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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 00:09

photoVB.jpgEn notre beau pays, qui se veut aussi celui du vin, la place de Bordeaux concentre sur sa manière d’être, une somme d’allergies provoquant des prurits violents. Et pourtant, avec leur mise au château, même si parfois ceux-ci ne sont qu’en carton pâte, ils ont su flatter, brosser dans le sens du poil, le populo. Pour preuve une publicité récente du CIVB qui déclarait « Offrez-vous un château pour une petite pincée d’euros ». La populace a applaudi lorsque la Terreur a raccourci Louis le Seizième et sa Marie-Antoinette mais chez nous il est de bon ton de parler de pouvoirs régaliens, d’adorer la pompe et l’apparat hérités de la royauté, de révérer les particules : Giscard dit d’Estaing, de rêver de souper chez la baronne ou la comtesse, d’acheter un Baron de Lestac et, bien sûr, de s’extasier devant la télé lorsque les acheteurs de GCC font péter les milliers d’euros bien mieux que les fayots.

 

Tout ça c’est vieux comme la France ! Pour preuve les écrits de notre Emile Zola : d’un côté la Gervaise la blanchisseuse de l’Assommoir, qui gage sa robe au mont de piété pour inviter ses voisins à fêter son anniversaire. Elle leur fait péter la sous-ventrière mais, quand arrive le « vin cacheté », le grand-frère des mises à la propriété, les ouvriers qui cassent du bourgeois et de l’aristo se lèvent pour porter un toast, sacrifiant, avec dignité et politesse, au rituel de leurs ennemis de classes (1). De l’autre, Nana, la dévergondée, la poule de luxe, la courtisane, qui organise une soirée pour fêter son succès au théâtre et sert des grands vins pour impressionner ses invités (2).

 

Le vin est symbole de classe sociale. C’est un marqueur et tous ceux qui poussent des cris d’orfraies à propos des Primeurs de Bordeaux sont a-historique. La qualité du vin, au sens ancien du mot, et la manière de le servir, de le déguster, symbolise, aussi bien pour les nantis que le populo, le luxe, la richesse, le prestige, le gaspillage, la débauche. Toutes les belles phrases ampoulées, emphatiques, les cris d’amour pour le vin n’y changeront rien, il faut impressionner la galerie, en jeter un maximum, faire comme si...

 

(1) « Et le vin donc, mes enfants, ça coulait autour de la table comme coule à la Seine. Un vrai ruisseau, lorsqu’il a plu et que la terre a soif. Coupeau versait de haut, pour voir le jet rouge écumer ; et quand un litre était vide, il faisait la blague de retourner le goulot et de le presser du geste familier aux femmes qui traient les vaches. Encore une négresse qui avait la gueule cassée ! Dans un coin de la boutique, le tas des négresses mortes grandissait, un cimetière de bouteilles sur lequel on poussait les ordures de la nappe.

[...] Mais brusquement, Gervaise se souvint des six bouteilles de vin cacheté ; elle avait oublié de les servir avec l’oie ; elle les apporta, on emplit les verres. Alors, Poisson se souleva et dit, son verre à la main :

- Je bois à la santé de la patronne.

Toute la société, avec un fracas de chaises remuées, se mit debout ; les bras se tendirent, les verres se choquèrent, au milieu d’une clameur »

 

(2) « Purée d’asperges comtesse, consommé à la Deslignac murmuraient les garçons, en promenant des assiettes pleines derrière les convives.

[...] On se serra encore, Fourcamont et Louise obtinrent pour eux deux un petit bout de table ; mais l’ami dut rester à distance de son couvert ; il mangeait, les bras allongés entre les épaules de ses voisins. Les garçons enlevaient les assiettes à potage, des crépinettes de lapereaux aux truffes et des gnocchis au parmesan circulaient.

[...] On servait les relevés, une carpe du Rhin à la Chambord et une selle de chevreuil à l’anglaise.

[...] Un grand mouvement avait lieu autour de la table. Les garçons s’empressaient. Après les relevés, les entrées venaient de paraître : des poulardes à la maréchale, des filets de sole sauce ravigote et des escalopes de foie gras. Le maître d’hôtel, qui avait fait verser jusque là du Meursault, offrait du Chambertin et du Léoville. »

 

Kazum Ogoura souligne dans son livre La dégustation du vin à travers la littérature française :

«  Les trois vins qui apparaissent dans Nana ont plusieurs éléments communs : ce sont tous de bons crûs, mais ce ne sont pas des vins des plus prestigieux. Ceci signifie que l’on peut se procurer ses vins assez facilement dur le marché. Ainsi dans le roman, ces trois vins, de par leur qualité et leur facilité d’accès, symbolisent à la fois la qualité du festin que Nana organise et la banalité qui entoure de dîner.

Il y a cependant un autre élément que le choix du vin qui se cache dans le roman ? Le symbolisme se dissimule dans le fait que les trois vins de première qualité sont choisis par le maître d’hôtel et qu’aucun convive (sauf Daguent qui fait un commentaire sur le poisson et le Léoville) ne semble avoir connaissance de la qualité du vin dégusté. »

 

L’adage populaire « Donner de la confiture à des cochons » est, ici et maintenant, le plus parlant mais ne dit-on pas aussi « cochons de payants ! »  Alors « vin cacheté » maintenant GCC la roue tourne mais rien n’a vraiment changé sauf le prix à payer qui maintenant plus corsé pour une flopée de gens de peu qualité mais fort argenté...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

showviniste 30/06/2011 23:14



Il me semble qu'on peut être un baron et ne boire que de l'excellent vin populo, comme celui de lapierre, hérédia, bernard, etc...


Le populo boit du Bordeaux, c'est vrai, mais c'est pas de la quille de primeur, celles-là sont vraiment hors de prix et sont faites pour les plus aisés, même si on les retrouvera aux foires au
vin dans les hypermarchés !


 



daniel cherel 30/06/2011 19:51



Une fois de plus je  ne vois pas ou veut en venir notre blogueur ; la diminution de mes neurones explique peut être cela. S'agit il du "prurit de la gloire du Bordelais" qui l'irrite
notamment par la publicité bonne pour la populace, serait ce le vin des riches  ?  Il est certain que la pub conditionne nos reflexes er qu'à force d'entendre à la radio la Pub
 pour le Baron de Lestac  certains se laissent tenter pour "essayer" comme je peux le faire avec certains produits miracles pour nettoyer tout et partout. Pour moi ce n'est pas le mot
Baron qui incite à l'achat. Le vin ne me parait pas être  le symbole de la classe sociale ; je n'en dirai pas autant de la voiture. Comme  Castel frères, Jean Michel Cazes lance une
nouvelle marque de vins produits dans son domaine  de 150 hectares en Languedoc, à la Livinière  au pied de la Montagne Noire. Nom de baptême l'Eclipse (12€).  


 


 


 



christian papegay 30/06/2011 11:00



apres avoir vu le bordel que j'ai mis .merci d'avoir répondu a mes intérrogations .il n'y avait pas de voyeurisme de ma part .je signe de mon et  prénom le papet est mort  .vois tu mémé
!!! .jacques encore merci quel beau parcours .j'arrete ! bis a tous .   christian papegay ,chambery ,vendeur de vin de savoie,marié deux enfants , en arret de travail (pour l'instant )
. voila . a bientot de tous vous relire .



alain 30/06/2011 10:45



lorsque Giscard avait proposé modestement de donner son nom à son emprunt gagé sur l'or: De Gaulle avait lancé "Giscard d'Estaingggggggg quel beau nom
d'emprunt!"



Luc Charlier 30/06/2011 09:14



Eh là-bas, Monsieur Berthomeau, c’est-y qu’on virerait à gauche, maintenant ? Léon qui prône un « élitisme de masse » - voilà une belle utopie ! – se régale de cette chronique.


J’avais écrit dans In Vino Veritas il y a une petite dizaine d’années, en parlant du spirituel et délicieux M. Testtut d’Assay (ou
quelque chose comme cela), le compétent propriétaire du Ch. de Tracy avec qui j’avais eu la chance de passer toute la soirée lors d’un banquet autour des « vins du Centre » :
« Il est heureux que ’89 n’ait pas raccourci cette tête-là ».


Lui, avec humour, ne s’en était pas offensé mais « ses gens » ont trouvé cela inacceptable. Il me l’a confié lui-même peu de
temps après, au hasard d’une dégustation de presse.


Dès lors :


« Pour la grâce de mes chansons
Le roi m’avait offert un blason
Je ne veux pas être noble
Répondis-je en fausse note
Avec un blason la clef
Mon "la" se mettrait à gonfler
On dirait par tout le pays
"Ce vieux con d’Léon a trahi"
Le petit gratteur de bons mots,


n’a plus ses entrées au château .... »



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