Jeudi 10 mai 2012 4 10 /05 /Mai /2012 00:09

Je n’ai pas été élevé à ce lait là et je dois vous avouer que les outrances, l’ambiance descend si t’es un homme, le pugilat ne me vont pas. Alors, pendant cette séquence, je me suis retiré sous ma petite tente d’intérieur, loin du bruit et des fureurs, du dévoiement de la parole, et je me suis laisser aller à penser, à écrire, à lire, même à aimer. Bien sûr, j’accomplis aussi ma besogne quotidienne sans me soucier des jeux de rôles dans un théâtre dont je connais trop les coulisses, les répliques éculées, l’hypocrisie et la vanité. Dans cette affaire je compte pour un, simple citoyen et je défie qui que ce soit de venir me prendre à témoin, me dire que je suis le peuple car le peuple n’existe pas en soi, sauf pour les besoins de leurs causes. Je vote et ça suffit à mon bonheur, sans croire aux lendemains qui chantent ni céder aux peurs agités par certains. Désolé de ce petit couplet personnel mais il me fallait évacuer ce trop-plein.


Mon antidote à cette ambiance délétère ce fut le contre-pied, qui n’est pas l’esquive, mais la feinte qui met les lourdauds avec leurs gros sabots dans le vent. Un peu de légèreté ne peut nuire si ce n’est d’insuffler juste ce qu’il faut de futilité, de  primesautier, de canaille. Donc je délaisse les coulisses du pouvoir pour me glisser dans les alcôves de personnages dont l’Histoire a retenu les noms et mettre ma plume dans les pas de Nicolas Machiavel, de Giacomo Casanova et de Lucrèce Borgia… Que des pointures, dont les patronymes ont traversé les siècles pour investir notre vocabulaire : c’est un être machiavélique dit-on d’untel, c’est un vrai Casanova affirme-t-on avec une pointe d’envie et, pour compléter le tableau,  il est cruel comme un Borgia. Beaucoup pour un seul homme me direz-vous mais le goût immodéré du pouvoir révèle, à des doses diverses, la conjonction de tous ces ingrédients. Ne suivez pas mon regard, il ne va nulle part pour se poser il est seulement goguenard.


Nicolas Machiavel est plus connu pour en 1513, son ouvrage le plus célèbre, Le Prince, en italien : Il Principe, écrit en 1513 et dédié à Laurent II de Médicis, que pour ses pièces libertines. Et pourtant, dans une comédie intitulée Clizia, il met en scène le vieux Nicomaque qui, pour mieux soutenir les  ardeurs qu’éveille en lui la jeune Clizia se fait préparer un plat de pigeon relevé d’une herbe répondant au nom sympathique de satirione. À priori, cet aromate pour satyre était de la sarriette dont les vertus aphrodisiaques sont attestées par l’appellation  « poivre d'âne », en provençal Pèbre d'ai ou Pèbre d'ase. On la trouve sur les bords des chemins méditerranéens  et ses feuilles sont utilisées comme condiment depuis l'Antiquité, à la fois pour relever les grillades, les sauces et les légumes. La sarriette est aussi connue sous les noms de savourée, de sadrée, d'herbe de Saint Julien et d’herbe aux haricots car c’est un anti-vent.


Plus croustillants les soupers érotiques de Giacomo Casanova, dans une « maison de plaisirs de Murano, qui étaient l’occasion de parties fines qu’il partageait avec M.de Bernis, ambassadeur de France, futur cardinal, et franc-maçon comme lui, en compagnie d’une jeune novice, C.C., et d’une religieuse fascinante, M.M. Ces soupers débutaient par une salade assaisonnée par un vinaigre aromatique mystérieux, acetum quatuor latronum, grâce auquel le célèbre séducteur sut toujours se montrer à la hauteur. En accompagnement « des huîtres que les deux beautés échappées du couvent gobaient enrobées de salive sur le bout de la langue de leurs commensaux. « Il n’est pas de jeu plus lascif », commente Casanova qui, de même que son compagnon, reprenait à son tour les savoureux mollusques de la bouche gourmande des ardentes moniales. Cet amuse-gueule introduisait des mets plus consistants : de l’esturgeon, un plat de gibier aux truffes, des glaces, et pour terminer un punch au rhum et à l’orange amère que la religieuse fascinante préparait en se rhabillant. »


Le climat de la Renaissance était des plus propices à l’exacerbation des sens, d’où sans doute le fait que bien des légumes innocents se virent alors classer parmi les substances aphrodisiaques.. Ainsi, un maître d’hôtel,  Domenico Romolli, écrivait que les carottes et les panais « émeuvent la luxure et sont également venteuses. » Pauvre Alain Passard qui prend le risque de voir son Arpège transformé en lupanar. Mais reste « la coriandre qui est une semence qui, mise à macérer dans du vin, incline celui qui la mange à la luxure, mais il faut se garder d’en manger trop parce qu’elle rend fou et provoque la fureur de l’homme » notait Domenico Romolli. Très clairement, à l’époque de Lucrèce Borgia, la coriandre entrait dans la composition de cette boisson destine à attiser le désir. Je vous en donne la composition :

 

VIN DES BORGIA

 

Pour une coupe

 

1 verre de vin rouge vieux d’au moins 5 ans

1/2cuillérée à café de fleurs de muscade

1 cuillérée à café de grains de coriandre

2 quartiers de reine-claude non pelée

1 pincée de poivre

1 racine de gingembre râpée


Les ingrédients doivent infuser pendant une heure puis il faut filtrer et verser le vin dans la coupe qi sera vidée à la fin des principaux repas de la journée. Comme c’est une cure, pour qu’elle soit efficace, de répéter l’opération pendant trois jours consécutifs.

 

« La Coriandre est une plante aromatique herbacée annuelle cultivée dans les zones tempérées du monde entier et employée pour de nombreuses préparations culinaires, particulièrement en Asie, en Amérique latine et dans la cuisine méditerranéenne. Les feuilles sont généralement utilisées fraiches en accompagnement ou comme condiment. Les fruits séchés, souvent confondus avec des graines, sont utilisés comme épice. Moulus, ils sont un ingrédient de base de nombreux mélanges, tels que les currys. La coriandre est également une plante médicinale, reconnue notamment pour faciliter la digestion. On en tire une huile essentielle utilisée en aromathérapie, dans l'industrie alimentaire pour son arôme et comme agent de senteur en parfumerie, dans les cosmétiques ou les produits sanitaires. »

 

Partie fine à la BnF et Les nonnes de Murano
L'Humeur du Temps Sébastien Le FOL (extrait)

 

Les nonnes de Murano

 

La plus célèbre aventure de Casanova n’a pas eu lieu à Venise, mais sur l’île de Murano. Qui était la nonne MM que Casanova allait y retrouver et dont il déclarait « C’est une vestale, je vais goûter d’un fruit défendu, je vais empiéter sur les droits d’un époux tout-puissant, m’emparant dans son divin sérail de la plus belle de toutes ses sultanes ! » ?

Passées les boutiques de souffleurs de verre et les vitrines de bibelots, le quartier Venier est situé à l’extrême nord de l’île. Entourée de champs, d’une usine et de modestes maisonnettes, la zone était autrefois couverte par le couvent Santa Maria degli angeli, aujourd’hui disparu. Face au canal, on trouve encore son église : un imposant bâtiment de brique, témoin d’une ancienne splendeur, lorsque le couvent accueillait les filles des plus nobles familles vénitiennes.

 

Les religieuses vénitiennes

 

Les religieuses vénitiennes, à l’époque, sont un vivier célèbre de galanterie. Un grand nombre de filles, pas religieuses du tout, sont là « en attente », Surveillées, elles peuvent sortir la nuit en douce, si elles ont de l’argent et des relations. Le masque est nécessaire. Il faut rentrer très tôt le matin, avec des complicités. Les gondoliers savent cela, les Inquisiteurs d’État aussi. Il s’agit de moduler les écarts, pas de scandales, pas de vagues. Quand le nonce du pape arrive à Venise, par exemple, trois couvents sont en compétition pour lui fournir une maîtresse. Il y a du renseignement dans l’air, cela crée de l’émulation. On prend une religieuse comme on prend une courtisane de haut vol, une geisha de luxe. Les diplomates sont intéressés, et c’est le cas de l’amant de M. M., puisqu’il s’agit de l’ambassadeur de France, l’abbé de Bernis.

Avant d’accéder à l’église, on passe sous un portique où trône un bas-relief : c’est un ange qui annonce la bonne nouvelle à la vierge Marie. On imagine la tête de Casanova, lorsque, levant les yeux au ciel, il s’arrêtait sur l’image pieuse.

 

L’homme est alors âgé de 28 ans et il fait du couvent son lieu d’élection, tombant successivement amoureux de la sœur CC puis de la sœur MM. Casanova fait ses visites depuis Venise, en gondole. Il vient d’abord le dimanche, pour la messe, puis pour échanger quelques mots au parloir. Aujourd’hui l’église est à l’abandon, ses vitres sont brisées, et de vieux objets s’entassent dans la nef. On ne la visite plus. Il faut aussi imaginer la petite porte du jardin par laquelle Casanova attend les sœurs, de nuit. Les nonnes, riches filles d’aristocrates, y passent sans trop de difficultés, en corrompant leurs surveillantes. MM, « rare beauté » de 23 ans, n’est autre que Marina Morosini, héritière d’une famille de Doges.

 

Non loin de l’ancien jardin, sur la rive nord de Murano, une gondole conduisait Marina et Giacomo dans un casino (garçonnière) de la fondamenta Santi, le grand canal de l’île. D’après les Mémoires, ce lieu de débauche, dont on ignore l’emplacement exact, est des plus raffinés. MM y affiche grand style - bijoux, parfums - et fait servir à Casanova mets exquis et vins de luxe. Dans la chambre, un œilleton permet au propriétaire du casino [2] d’observer leurs ébats : il s’agit de Monsieur de Bernis, ambassadeur de France, futur ministre de Louis XV, et lui aussi amant de MM. Après quelques rendez-vous, cette dernière convie d’ailleurs CC, la première nonne conquise par Casanova : « enivrés tous les trois par la volupté, et transportés par de continuelles fureurs, nous fîmes dégât de tout ce que la nature nous avait donné de visible et de palpable ».

 

Crédit : David Bornstein, Libération, « Venise dans les pas de Casanova », 28 sept. 2009.

 

C. C. (Philippe Sollers Casanova l’admirable, extrait)

 

Elle a quatorze ans, nous savons aujourd’hui qu’elle s’appelait Cattarina Capretta. Elle passe en voiture sur une route près de Casa, la voiture verse, il se précipite, la relève dans sa culbute, et aperçoit un instant sous ses jupes « toutes ses merveilles secrètes » (phrase, on s’en souvient, censurée par le professeur Laforgue).

 

C’est la fameuse C. C. qui va, avec la non moins fameuse M. M. (Marina Maria Morosini), être une des vedettes de ce grand opéra qu’est l’ Histoire. [...]

 

C. C. a un frère très douteux, P. C., qui voit tout de suite le parti qu’il peut tirer d’un amateur de merveilles secrètes (Giacomo a vingt-huit ans, il est en âge de se marier). Il veut donc vendre sa sœur à ce prétendant. Assez niaisement, il essaie de la pousser, par l’exemple, à la débauche. Casa, pris pour un débutant, est furieux et réagit en défenseur de l’innocence. Son amour commençant pour C. C. devient alors « invincible »,

 

Il emmène sa charmante petite amie dans le jardin d’une île à l’est de la Giudecca. Ils courent ensemble dans l’herbe, ils font une compétition de vitesse avec gages de petites caresses, rien de grave, c’est une enfant :

 

« Plus je la découvrais innocente, moins je pouvais me déterminer à m’emparer d’elle. »

Se marier ? Après tout, pourquoi pas ? Mais marions-nous alors devant Dieu, ce voyeur insatiable. Ce sera le piment de la scène. Ils reviennent donc dans une auberge de l’île, nous sommes le lundi de la Pentecôte. Au lit :

 

« Extasié par une admiration qui m’excédait, je dévorais par des baisers de feu tout ce que je voyais, courant d’un endroit à l’autre et ne pouvant m’arrêter nulle part, possédé comme j’étais par la cupidité d’être partout, me plaignant que ma bouche devait aller moins rapidement que mes yeux. »

 

Giacomo, ici, nous jette dix clichés à la figure, mais des clichés très étudiés puisqu’ils doivent le décrire comme un animal vorace et un prédateur (et on voit à quel point la thèse classique d’un Casanova simple « jouet » du désir féminin est fausse, quoique très intéressée à se maintenir).


Soyons sérieux : il s’agit de dépucelage, question qui choque beaucoup les mères (même féministes) et rend les hommes hésitants, voire convulsivement jaloux :


« C. C. devint ma femme en héroïne, comme toute fille amoureuse doit le devenir, car le plaisir et l’accomplissement du désir rendent délicieuse jusqu’à la douleur. J’ ai passé deux heures entières sans me séparer d’elle. Ses continuelles pâmoisons me rendaient immortel. »


Nous avons bien lu : pas de « petite mort », mais bel et bien une sensation d’immortalité. Décidément, Dieu est de la partie. Un dieu grec, sans doute, ce ne serait pas étonnant. Au même moment, à Venise, a lieu la cérémonie solennelle où le doge, sur le Bucentaure, s’en va au large épouser la mer (exercice périlleux, il ne faut pas que le temps se gâte).


Cependant, plus tard : « Étant restés comme morts, nous nous endormîmes. »

 

Et le lendemain...

 

M. M. (par Philippe Sollers Casanova l’admirable, extrait)

 

À lui d’être dragué, maintenant, et carrément.

 

À la sortie de la messe du couvent, par lettre, une religieuse lui propose un rendez-vous. Soit il vient la voir au parloir, soit dans un « casino » de Murano. Elle peut aussi se rendre le soir à Venise.


M. M., encore anonymement, vient d’entrer en scène. Bien entendu, c’est « la plus jolie des religieuses », celle qui apprend le français à C. C. Celle-ci a-t-elle été indiscrète ? Giacomo ne veut pas le croire, et c’est son aveuglement possible qui va faire, à partir de là, l’intérêt du récit.


Il répond à la lettre, il choisit le parloir par peur de « l’attrape » : « Je suis vénitien, et libre dans toute la signification de ce mot. »


Casa a été élu sur sa seule apparence physique (du moins si C. C. n’a pas parlé : ce qui nous apparaît, à nous lecteurs, fort douteux). On ne l’étonne pas facilement, mais quand même : « J’étais très surpris de la grande liberté de ces saintes vierges qui pouvaient violer si facilement leur clôture. » Si elles peuvent mentir à ce point, on ne voit pas pourquoi elles ne lui mentiraient pas à lui, selon la loi inébranlable de la guerre des sexes. On imagine très bien M. M. confessant la petite C. C., surtout après l’épisode des linges sanglants. Tout cela sur fond d’apprentissage de la langue française. La suite du roman conforte cette hypothèse.


M. M. se montre au parloir. Elle est belle, plutôt grande, « blanche pliant au pâle », « l’air noble, décidé, en même temps réservé et timide », « physionomie douce et riante », etc. On ne voit pas ses cheveux pour l’instant (ils sont châtains). Elle a de grands yeux bleus (C. C., elle, est blonde aux yeux noirs).


Ses mains, surtout, sont frappantes, et ses avant-bras, « où on ne voyait pas de veines et, au lieu des muscles, que des fossettes ».


Elle a vingt-deux ans. Elle est potelée.


Il revient, elle ne vient pas. Il est humilié, ferré. Il décide de renoncer :

 

« La figure de M. M. m’avait laissé une impression qui ne pouvait être effacée que par le plus grand et le plus puissant des êtres abstraits. Par le temps. »

 

Allons, allons, la correspondance clandestine reprend, tout s’arrange. Ici apparaît, dans le discours, le personnage dont nous connaîtrons bientôt l’identité : l’amant de M. M. Elle a donc déjà un amant ?

 

« Oui, riche. Il sera charmé de me voir tendre et heureuse avec un amant comme vous. C’est dans son caractère. »

 

Loin d’être découragé, Giacomo s’enflamme de plus belle : « Il me semblait n’avoir jamais été plus heureux en amour . » Pauvre petite C. C. ! Avoir un « mari » si volage ! Mais attendons, elle va revenir quand l’opéra en cours le voudra.

 

Casa raisonne froidement : l’être humain, en tant qu’il est animal, a trois passions essentielles, qui sont la nourriture, l’appétence au coït assurant, avec prime de plaisir, la reproduction de l’espèce, et la haine poussant à détruire l’ennemi. L’animal est profondément conservateur :

 

Une fois doué de raison, il peut se permettre des variations. Il devient friand, voluptueux, et plus déterminé à la cruauté :

« Nous souffrons la faim pour mieux savourer les ragoûts, nous différons la jouissance de l’amour pour la rendre plus vive, et nous suspendons une vengeance pour la rendre plus meurtrière. »

 

Notre aventurier est en train de parfaire son éducation.

 

Les religieuses vénitiennes, à l’époque sont un vivier célèbre de la galanterie [voir encart ci-dessus] [...]. Les diplomates sont intéressés, et c’est le cas de l’amant de M. M., puisqu’il s’agit de l’ambassadeur de France, l’abbé de Bernis.

 

Bernis est un libertin lettré (il apparaît dans la Juliette de Sade) [...]

Voltaire (Mémoires)  :

 

« C’était alors le privilège de la poésie de gouverner des États. Il y avait un autre poète à Paris, homme de condition, fort pauvre mais très aimable, en un mot l’abbé de Bernis, depuis cardinal. Il avait débuté par faire des vers contre moi, et était ensuite devenu mon ami, ce qui ne lui servait à rien, mais il était devenu celui de Mme de Pompadour, et cela lui fut plus utile. »

Tel est l’amant de M. M., qui ne sera pas fâché si elle prend Casanova pour amant. Bernis va être bientôt célèbre dans toute l’Europe par le traité qu’il va signer avec l’Autriche, lequel vise directement Frédéric de Prusse. C’est une forme de vengeance, puisque Frédéric, comme le rappelle méchamment Voltaire, avait écrit ce vers :

« Évitez de Bernis la stérile abondance. »

 

Mme de Pompadour, on le sait, interviendra directement dans la signature du traité. Son ombre est donc là, quelque part « là-haut », à Venise. On comprend que Casanova soit échauffé par un tel plafond.

 

M. M. invite donc Casa à dîner dans le casino-studio aménagé par Bernis à Murano. Cette première fois, ils ne font que flirter :

 

« Je n’ai pu qu’avaler continuellement sa salive mêlée à la mienne. »

 

La fois suivante sera beaucoup plus pénétrante. Giacomo est quand même un peu étonné de voir que l’endroit est rempli de livres antireligieux et érotiques. La belle religieuse ardente est d’ailleurs philosophe :

« Je n’ai commencé à aimer Dieu que depuis que je me suis désabusée de l’idée que la religion m’en avait donnée. »

 

Ce disque étant désormais usé, on se demande quelle pourrait être aujourd’hui la déclaration d’un tempérament vraiment libertin. Peut-être celle-ci : « Je n’ai commencé à aimer ma jouissance que lorsque je me suis désabusé de l’idée que la marchandise sentimentale ou pornographique m’en avait donnée. Il n’est pas facile d’échapper à ce nouvel opium. Le vice positif demande beaucoup de discrétion, de raffinement, de goût. Venez demain soir et nous nous moquerons de la laideur générale, de la mafia, du fric, du cinéma, des médias, de la prétendue sexualité, de l’insémination artificielle, du clonage, de l’euthanasie, de Clinton, de Monica [4], du Viagra, des intégristes, barbus ou non, des sectes et des pseudo-philosophes. »


Chaque moment historique a ses transgressions. Une religieuse libertine n’est guère envisageable de nos jours (mais sait-on jamais). Au milieu du XVIIIe siècle, en revanche. moment de gloire du catholicisme, donc des Lumières (tout est dans la compréhension de ce donc), cette contradiction apparente peut se donner libre cours. M. M. propose bientôt à Casanova de se laisser voir en action avec elle par son prélat ambassadeur dissimulé dans un cabinet invisible. Il doit jouer son rôle naturel. Tous deux sont d’excellents acteurs. À tel point qu’à un moment donné Giacomo saigne. On apprend plus tard que le futur cardinal de Bernis a été très content d’avoir eu, pour lui seul, sa projection privée de cinéma porno live.

 

La suite du programme ne se fait pas attendre.link

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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