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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 00:02

Notre temps, qui se dit si soucieux de la nature, des petits oiseaux, des gentils insectes, des lapins folâtres et des abeilles butineuses, par un étrange oukase de la cohorte des biens pensants, des pédagogues gris, des gardiens de la santé publique, tient nos enfants à distance de la vigne comme si celle-ci, liane infernale, allait avant même que leurs dents de lait soient tombées les enlacer, les séduire, pervertir leurs jeunes esprits, noircir leur âme pure, leur ouvrir le chemin qui les mènera tout droit l’âge aidant, vers l’enfer des adorateurs de son jus fermenté. Alors, au lieu de débiter à longueur de contre-étiquette des banalités sur l’accord parfait d’un Gigot d’agneau avec une Première Cote de Bordeaux ou sur l’incomparable royaume des schistes et des grès de Saint Chinian ou chanter la gloire du Petit verdot et du Gros Manseng, donner aux mamans, soucieuses d’éveiller l’imagination de leurs mouflons et mouflonnes, des textes tel que celui qui suit.  merle_noir_004_-aquarelle-.jpg

« À Cabara, en bord ‘eaux de la rivière, et à Saint-Aubin de Branne, en sol majeur de roc et d’argile, les terres de mes vignes sont travaillées à la charrue pour préserver la vie de la nature.

Perché au faîte des vignes, chaque jour, le merle voit couler l’eau douce de la rivière vers la mer.

Et chaque jour, également, au rythme des marées, il voit la rivière remonter inlassablement vers sa source et donc vers la mémoire de ses origines.

Le merle inspiré par ce rituel quotidien, offre alors ses chants au seul agrément des &amateurs en se tenant volontairement à l’écart du savoir étrange de prétendus experts et de soi-disant notables concentrés sur la typicité des sélections officielles et des standards en chaîne.

Par son propre chant, à sa manière, il exprime sa fierté d’être libre sans jamais imiter le chant du rossignol.

À la vie dure des honneurs et aux cours magistraux des hommes le merle aux noirs reflets préfère le cours de la rivière.

Des écoles il ne connaît que les cours de récréation : là au moins les règles y sont sincères et véritables...

Permettez-moi simplement d’être sensible, par la Nature des choses, à tout ce que le merle et la rivière me racontent...

Chaque oiseau, de ses propres plumes, signe son chant. »

merle_male.jpg
L’ami
François des Ligneris  auteur de ce beau texte écrit pour les Grands qui ont gardé un cœur d’enfant mais je ne doute pas qu’il existât encore des mamans capables de broder, sur la trame de cette histoire de merle juché sur le faîte des vignes regardant aller et venir la rivière, avec des mots d’enfant un conte qui leur fasse aimer les chemins de la simplicité, de la liberté et de l’altérité. Le titre : Le Prince Sarment leur mettra déjà l’eau à la bouche et comme le dit François leur permettra peut-être de comprendre que ce modeste petit bout de bois qui part dans tous les sens est un indispensable trait d’union entre le cep et le raisin « sans les sarments de la vigne, il n’y aurait pas de raisins, donc pas de vin... Gloire soit rendue aux sarments, princes du vin à venir et de nos rêves secrets ! »

Le Prince Sarment  est un Vin de Table de France titrant 13,5° issu des vignes de  François des Ligneris vigneron à Cabara et Saint-Aubin de Branne en Gironde www.UADF.COM et l’étiquette est une aquarelle de Marc Couturier. Je viens de le boire ce soir alors que le thermomètre de ce début de mars vient de faire une rechute. Il m’a réconforté tel un ami solide et chaleureux. Et puis, pour ne rien vous cacher j’adore les merles car ils ne pas bégueules, toujours en mouvement ils sont démonstratifs, insolents, rieurs et persiffleurs. Des bons vivants quoi !

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Bebert 28/03/2010 19:57


Tiens, le hasard fait bien les choses...
J'étais ce midi à Saint-Emilion dans son restau, "L'Envers du décor". J'ai eu la chance d'échanger quelques mots avec lui... et de goûter, entre autre, le millésime 2009 de "La Nature des choses".
Tiré d'un fût à même le restaurant, ce vin n'existera certainement jamais, puisqu'assemblage conçu pour les clients du-dit restaurant. Il n'empêche que "L'r de rien"ou autre "Prince sarment" issus
de ces cuves devraient être admirables dans ce millésime 2009...
Petit hommage au "Maître", qui, s'il lit ces lignes, devrait apprécier. Gérard Pierron...


Vincent Pousson 27/03/2010 18:53


Merci, Monsieur le Contrôleur général etc… de rendre hommage au merveilleux François des Ligneris, un homme rare ! Je ne résiste pas à l'envie de vous infliger à tous la lecture d'un papier écrit
sur lui il y a un an et demi (grâce à ça je me suis encore fait des amis à Saint-Émilion…)

François des Lignéris, Saint-Émilion underground
Dans un Saint-Émilion devenu en quelques années le Saint-Tropez du vin, l'aubergiste-vigneron de L'Envers du Décor fait entendre sa différence. Voyage au centre d'un terroir…

François des Ligneris a un gros défaut : il est capable d'émotion. L'autre soir, j'ai vu ses yeux s'embuer alors qu'une divine bouteille (Petit Faurie de Souchard 1964), mûre et fraîche à la fois,
nous jouait à l'oreille la musique d'un temps que les moins de vingt ans… Quelques notes précises, (playlist : Jacky Terrasson, L'air de rien), déliées, ressuscitant une époque prétendument révolue
où les vins ne s'élaboraient pas qu'à Disneyland. À l'opposé du symphonique hollywoodien, du m'as-tu-vu en vogue (on ne disait pas encore bling-bling), les merles moquaient, les cerisiers
rougissaient, des garnements aux genoux écorchés organisaient de périlleux concours de lance-pierres, sans joysticks ni suivi psychologique, mais avec un savant mélange d'insolence et de
respect.
Époque révolue? Rien n'est moins sûr. Les modes glissent sur la surface des choses mais n'en touchent jamais vraiment la moelle. Pour en comprendre, pour en déchiffrer le cœur, il suffit juste de
lire entre les lignes et, c'est à cela que servent les artistes, les sensibles, les François des Ligneris.
Contre les vagues, les marées, les tempêtes de fric (heureusement, l'argent ce n'est pas que ça!) qui chaque jour érodent les côtes calcaires de Saint-Émilion, lui, nous la joue statue de la
Liberté. Voici l'altermondialiste, le rebelle, qui sans josébovisme se dresse face aux zinzins (les z'investisseurs z'institutionnels en bordelais viticole), propriétaires parfois désincarnés de
châteaux de cartes, jouant tels des généraux boursicoteurs avec des armées mercenaires de ceps de vignes rangés comme des petits soldats. Éternel gardien d'un temple qu'il voit se fissurer, où l'on
parle plus souvent russe que gascon, où l'épicier se paye en liquide un déguisement de hobereau. Un jour peut-être, Saint-Émilion (ou tel ou tel avisé mécène), lui fera une statue. En hommage au
paradis perdu.
« Aubergiste-vigneron » affirme sa carte de visite. Aubergiste, depuis 22 ans maintenant, à L'Envers du Décor, au 5 de la rue du Clocher à Saint- Émilion. Lieu de vin, lieu de vie où
se croisent le saint-émillionnaire et le pizzaïolo du village, le poète maudit et l'œnophile appliqué. Avec gourmandise, on y pêche la lamproie, découpe le bœuf, sacrifie l'agneau sur l'autel des
plus beaux flacons du monde. Aubergiste, donc, un des meilleurs qui soient, et vigneron. À Soutard, d'abord, dont il fit contre l'air du temps, avant que sous ses pas le sol ne se dérobe,
l'archétype du Saint-Émilion classique : si digeste, si élégant, si cultivé ; si Bordelais, quoi ! Et ensuite grâce aux vignes bucoliques qui tapissent les coteaux de l'Entre-Deux-Mers en admirant
la Dordogne ; à Cabara, dont il s'est fait marquis,  anoblissant à tour de bras les rejetons d'une terre oubliée ; plus haut, sur le roc et l'argile de Saint-Aubin-de-Branne où, L'® de rien
(c'est le nom d'une ses cuvées…), il célèbre avec une bonhomie distinguée Le prince sarment (autre cuvée, très saint-émilionniste). Des vins sans méandres, tellement évidents qu'on en viendrait
presque à se demander si finalement son caractère ne s'accommode pas mieux de ce décor moins léché, plus nature, de cette campagne franche et droite. Ce n'est pas pour rien non plus que la vigne
l'a poussé à s'enraciner en Corbières. Pierres, cailloux, murettes, c'est le Champ des Murailles, entre Fabrezan et Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, pays de chemins de traverse, de terroirs neufs où
sa poésie s'exprime au large.
Poète, voilà d'ailleurs un des nombreux autres métiers que François des Ligneris aurait pu ajouter à sa carte de visite. Regardez donc cette caisse, cette merveilleuse caisse, La Nature des Choses
: douze bouteilles, douze fois le même vin mais avec douze étiquettes différentes, douze poèmes en images qui auraient toute leur place dans un musée d'Art contemporain (ou au MIAM de Sète ?). À
condition toutefois qu'on parvienne à les conserver pleines tant le jus qu'elles contiennent est un hymne au vin qui se boit. Aubergiste, vigneron, poète et, évidemment, architecte car au pays du
carton-pâte arrivera le jour où il reviendra à ses premières amours, l'architecture (qu'il étudia à Bordeaux avant de partir ouvrier agricole en Australie). Bâtir un chai dans les Corbières,
peut-être avec Patrick Heiz, le collaborateur d'Herzog&DeMeuron, qui coordonna le réfectoire des vendangeurs de Petrus ? Pourquoi pas. L'avenir, plus que jamais, appartient à ceux qui pensent
différemment.


Michel Smith 27/03/2010 07:45


J'ai relevé que les vins de François étaient souvent aussi poétiques que les textes couchés sur la bouteille. Je ne connais pas encore ce Prince Sarment, mais j'ai hâte de vider une bouteille.


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