Samedi 29 septembre 2012 6 29 /09 /Sep /2012 14:00

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N’en déplaise à mon ami Ghislain de Montgolfier, le tout frais président de de l'UMVIN (Union des Maisons et Marques de Vin) qui, en bon champenois qu’il est sait que ce qui est bon pour la Champagne n’est pas forcément bon pour les vins dits tranquilles, le jus produit par le 21 septembre, le Groupe de réflexion à Haut Niveau sur les Droits de Plantation se réunit à Palerme  en Sicile n’est qu’un habillage habile pour faire passer le suppositoire de la suppression du système des droits de plantation.


On enrobe tout d’abord le suppositoire de vaseline « l'idée essentielle est que la gestion des plantations doit largement impliquer les professionnels eux-mêmes ». La Commission Européenne reconnaît ainsi « qu'un système moderne et ambitieux de gestion des plantations ne peut pas être centralisé à Bruxelles. Les pôles de décision doivent se mouvoir vers les territoires concernés, les viticulteurs, les autres acteurs économiques et leurs organisations professionnelles. Ce sont eux qui connaissent le mieux les marchés actuels et futurs. Ce sont eux qui doivent devenir les vrais acteurs de la gestion des plantations. »


Ensuite, on différencie les patients auxquels s’applique la nouvelle posologie : « il faut souligner qu'il y a une différence entre les vins avec indications géographiques et les autres vins de tables ». Le premier outil concerne ainsi la gestion des plantations pour les vins d'indications géographiques protégées (AOP et IGP). Selon Jose Manuel Silva Rodriguez, « il s'agit de transférer aux acteurs économiques des vins AOP/IGP la gestion de leurs surfaces de plantation. Cette gestion pourrait entrer dans le cadre des tâches allouées aux organisations professionnelles (organisations de producteurs, organisations interprofessionnelles...). Toute décision prise dans ce cadre devrait être entérinée par les autorités publiques (nationales ou régionales). 
»


Enfin, pour faire joli, rassurer on érige une usine à gaz qui ne produira que de la fumée « le second outil proposé par la Commission est une clause de sauvegarde évitant « toute expansion rapide de la plantation de vins sans indication géographique. 
Même si nous ne prévoyons pas une explosion de nouvelles plantations en 2019, il faut répondre à certaines craintes que vous avez exprimées. » 
Cette clause de sauvegarde serait activée par les Etats membres, au-delà d'un seuil préétabli, les plantations seraient gelées. Supervisé par la Commission, ce mécanisme préviendrait le déséquilibre entre offre et demande des marchés du vin. Tenant à ne pas aboutir à un outil trop restrictif, la Commission envisagent cependant la mise en place de niveaux de priorités (notamment en faveur des jeunes exploitants) et de critères objectifs (typologie du terrain...). »


C’est le pire des systèmes : d’un côté les routes départementales voire nationales où la vitesse est limitée par les intéressés (rires dans les chaumières) sous la haute surveillance des pandores de Bruxelles et de l’autre une belle autoroute à allemande où les grosses cylindrées pourront faire rugir leurs beaux et fringants chevaux vapeurs.


Je partage le point de vue du Président de la Fédération Européenne des Vins d'Origine, l’italien Riccardo Ricci Curbastro qui a critiqué cette différenciation des vignobles. Pour lui, « il n’y aurait rien de pire que de prévoir un régime différent entre les vins AOC/IGP et les VSIG dont les plantations ne seraient pas régulées. La solution proposée conduirait à un développement incontrôlé de la production de VSIG et à une industrialisation du secteur. Quant aux vins AOC et IGP, ils deviendraient une réserve d’indiens ! »


C’est la prime aux forts.


Comme je l’ai toujours soutenu les 2 branches de l’alternative ne peuvent être que :


-         Plus de droits pour tous les vignobles.

-         Des droits pour tous les vignobles avec une gestion différenciée par catégories.


Dans le premier système la régulation se fera par le marché sans filet. Il est donc clair et évident que, le marché de la grande majorité des vins se régulant par les volumes du bas de la pyramide, toute surproduction entraînera une baisse des prix qui mettra en difficulté le modèle coopératif classique (il l’est déjà) ce qui entrainera la déprise des zones les moins productives au profit des zones de plaine, et par conséquence la diminution du nombre d'exploitations dites familiales (ce qui est une appellation commode qui recouvre une réalité un peu plus complexe). Ce phénomène est connu, il a été vécu par le Languedoc-Roussillon qui a connu un arrachage massif. Ce qui est nouveau c’est que la libéralisation des plantations va, à terme, mettre à mal le système des AOP volumiques. Est-ce souhaitable comme le prônent certains ? C’est la méthode du champ de bataille où l’on ramasse les morts et les blessés à la fin du combat. C’est efficace mais socialement et humainement difficiles pour les 3 vieux pays qui seront touchés : Espagne, France et Italie. C’est un choix politique.


Dans le second système que le bon Ghislain prône, mais qui n’est pas celui de la Commission, la régulation n’est plus un joujou entre les mains des technocrates : «  Sur la question des vins sans IG, l'UMVIN se dit favorable à un encadrement, mais qui serait géré de façon globale avec les autres catégories réglementaires, dans l'idéal en France au sein des interprofessions. Le tout irait dans l'intérêt des négociants, qui pour l'heure sont obligés d'avaliser les décisions des Organismes de Défense et de Gestion en matière de gestion des volumes (plantation, rendement, gestion des réserves) dans la plupart des régions, sauf en Champagne ou ceci se décide collectivement au sein du Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC). Un modèle dont l'extension semblerait satisfaire les négociants, qui se disent prêts à développer la pratique des contrats, en échange de plus de partage du pouvoir sur le pilotage collectif des quantités. L'UMVIN se dit aussi favorable à l'existence d'une clause de sauvegarde, qui permettrait aux états membres de geler les plantations en cas de risque de surproduction, sur la base d'indicateurs économiques. »


Mais tout ce que je viens d’écrire c’est en pure perte car la messe est dite « S'il y a inflexion, la Commission ne fait pas pour autant machine arrière. Jose Manuel Silva Rodriguez a bien tenu à préciser « qu’un retour en arrière vers une position conservatrice n'était pas envisageable (...), il n'est pas possible de prolonger indéfiniment un système temporaire voué à disparaître au 1er janvier 2016 ».


Sans instruire un procès en responsabilité, mais en mettant le doigt sur l’inconséquence des responsables professionnels français, nous ne récoltons en ce moment que les fruits du débat avorté qui aurait dû accoucher de la fameuse stratégie Cap 2010. Les défis du Vin Français. Trop Tard messieurs !

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Commentaires

Moi j'aime assez les Indiens. Et je trouve qu'il n'est pas normal que les AOC représenet plus de la moitié de la production française de vin. L'excellence pour tous, ce sont des raisonnements dignes de l'enseignement qui donne le bac à tout le monde...

Si on se place du côté du consommateur (mais ce n'est guère la principale préoccupation des ministres et commissaires de l'agriculture), on doit protéger le contenu de la mention. Alors diminuer la part de la production d'AOC en restreignant les aires, je suis pour.

Quant à l'industrialisation du vignoble, elle est déjà là, mais sous l'AOC. Elle ne me dérange pas tant que ça, l'industrie, tant qu'elle dit ce qu'elle est - il y a des clients pour ça, et si la France ne s'y met pas, elle laisse le champ libre aux Chiliens et aux Australiens.

Bref, oui aux AOC limitées et crédibles, oui à la production compétitive hors AOC pour les client qui se foutent des mentions, et ne mélangeons pas les deux.

Merci quand même pour ce billet, bien argumenté. Je ne demande pas à ce que tout le monde soit d'accord avec moi, juste que tout le monde ait droit à la parole.

Commentaire n°1 posté par Lalau le 29/09/2012 à 14h28

En fouinant j ai découvert l identité et partant la fonction de cet éminent  commissaire européen qui apprécie le rosé .

 Poste clef au sein de la commission (voir lien en référence ) il est chargé de remettre en chantier la PAC de demain.

La viticulture est une pièce maîtresse de cette refonte

in wikipedia  << ......Le 9 février 2010, le Parlement européen a investi Dacian Cioloș en tant que Commissaire à l'Agriculture dans la Commission Barroso II.>>

http://www.ouest-france.fr/actu/AgricultureDet_-Dacian-Ciolos-s-explique-sur-la-nouvelle-Pac-_3640-2060459_actu.Htm

Ses déclarations et prises de positions requièrent donc l attention de tous ceux qui sont/seront concernés , et......... ça fait beaucoup de monde !

 

 

Commentaire n°2 posté par jean pierre Glorieux le 29/09/2012 à 20h37

http://www.berthomeau.com/article-quel-est-le-lien-entre-le-vin-et-un-roumain--40181695.html

Réponse de JACQUES BERTHOMEAU le 29/09/2012 à 21h23

"fiat lux, et lux fuit !"

Merci Jacques pour ce précieux éclairage

En 2009 je ne fréquentais pas encore ces pages ..........

Commentaire n°3 posté par jean pierre Glorieux le 29/09/2012 à 21h55

Dacian Ciolos, le commissaire européen est un spécialiste viticole. Jean Barciet ancien responsable viticole de la Chambre d'Agriculture 34 et ancien élève de l'Agro a connu Dacian en 1998 lorsqu’il venait de terminer ses études à l’Agro de Montpellier, où Valérie VILLEMIN et lui se sont rencontrés et qui se sont mariés depuis. Bien que ce soit Valérie qui a travaillé pour le compte d’ICEO a une analyse du secteur vitivinicole en Roumanie, Dacian était là quand nous avions besoin d’un coup de main. En particulier, il a été d’une aide précieuse quand ICEO a co-organisé avec l’ONIV (Roumanie) le symposium vitivinicole de Bucarest en juillet 2004, sous le patronage du Ministère de l’Agriculture roumain et de l’Ambassade de France.

C’est un peu par hasard que Dacian est entré au Ministère de l’Agriculture en janvier 2005. Quelque temps auparavant, après son activité au sein de la Délégation de la Commission Européenne à Bucarest, il avait décidé de préparer à l’Agro Montpellier une thèse en Economie (Développement Agricole, Agroalimentaire et Rural) portant plus particulièrement sur l’organisation agricole roumaine. Le nouveau ministre Gheorge FLUTUR a demandé à la Délégation de la Commission Européenne à Bucarest de lui indiquer quelqu’un pour s’occuper des Affaires européennes dans son Cabinet : Dacian était l’homme de la situation.

Commentaire n°4 posté par clavel le 30/09/2012 à 11h10

"la messe est dite" :

il faudrait avoir l avis d un specialiste de la constitution europeenne, quels recours du parlement de strasbourg, comme la procedure de conciliation ou la motion de censure ?

Cela dit, c'est vrai Mr Lalau, beaucoup de representants professionnels de la viticulture, en off, se disent pour la liberalisation et disent le contraire en public. et dans les 3 familles.

il n y a certainement pas d unite sur le fond.

c'est surtout ceci qui causererait la liberalisation des vsig

une note positive peut etre: la reforme va obliger les aop a devenir de vraies aop

Commentaire n°5 posté par David Lefebvre le 01/10/2012 à 23h48

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