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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 00:00

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Suite à ma chronique
« Bordeaux à -50%, qui dit mieux ? Moi ! Je trouve que ça sent le sapin... ICI-> http://www.berthomeau.com/article-bordeaux-a--50-qui-dit-mieux-moi-je-trouve-que-ca-sent-le-sapin--41896150.html » sans vouloir jeter de l’huile sur le feu, je profite d’un tri de début d’année dans mes archives, pour vous communiquer la teneur d’une note que m’avait adressé Jean Clavel en janvier 2004. Elle me semble bien poser le problème des ajustements nécessaires entre AOC et IGP afin de tenir compte des évolutions qu’ont connu les 2 grands vignobles français que sont Bordeaux et le Languedoc depuis les années 70.

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« Lorsque Turgot fit signer l’Édit royal de 1776 mettant fin à la « Police des Vins » qui, depuis 1241, contrôlait le commerce des vins du Languedoc, du Périgord, de l’Agenois, du Quercy et autres régions, il explique en préambule, comment, pendant des siècles, les Bourgeois de Bordeaux ont pu ainsi, pour leur plus grand bénéfice, faire fonctionner le « Privilège de Bordeaux » Roger DION, Histoire de la vigne et du vin en France, Flammarion 1977.

Successeur de ces grands ancêtres, le président des négociants bordelais, Allan Sichel a déclaré dans une interview récente sur la crise viticole bordelaise (SO 23 :12/2003) à Didier Ters : « Nous avons un potentiel de production de 7 millions d’hl et une commercialisation de 6 millions d’hl, il y a 1 million s’hl de trop. Il faut trouver des solutions pour qu’ils ne portent plus le nom de Bordeaux. Chercher du côté des vins de cépages de France, de pays d’Aquitaine, avec des pratiques œnologiques autorisées sans les pays tiers, bref permettre de faire des vins industriels... il va falloir piquer des parts de marché aux vins de pays...’

Vignerons du sud nous ne pouvons accepter sans réagir de telles affirmations. N’ayant plus de responsabilités professionnelles importantes, je peux me permettre maintenant de dire des choses que les présidents viticoles ayant des fonctions nationales ne peuvent exposer.

En 30 ans la superficie AOC de Gironde a progressée de 81% et le rendement moyen ha AOC a augmenté de 53%. C’est maintenant ¼ de la production française d’AOC.

Pendant la même période de 30 ans, la superficie totale du vignoble de l’Hérault a diminué de 34% et le rendement moyen des VQPRD produits dans le département a été réduit de 32%.

La variable d’ajustement du vignoble français de ces 30 dernières années a été le vignoble du Languedoc, principalement de l’Hérault (j’utilise une expression employée souvent par Jacques Gravegeal, président des Vins de Pays d’Oc) C’est cette réduction de 30% du vignoble régional qui a permis de supporter la réduction sensible de la consommation des vins en France.

Aujourd’hui les vignerons de notre région disent stop, que chacun prenne ses responsabilités.

Le développement bordelais a été facilité par l’INAO et le pouvoir économique et politique détenu par les représentants bordelais. C’est l’octroi annuel par « dérogation » de 2°5 de chaptalisation(pour 2003 l’autorisation a été réduite à 1°5), les facilités de classement AOC (la totalité du vignoble est classé) et les attributions annuelles de droits de plantation qui ont permis la transformation d’exploitations de polyculture-élevage qui étaient autrefois accessoirement viticoles, en exploitation de monoculture viticole.

C’est grâce à la chaptalisation que des zones de Bordeaux génériques, des Bordeaux supérieurs, certains Graves, des Entre-deux-mer, ont pu développer aussi massivement leur production. La chaptalisation girondine entraîne directement ou indirectement la création de 1 million d’hl de vin AOC. Le président Sichel le reconnaît implicitement. C’est ce volume qui plombe actuellement le marché national des AOC. Pourtant cette prise de conscience est récente, j’ai retrouvé une dépêche de l’AFP du 16/04/1997 donnant le compte-rendu de l’AG 1997 du CIVB, le président d’alors, Philippe Casteja, déclarait « la limitation des droits de plantation que nous subissons, génère une situation intenable, il y a encore de nombreux terrains libres en Gironde, qui pourraient être plantés et nous permettre de développer notre production pour être plus compétitifs face aux vignobles du Nouveau Monde... » Ces propos démontrent que la prospective viticole est bien incertaine en bordelais.

Le CIVB, qui centralise toute la communication vinicole de Bordeaux vient de lancer une grande campagne de communication, dont le thème est « Buvons moins, buvons mieux, buvons Bordeaux », il faut écouler le millésime 2002, qui a des difficultés à trouver des débouchés internationaux. Les moyens dont il dispose lui permet d’avoir une politique de communication très offensive en particulier en direction de la Grande Distribution française, mais comme les linéaires « vins » de celle-ci ne sont pas extensibles et sont plutôt en régression, il faut sortir des vins de moindre notoriété pour faire la place aux Bordeaux.

Toutes  ces choses vont inévitablement sortir en 2004 avec l’aggravation de la crise vinicole, on va peut-être aborder une analyse objective de la situation française, et rechercher de vrais solutions d’organisation de la production, de communication, de mise en marché qui n’ont rien à voir avec l’autorisation donnée aux AOC régionales Bordeaux ou Bourgogne de porter sur leur étiquette le nom des cépages, procédé contraire à la « doctrine » mainte fois affirmée de l’INAO (selon l’adage il faut vouloir ce que l’on ne peut empêcher).

Mais les producteurs du Languedoc, qui prennent enfin conscience des réalités nationales, ne permettront pas de servir, à nouveau, de variable d’ajustement du vignoble français »

 

Jean Clavel 24/12/2003

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

tchoo 20/01/2010 12:55


Ce fut 2° et non pas 2°5.
Ensuite les % d'augmentation des rendements face aux % de diminution du LR ne veulent pas dire grand chose si on ne précise pas les ordres de grandeurs.

Les augmentations de surface ont été en effet considérables mais pendant un temps en rapport avec l'augmentation de commercialisation.
Le temps de réaction pour s'adapter aux nouvelles conditions de marché  a été trop lent, en effet, engendrant des surplus dès le millésime 2000, et qui ont continué à s'accumuler depuis.
Les données chiffrées fournies par le CIVB permettent difficilement d'extraire une tendance générale très rapidement et de façon claire. Tout y est, mais peu lisible (ce n'est pas une esxcuse, tout
juste une explication d'un certain discours, et tout au moins un constat).
Et il est complètement aberrant, que l'on veuille déverser le trop plein dans les cases à coté.
La seule solution valble, était d'arracher (comme le LR), quitte à donner obligation d'un % à chaque vigneron, mais ça les responsables professionnels ont toujours refusés.
Résultat, la crise dure depuis 9 ans, au bout de trois ans, tout le monde hurlait qu'il allait mourir.
Mais le viticulteur bordelais à une capacité de résistance extraordinnaire!


Norbert 20/01/2010 07:39


Les remarques sur la chaptalisation sont fort pertinentes, entre autres. Il suffirait déjà d'appliquer le droit de l'Union qui la considère en principe comme une mesure de circonstance
("Lorsque les conditions climatiques l'ont rendu nécessaire") et
non pas une mesure permanente (sauf à admettre que les conditions climatiques bordelaises sont insuffisantes). Mais il n'est pas facile de changer les usages en cas de crise, et celle-ci est
profonde à Bordeaux.


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