadeurs d’un Médoc méconnu et gagne à être connu. Allez-y !

Pour celles et ceux fondus du marathon je rappelle que la prochaine édition de celui du Médoc (créé en 1984) est le 11 septembre 2010 www.marathondumedoc.com J’y serai, pas en short, et nous pourrons après l’effort goûter au réconfort du grenier médocain...  PhotoMeyre  Voir le reportage photos sur les Meyre en Wine News N°73 en haut à droite du blog

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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