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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 00:09

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Qu’il est doux d’avoir de  bonnes amies qui vous prêtent des livres, Claire de la cantine d’altitude est de celles-ci. Avant même d'en avoir terminé la lecture, connaissant ma boulimie « Gutenbergienne », elle m’a confié « L’art de l’ivresse » poèmes chinois traduits et présentés par Hervé Collet et Cheng Wing Fun chez Albin Michel.  


Ils écrivent dans leur préface « Pour le poète chinois de jadis, le vin est aussi important que l’encre ou le pinceau. L’ivresse qu’il procure permet de s’accorder au cours naturel des choses (tao), d’entrer en communion avec les circonstances, d’être en phase avec le flux de l’instant éternellement présent. « Hic et nunc », comme dit le latin avec un sens évident de l’onomatopée. On dit souvent que le vin que le vin permet d’oublier. Il permet en effet d’oublier le passé, l’avenir, et de se consacrer entièrement au présent, dans une merveilleuse contemplation du monde. »


C’est le père Rigaud qui va être content, il va peut-être porter l’affaire devant les tribunaux pour incitation à lever le coude. Je compte sur le Jacques Dupont pour plaider la défense de Liu Ling, l’un des 7 sages de la Forêt de bambous, cette joyeuse compagnie de lettrés excentriques d’inspiration taoïste. « Liu Ling reste à jamais gravé dans les mémoires comme le plus grand buveur de l’empire du Milieu. »


Dans les nouveaux Propos et anecdotes du siècle, un recueil du 5e siècle, on rapporte à son sujet : « Liu Ling s’abandonnait souvent au vin. Libre et exubérant il se déshabillait et se promenait nu dans sa maison. À ceux qui lui rendait visite et l’en blâmaient il répondait : « je prends ciel et terre pour maison et ma maison pour pantalon. Qu’avez-vous donc messieurs à entrer ainsi dans mon pantalon ? »


En buvant du vin


dans le jardin à l’est il y a un pin vert


quand la végétation est luxuriante, sa belle allure


          est engloutie


mais lorsqu’il gèle, que tout le reste est flétri,


majestueusement apparaissent alors ses hautes branches


un pin au milieu de le forêt, personne


      ne le remarque


tout seul, il inspire l’admiration


j’emporte une gourde de vin et l’accroche à


      une branche froide


la vie s’écoule au milieu du rêve et de l’illusion


pourquoi rester prisonnier des filets du monde


      de poussière ?


Devant le vin


du vin de raisin dans des coupes en or


une belle de Wu de quinze ans, sur un cheval


     nain


ses sourcils peints d’indigo, ses bottes de brocart


     rouge


elle trébuche sur les mots, mais espiègle chante au banquet raffiné, ivre elle se

 

serre contre moi

 

« derrière la tenture aux nénuphars, je ne saurais te résister »


Inscrit sur le kiosque montagnard de l’ermite Ch’ui (Chan Chi)


un sentier dans les pivoines, la mousse est rouge


     vif

 

une fenêtre en montagne, emplie de bleu


    émeraude

 

je t’envie, ivre au milieu des fleurs,


papillon voltigeant dans le rêve


Inscrit dans ma cave à vin


je suis comme une grue sauvage qui s’est échappée


     de sa cage,


un frêle esquif dérivant au gré du vent


quand je me sens triste, je me rends dans un lieu


     animé


j’ai installé mes vieux jours dans la tranquillité


mon corps, que pourrait-il demander de plus ?


le ciel est généreux envers le vieillard


le vieillard, qu’a-t-il donc fait pour mériter, ainsi,


que sa cave à vin ne soit jamais vide ?


Le banquet vient de se terminer


le petit banquet en quête de fraîcheur vient


    de se terminer


traversant le pont en planches, je rentre


     sous la lune


dans le pavillon, les orgues à bouche


    et les chansons se sont tues


on descend les torches du belvédère


c’est la fin de la chaleur, les cigales semblent


      pressées d’en finir


le nouvel automne ramène les oies sauvages


pour accueillir le sommeil naissant


avant de me coucher je bois une dernière coupe


Quémandant du vin (Yao He)


j’entends dire que tu as du bon vin


il serait avec moi en bonne compagnie


il doit déborder de la jarre, limpide


    comme de l’eau de source,


et coller à la coupe, presque comme de l’huile


non seulement il doit guérir les anciennes


     maladies,


mais aussi susciter de nouveaux poèmes


ce ventre rebondi, au bout du compte,


n’est rien d’autre qu’une jarre qui ne demande


      qu’à être remplie


Au kiosque du sud (Chao Ku)


le kiosque, dissimulé au milieu d’une profusion


     de fleurs, est désert


mélancolique, je réalise qu’il n’y a personne


     avec qui partager l’ivresse


j’écoute se dissiper la cloche du crépuscule, seul,


    assis


au bord de l’eau le vent printanier soulève les pans


    et les manches de mon vêtement


Sur le fleuve, bloqué par le vent


crépuscule de printemps, l’eau et le ciel


     sont sombres, le froid vif


une pluie fine, on ferme l’auvent et la lucarne


     de la barque


j’entends quelqu’un dire que le vin du pêcheur


      est juste mûr


le soir me ravit la tempête qui se lève


Invitation à boire (Li Ching-fang)


de celui qui n’est pas ivre  devant les fleurs,


les fleurs doivent sans doute se moquer


seul m’inquiète la pluie qui ne cesse


    de toute la nuit


un nouveau printemps est sur le point de passer


des affaires quotidiennes je ne vois pas le bout,


cet humble corps a ses limites


s’il n’y avait une coupe de vin,


comment se manifesterait ma nature véritable ?


Je viens de me réveiller (Yong Tao)


dans mon cœur la joie a momentanément


     chassé la tristesse


ivre je m’allonge, le vent frais effleure la natte


      d’automne en bambou


au milieu de la nuit je me réveille, dégrisé


       du vin nouveau


un croissant de lune est arrivé jusqu’à


       mon chevet


Laissant aller mon pinceau


l’hôte de la Pente de l’est, vieillard malade


     et solitaire


barbe blanche clairsemée, pleine de givre


     et de vent


mon fils, heureux de voir que mes joues


      sont encore rouges, se trompe


je ris, il ignore que c’est le vin qui m’empourpre


Le petit kiosque sur le lac


les raisins commencent à s’empourprer, les kakis


     deviennent rouges


accoudé à la balustrade du petit kiosque,


      un vent de dix mille li


il n’est guère étonnant que depuis cette année


      ma capacité en vin ait augmenté


ici je puis atteindre la grand vide

 

Cette anthologie paraît pour la première fois en format poche et c’est un livre indispensable. 8,50 euros


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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Eric NICOLAS 06/02/2015 10:38


Vraiment indispensable. J'entends déjà venir les papillons, leur vol allourdi de ces mystérieux messages.


D'ailleurs, le vent d'est ne cesse de souffler...

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