Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 00:09

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Ma terre, mes vignes, mes vaches… être propriétaire de sa terre, de ses vignes, de ses vaches peut sembler naturel, allez de soi. Dans le jargon juridique ça s’appelle le faire-valoir direct, ceux qui ne sont pas propriétaires de leur terre ont un contrat de fermage : un bail rural régi depuis l’après-guerre par un statut qu’a fait voter après 1945 Tanguy-Prigent et ceux qui ne sont ni propriétaire de la terre, ni de leurs moyens de production sont en métayage et partagent les fruits (au sens du fructus) avec le propriétaire. Dans certaines régions viticoles, le Beaujolais tout particulièrement, ce type d’exploitation de la terre était très répandu.

 

Comme vous pouvez le constater ci-dessous, en France, le fermage domine mais cette prédominance est beaucoup moins nette au sud de la Loire où le poids de la viticulture est le plus fort. En effet le tiers du vignoble de France se situe en Languedoc-Roussillon, où le faire-valoir direct reste majoritaire, car la région compte beaucoup de petites unités de cultures pérennes portant leur récolte aux caves coopératives. Pour ceux qui aiment les chiffres je propose ci-dessous deux tableaux illustrant mes propos. Que les allergiques aux statistiques les enjambent pour aller vers le cœur de cette chronique qui  aborde un sujet très sérieux par un côté rarement mis en lumière : l’économie solidaire.


Mode de faire-valoir des exploitations professionnelles en 2010 en milliers d'hectares

 

Champ : France métropolitaine.

Source : Agreste, recensement agricole - 2010 provisoire.

 

Faire-valoir direct         5 199

Fermage      19 902

Terres prises en location auprès de tiers          15 699

Terres prises en location auprès des associés 4 010

Autres locations (métayage, locations provisoires...)            193

 

Total de la surface agricole utilisée (SAU)        25 101

 

Évolution du nombre d'exploitations agricoles selon le mode de faire valoir en nombre Languedoc-Roussillon           

 

Faire-valoir direct 27 907 en 2007        76 % de la France métropolitaine         

                                  39 842 en 2000        71 % de la France métropolitaine

Fermage                 12 120 en 2007        35 % de la France métropolitaine         

                                  14 225 en 2000        35 % de la France métropolitaine

Autres modes de faire-valoir      1815  en 2007     8,8% de laFrance métropolitaine                                                3 149 en 2000         8,7 %de la France métropolitaine

 

Même si ça vous étonne je vais d’abord commencer par des vaches pour ensuite aborder la vigne. Dans la première proposition il s’agit de cheptel (prononcer chptel) un troupeau de vaches laitières. Je signale aux petites louves et petits loups qui adorent le vert (prairies permanentes par opposition aux prairies artificielles), les animaux qui s’y prélassent, que les vaches donnent toujours du lait après avoir vêlée (mis bas un veau, mâle ou femelle) mais que pour certaines leur vocation est de produire du lait pour la consommation et que pour d’autres, dites allaitantes, elles et leur produit sont destinés à être transformés en beefsteak. Donc, la première proposition  concerne les rats des villes, qui ont un petit bas de laine à investir, à qui il est proposé d’en consacrer un tout petit bout dans de bonnes vaches laitières afin de « mettre du beurre dans les épinards ».

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C’est ce titre qui m’a intrigué dans le TGV alors que je revenais de mon énième voyage dans le grand Sud-Ouest afin de recaser mes producteurs de lait. Je suis un grand feuilleteur, à défaut d’être un habile effeuilleur, donc tout ce qui me tombe sous la main fait l’objet d’un examen plus ou moins attentif. Le magazine TGV de la SNCF est plutôt de qualité, moins prout-prout ma chère que celui d’AF dans les bétaillères des lignes intérieures. Si je vous reproduis le texte très court de cet article, inclus dans un ensemble d’expériences de l’économie dites sociale et solidaire, c’est que son style est caractéristique de la vision que se font les urbains de l’élevage.


Placement 

 

Des vaches anticrise pour mettre du beurre dans les épinards

« Face à un avenir de plus en plus incertain, de nombreuses familles choisissent d’investir dans une valeur sûre : la vache ! « Elles produiront toujours du lait, mettront bas toujours des veaux et fourniront toujours de la viande », explique, pleine de bon sens, Sandrine, une mère de famille, heureuse propriétaire d’une quinzaine de têtes. Un patrimoine qui fait, de surcroît, chaque année des petits… Il faut savoir, en effet, que chaque génisse enfantée par les vaches dont on est propriétaire accroît ce capital de 1250€. Un placement beaucoup plus concret et plus sûr que la Bourse. »Cela représente une augmentation de capital de 4,5 à 5% par an selon les années », éclaire Jean-Claude Janès, président de l’Association française d’investissement en cheptel (Afic). Créée en 1972, cette structure met en contact les propriétaires de vaches avec des éleveurs qui, eux, sont rémunérés par la production de lait. Pour l’éleveur, l’intérêt principal est de réduire les investissements, car il n’a pas, ici, à mobiliser des financements pour acquérir des animaux. Quelque 1100 propriétaires se partageraient ainsi, aujourd’hui, plus de 30 000 têtes de bétail dans 880 exploitations différentes, que l’on peut évidemment visiter. »

Tél. : 04 72 45 00 70 www.afic-ass.com


Un goutte d’eau dans un océan blanc de lait puisque le troupeau laitier français compte environ 3,9 millions de vaches et réalise 18% du lait de l’UE. La Prim’Holstein : 2,1 millions, la Montbéliarde à 0,64 million, la Normande 0,48 million, devant l’Abondance, la Simmental française, la Pie rouge des Plaines, la Brune française et la Tarentaise… sont les 8 principales races de vaches laitières en France. Bien évidemment, ce n’est pas avec une telle initiative que l’on va bouleverser le paysage de l’élevage laitier français. Cependant, nous qui sommes si prompt à mettre en avant les petits producteurs, à larmoyer sur leur sort pas forcément enviable, il y a là un moyen de participer activement à leur soutien concret en mobilisant un peu d’épargne pour alléger leur fardeau d’endettement.


Mais, ce qui m’a le plus intéressé dans cette initiative c’est le mouvement, je veux dire par là le fait que tout cela soit organisé et structuré depuis des années. En effet, des épisodes récents d’élans louables mais peu durables pour venir en aide à des vignerons étranglés par leur absence de trésorerie ou leur endettement trop élevé, a montré que si l’on ne veut pas se cantonner dans l’éphémère, le pur émotionnel, mais participer au financement du capital foncier et/ou d’exploitation d’un vigneron, hors des circuits traditionnels, d’une façon durable et équitable il est nécessaire de mettre en place des outils juridiques sûrs et équilibrés. Même si dans ce type de démarche, le rapport immédiat, le retour sur investissement juteux, ne sont pas le moteur premier il n’en reste pas moins vrai qu’il ne s’agit pas de faire la charité. Bien sûr, des outils juridiques, tel le GFA, existent, mais, sans entrer dans le détail, ils manquent de souplesse et ne permettent pas une sortie facile dans le cas, par exemple, d’un accident de la vie qui oblige à rendre rapidement l’investissement liquide.

La-lune-de-la-Carbonelle.jpgMobiliser l’épargne de proximité, géographique ou amicale, au travers d’un réseau solidaire, structuré,  sérieux, est bien plus qu’une ambition,  c’est une nécessité à la fois citoyenne et d’intérêt bien compris. Plutôt que de se lamenter sur les difficultés de certains vignerons à équilibrer leurs comptes, ou tout simplement à mobiliser l’essentiel de leurs ressources sur ce qui leur permettrait d’atteindre un rythme de croisière, ne serait-il pas plus intelligent de mettre la main à la poche pour y participer. Nous sommes les champions de l’épargne alors, au lieu de s’en remettre aux circuits traditionnels, qui sont des échelons incapables de prendre en compte ce type de situation, pourquoi ne pas mobiliser nos intelligences pour imaginer et mettre en place des initiatives concrètes. L’économie solidaire ne concerne pas que le lointain mais aussi nos voisins.


Moi je suis partant pour ce chantier car j’estime qu’il permettrait de recréer des liens concrets entre les rats des villes et ceux des champs. Bien sûr, le choix se situera entre des besoins qui ne sont pas essentiels : la dernière tablette, le dernier Smartphone, le je ne sais quoi prothèse à l’ennui… et ce petit bout d’épargne consacré à quelques arpents de vigne ou quelques têtes de bétail… Sans doute suis-je en train de rêver mais peu importe : les utopies d’aujourd’hui sont souvent les réalités de demain. Là où j’en suis arrivé dans ma vie je me dis que c’est ainsi que je participerai à la transmission. Quand je pense aux inepties, proférées par des jeunes, que j’ai lus sur certains forums du Net à propos de notre futur, je me dis qu’à force de tout demander à la collectivité, à l’Etat, nous nous exonérons à bon compte des liens de solidarité les plus élémentaires : il est plus facile de sonner une ambulance pour sa vieille mère que d’aller la conduire soi-même à l’hôpital, en plus c’est remboursé par la Sécurité Sociale… Les gros déficits, celui des comptes sociaux : l’assurance-maladie tout particulièrement, qui nourrissent la fameuse dette, commence aussi par de telles facilités…

Le-sans-papier-de-la-Carbonelle.jpg

Je signale que pour l’heure je suis détenteur d’un part dans le GFA de la Carbonnelle rien que pour l’amitié et le plaisir de me dire que ces beaux rangs de ceps portent une toute petite empreinte d’un type qui a consacré une grande part de sa vie aux femmes et aux hommes de la vigne sans jamais en posséder un cep. Que du bonheur, je n’ai jamais eu l’instinct de propriété et là, c’est bien, comme si je venais de me greffer sur une histoire écrite par quelqu’un que j’aime bien… comme le disait ma mémé Marie « on n’emporte pas ses sous au ciel… » celui qui nimbe le clocher de l’église de ... me va bien…

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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