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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 00:09

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Sur les écrans des ordinateurs du vaste monde mondialisé, le lundi 30 mai 2005, éclipsant la victoire du NON au référendum sur la constitution européenne et le départ calamiteux de Matignon du phœnix du Poitou link, apparaissait un étrange objet médiatique mal identifié (O2Mi) « Vin&Cie l’espace de liberté » qui allait bouleverser le PAV : le Paysage Audiovisuel du Vin. Et pourtant, les pontes du vin et les gardiens du troupeau des beaux vins ironisèrent, se moquèrent de cette intrusion d’un placardisé dans un domaine réservé à leur dire aux adolescents boutonneux en mal d’écriture.

 

Faisant fi de ces railleries, du fin fond de son sombre bureau sur cour de la rue de Rivoli, le futur Taulier, à contre-courant de tout ce que les conseilleurs lui avait dit, prédit, perdurait. Postait dans le désert, sollicitait son dernier carré d’amis – Face de Bouc n’existant point encore pour cet office – ferraillait, tapait dans la fourmilière d’où ne sortaient que des cancrelats ou des bousiers, accumulait tel une fourmi besogneuse des biscuits pour des jours meilleurs. Par bonheur Google aimait beaucoup le petit rapporteur et www.berthomeau.com, comme un vulgaire camembert de Normandie pasteurisé chez Leclerc, était fort bien référencé. Alors, sa petite entreprise artisanale constituait sa petite pelote de lecteurs, d’abonnés, de fidèles aussi que je remercie. Pour ne rien vous cacher, vint aussi le temps de la lassitude, l’envie de m’arrêter, de tout envoyer balader, d’aller au ciné, de courir la peurtantaine plutôt que de livrer des batailles perdues d’avance. Et puis, la drogue de l’écriture, votre fidélité et surtout l’arrivée d’une nouvelle génération de blogueurs m’a incité à continuer. J'aime la concurence !

 

Au premier temps je faisais bref mais je publiais déjà chaque jour et je postais manuellement mes chroniques où que je fusse (Moscou, Séville, Florence…); aujourd’hui je fais long, trop sans doute, et il m’arrive de publier deux fois le même jour avec les afterwork du Taulier, et c’est le robot, programmé de mon hébergeur, avec parfois des ratés, qui met mes chroniques en ligne (00 :09 et 16 :00, le lecteur aime les rendez-vous bien établis). Certains s’étonnent de ma prolificité mais je suis ainsi fait lorsque la glane me plaît, que le bon angle est trouvé, que l’envie surgit : j’écris ! Pour autant je ne passe pas ma vie devant mon écran. J’écris en séquence. Je stocke. Et puis, même si ça peut étonner certains, le vin n’occupe pas une place essentielle dans ma vie.

 

Bref, pour ceux qui aime les chiffres : 1021 abonnés (désolé pour ceux que mon hébergeur désabonne de façon aléatoire lorsqu’un nouvel abonné s’inscrit, c’est récurrent et je n’en peux mais) 

 

2880 chroniques au compteur

 

Je vogue vers le million de lecteurs (970 804 visiteurs uniques à ce jour)

 

2 356 875 pages lues

 

Ce n’a fait pas grand monde, j’en conviens, mais l’audience est régulière et progresse à son petit bonhomme de chemin. Mais surtout ce qui m’importe c’est que mon espace de liberté m’a permis de créer des liens, des vrais, avec vous. Grâce à vous j’ai ouvert ma focale. J’ai jeté définitivement aux orties mes habits de technocrate gris et froid pour revêtir ceux plus colorés du Taulier. J’appelle un con, un con ! Je ne monte plus sur mes grands chevaux au moindre commentaire vindicatif. Je fous à la poubelle, rarement, les aigreurs d’estomac des anonymes planqués sous des pseudos à la noix : Bof devenu Bionnet s’accroche mais charbonnier reste maître en sa demeure et je tire toujours la chasse d’eau pour évacuer les étrons.

 

Mon espace de liberté est ouvert et accueillant : Eva y chronique chaque début de mois régulièrement. D’autres, Fleur, Isa, Sophie, Samia, y on fait un passage remarqué, et y reviendront peut-être, tout ça pour vous dire que si votre plume vous démange vous êtes cordialement invité à venir vous exprimer sur mon espace de liberté.

 

Les commentaires ne sont pas filtrés : sur 8139 postés en 7 ans seuls 182 ont rejoint la poubelle, dont 99 étaient des pubs coucou. L’éventail des sujets traités est bien plus vaste qu’à l’origine afin de vous apporter de la diversité et des approches plus variées. Je cherche. J’expérimente. Je doute. Mais je ne suis pas un obsédé du flux, du trafic, du buzz, des classements et je fuis comme la peste les marchands et les marchandes de prémâchés, les rendez-vous de pique-assiette, les trucs et les machins formatés par des sous-doués.

 

Je revendique mon statut de non-dégustateur, de simple promeneur dans l’univers du vin, ce qui n’a pas pour corollaire de ma part de me comporter, vis-à-vis de ceux dont c’est la profession, comme un chevalier sans peur et sans reproche. Même si je ne manie pas la langue de bois, j’ai des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, ce qui ne me transforme pas pour autant en langue de pute ou de vipère. Quand je n’aime pas, je n’écris pas !

 

Reste un point de détail à régler : dois-je entamer un nouveau septennat ?

 

À l’heure où j’écris cette chronique je n’en sais fichtre rien. D’ailleurs qu’importe, l’aventure a commencé dans un bureau minable et Dieu seul sait comment elle se terminera ! Peut-être céderais-je mon fonds de commerce florissant à une multinationale prédatrice pour une valise en liquide ? Bien sûr, auparavant, comme Face de Bouc, j’aurai fait une entrée tonitruante en Bourse pour rafler une première mise auprès des gogos. Tout ça pour vous dire Que sera sera / Demain n'est jamais bien loin /laissons l'avenir venir /Que sera sera / Qui vivra verra (en français).

 

Pour terminer cette chronique sans sombrer ni dans l’autocélébration ni dans la nostalgie j’ai pensé à vous offrir une chronique mise en ligne le 29 janvier 2008 : Trois questions à Jean-Paul Kauffmann... qui a marqué la courte histoire  de mon « espace de liberté », lui a conféré une autre dimension, m’a donné le moral à une époque où je n’aimais guère la vie que je vivais. Jean-Paul, fidèle lecteur, m’a offert-là un cadeau que je souhaite vous faire partager en cette fin de septennat.  7741379813_jean-paul-kauffmann.jpg

 

« Ce matin je suis très heureux d'accueillir Jean-Paul Kauffmann dans ma petite maison d'intérieur, cet espace de liberté que j'essaie, jour après jour, de bâtir et de préserver. Du fond du cœur, je le remercie, il me fait grand plaisir. Avant de lui céder la parole je laisse à Bernard Pivot le soin de nous faire pénétrer dans l'univers de mon hôte.  

 

« C'est grâce à sa maison des Landes que Jean-Paul Kauffmann a repris goût à l'écriture. Il a d'abord raconté sa captivité et sa libération à l'aide d'une métaphore à la fois légère et classée: le vin (Le bordeaux retrouvé, hors commerce, 1989). «Je voulais écrire pour combler un vide, tenter de me refaire une mémoire, de me reconstituer un passé.» L'éloge de la maison où il s'est reconstruit est sa seconde tentative, très réussie, d'évoquer sans pathos, avec au contraire une allègre simplicité ­ et même, parfois, mais oui, bonne humeur­, la détresse psychologique où l'avaient plongé les geôles du Hezbollah.

Cependant, il n'a pas renoué avec le plaisir boulimique de lire. Plus que la littérature, la lecture l'avait pourtant sauvé pendant sa claustration à Beyrouth. Maintenant, hormis la poésie, les livres ne le retiennent pas longtemps. Ou mal. Il ressent cela comme une infirmité. Dans son airial, sur la pelouse, devant les arbres qu'il a sauvés ou plantés, il éprouve le même plaisir qu'autrefois devant ses rayonnages de livres.

C'est la nouvelle Bibliothèque verte de Jean-Paul Kauffmann. »

 

Bernard Pivot

 

Question 1 : Dans votre dernier livre « La maison du retour » à l’une de vos voisines, à qui vous faites visiter le chantier de la maison des Tilleuls que vous venez d’acquérir en Haute Lande, vous concédez : « Au fond, je ne suis qu’un amateur. 

-         Quelqu’un qui manque de sérieux ?

-         Sans doute (…)

Jean-Paul Kauffmann, ce manque de sérieux me plaît, l’amateur de vin que vous êtes peut-il nous en dire plus ?

 

Jean-Paul Kauffmann :

 

Il faut en revenir au sens premier de ce mot L’amateur est celui qui aime, tout simplement. Il y a beaucoup de manières d’aimer. De goûter, à mon avis, il n’y en a qu’une. C’est de se conformer à son propre plaisir, à sa propre intuition sans se laisser influencer par autrui, par la doxa comme l’on dit aujourd’hui, c’est-à-dire l’opinion admise, le politiquement correct. « L’amateur se choisit les situations » affirmait Nietzsche. L’amateur est à l’opposé du spécialiste, l’homme qui sait, tranche et se prononce à la place des autres. Nous périssons de cette culture de l’expert qui prétend tout évaluer en oubliant la délectation. L’amateur, à la différence de prescripteurs comme les critiques de vin ou les sommeliers, ne saurait être un homme de pouvoir. Quand je m’occupais de L’Amateur de Bordeaux, l’aspect technique me cassait les pieds, j’ai fini par m’y intéresser à mon corps défendant grâce à des pédagogues remarquables comme Emile Peynaud ou Denis Dubourdieu mais c’est le vin dans le verre et son contexte culturel qui m’ont toujours importé. Que de cuviers ai-je pu visiter de mauvaise grâce mais en faisant bonne figure ! Ils se ressemblent tous : les pompes, l’inox, ça manque totalement de poésie. En plus ces lieux sont humides, dominés par des courants d’air et on s’y gèle en hiver. C’est la part enfantine des propriétaires : ils veulent toujours qu’on admire leur dernier joujou technologique. Personnellement je préfère la vigne, le contact avec le sol mais il est significatif que ce sont les installations qu’on nous fait souvent visiter en priorité.

 Tout cela pour dire que l’amateur ne se prend pas au sérieux. En revanche, il prend au sérieux ses sensations et ses émotions. Je défends passionnément l’idée de gratuité qui n’est rien d’autre que la forme suprême du dilettantisme : une manière de détachement, une absence de professionnalisme – chacun son métier : le viticulteur et l’œnologue sont engagés dans les applications pratiques de la science. Pas trop tout de même car ils ont souvent la main lourde. Mais à l’amateur, il n’est demandé que l’aptitude à sentir, à discerner les beautés et les défauts d’un vin, à formuler un jugement personnel – ce qui n’est pas mince.

 

Question 2 : Amateur de vin de Bordeaux vous faites vôtre ce beau trait de Jean-Bernard Delmas, l’homme de Haut-Brion « Le bordeaux : il a tout et rien de plus. » Jean-Paul Kauffmann pourquoi le bordeaux, bourgeois ou cru classé, vous met-il dans tous vos états ?

 

Jean-Paul Kauffmann :

Je suis un peu comme Stendhal avec l’Italie, pays qu’il aimait par-dessus tout mais qui correspondait plus à son imagination et à un idéal qu’à la réalité. Le bordeaux rêvé, c’est un peu mon problème. À l’origine, ce vin s’est construit sur la notion de finesse et d’équilibre mais ces représentations ne sont plus guère à la mode, dans un monde qui révère l’offre supérieure, la surenchère, la force brutale des sensations. Autrement dit, la vulgarité. Entre le bordeaux le plus modeste et le cru classé il existait un air de famille dû sans doute à la typicité du cabernet-sauvignon et du merlot et à cette notion d’harmonie et de subtilité. Cette identité commune tend à disparaître. On exige à présent des vins sur construits, pansus, «tropicaux », sans aspérité, « sucrés ». L’amertume et l’acidité, indispensables à l’équilibre, sont rejetées, lissées pour une large part par des degrés alcooliques excessifs – le réchauffement climatique n’arrange rien. Si Bordeaux se met à ressembler aux autres vins alors on achètera les autres vins, souvent d’ailleurs meilleur marché. Je garde la nostalgie de ces bordeaux élégants et bien cambrés, équilibrés, parfaitement ajustés, nets, sans plis et sans ces invraisemblables draperies que sont le bois et la surextraction qui alourdissent l’ensemble. Où est passé le « délié » bordelais ? Il faut certes être de son temps mais ce temps-ci a diablement mauvais goût.

 

Question 3 : « Le parfum, ça vous saute au nez tandis que le bouquet, il faut aller le chercher. » cette réflexion que vous avez entendue dans la bouche d’un vigneron, et que vous partagez, laisse à penser que pour vous, Jean-Paul Kauffmann, certains bordeaux, cédants à l’air du temps, ont vendu leur âme au diable ?

 

Jean-Paul Kauffmann :

Il est significatif qu’on parle de moins en moins de bouquet qui induit la délicatesse alors que le parfum convient bien à la lourdeur et à la vulgarité de notre époque. À priori on ne peut rien contre cette standardisation du goût mais face à cette œnologie normative il y aura toujours des gens qui heureusement diront non. C’est une minorité bien sûr mais elle finit toujours par être agissante. Elle ne défend pas le passé comme on se plaît à le dire mais l’avenir. Elle refuse ce modèle qu’on nous propose : tous ces vins riches, confiturés, écœurants et finalement sans relief. « Le monde ne sera sauvé que par quelques-uns » disait Gide. C’est sans doute une conception élitiste de l’existence mais il en a toujours été ainsi dans le domaine de la politique comme dans celui des idées. Pour le vin, s’il s’agit d’une aristocratie, elle est ouverte à tous. Nous sommes certes dans le champ du plaisir mais les valeurs que le vin représente ne sont pas frivoles. Le goût est un excellent reflet de ce que nous sommes. C’est un bon marqueur de civilisation. Au passage on peut noter que le caractère sacré du vin élaboré jadis par les moines a disparu, il s’est laïcisé. Est-ce une bonne ou mauvaise chose ? Le pouvoir de l’argent s’est emparé de nombreux crus prestigieux. Le vin est devenu furieusement séculier aujourd’hui. Ce faisant, il s’est aussi banalisé. Mais la situation n’est nullement désespérée. Il y a une poignée de vrais amateurs qui croient à ceux qui défendent la diversité et la complexité de leur terroir. Mais comment traduire l’intégrité de ce sol ? D’abord en le respectant. C’est là qu’intervient le savoir-faire humain. Le vin n’est pas un produit naturel. N’oublions pas que c’est l’homme qui l’empêche de tourner au vinaigre. Tout est dans l’interprétation du terroir. Le problème est qu’à présent on surjoue. Il y a un côté résolument théâtral dans le monde du vin : trop de machinistes, de décorateurs, de maquilleuses, de bruiteurs, de souffleurs, d’accessoiristes. En somme trop d’emphase. Le goût est devenu pompeux, apprêté, grandiloquent, baroque. Oserais-je dire que j’ai envie de naturel, de fraîcheur, d’authenticité, mot galvaudé mais je n’en vois pas d’autres.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Dan 01/06/2012 07:50


Oh OUI! Encore et encore. Et longue vie au Taulier.

Luc Charlier 31/05/2012 18:10


Je ne savais pas qu’il fallait ouiller le Camembert !


Il est fort, ce Boireau.

Denis Boireau 31/05/2012 14:29


@ arelate: y a plus important que le "moule a la louche" - qui ne change pas grand chose a la qualite du camenbert - c'est le "au lait cru".


Les industriels du fromage veulent que cette mention soit autorisee pour le lait passe a l'ultra-filtration, donc aussi mort que du lait pasteurise.


Notre bon taulier n'a pas fini de faire ouille, ouille quand on parlera de camenbert!

jules TOURMEAU 31/05/2012 13:31


oui, sans hésitation


 

arelate 31/05/2012 12:35


Bon, je dirai alors "un de mes fournisseurs" ;-)...


Par contre je viens'apprendre quelque chose aujourd'hui concernant le moulage industriel. Preuve supplémentaire, s'il en était besoin,  de continuer ce billet quotidien.

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