Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 00:09

embre.jpg À Embres&Castelmaure on a l’esprit frondeur avec un grand F eu égard aux origines de leur président Patrick Hoÿm de Marien et à l’art consommé de son spadassin favori – au sens homme d’épée – Vincent Pousson de pointer la lame là où elle touche au plus près de ce qui déplaît aux gardiens du troupeau. Je m’explique : la Fronde trop souvent assimilée à une guerre d’écoliers gâtés, à une lutte de petites jalousies, de petites haines, de petites passions, « une sorte de comédie enfin, féconde en vains projets et en désappointements comiques, en grandes paroles et en minces actions. » « La Fronde, dit Fortoul dans ses Fastes de Versailles, n’était pas seulement une guerre de chansons ; c’était une révolution populaire dans son principe, qui pouvait être grave dans ses résultats, et qu’on n’a prise en plaisanterie que parce qu’elle a échoué. Elle souleva des passions vives, fit sortir de la foule des personnages extraordinaires, et développa des idées qui, après avoir été obligées de se travestir sous des formes détournées, finirent cependant par triompher… »


 « Les dupes, dit Saint-Evremond, témoin oculaire, viennent là tous les jours en foule; les misérables s’y rendent des deux bouts du monde. Jamais tant d’entretiens de générosité sans honneur, jamais tant de beaux discours et si peu de bon sens, jamais tant de desseins sans action, tant d’entreprises sans effet ; toutes imaginations, toutes chimères ; rien de véritable, rien d’essentiel que la nécessité et la misère. De là vient que les particuliers se plaignent des grands qui les trompent, et les grands des particuliers qui les abandonnent. Les sots se désabusent par l’expérience, et se retirent ; les malheureux, qui ne voient aucun changement dans leur condition, vont chercher ailleurs quelque méchante affaire, aussi mécontents des chefs de parti que des favoris. »


« Les nobles mécontents suscitèrent contre le pouvoir la foule, trop souvent prête à se ranger du côté des opposants. Mais cette fois l’émotion populaire présenta un caractère tout nouveau. Ce n’était plus la sédition, la guerre civile, l’anarchie et la licence, telles qu’on les avait vues si souvent dans les rues de Paris, depuis les cabochiens jusqu’aux ligueurs. Non, la Fronde est la première émeute, le premier soulèvement politique, et, si elle eût pu réussir, la première révolution. Le peuple, accablé d’impôts et de tailles, humilié dans son amour-propre national par la domination d’un étranger ; le peuple, appuyé sur ses défenseurs naturels, les magistrats, qui prenaient en main sa cause, soutenu et comme autorisé dans sa révolte par ceux-là mêmes qu’il considérait comme les gardiens de la justice, comme les dépositaires du droit public et des franchises du royaume ; le peuple faisait le premier acte de sa souveraineté. »

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Je rappelle aux ignorants que La Fronde (1648–1653) est une période de troubles graves qui frappent le royaume de France pendant la minorité de Louis XIV (1643-1661), alors en pleine guerre avec l’Espagne (1635-1659). « Louis XIII mourut le 14 mai 1643 ; le 18 du même mois, la reine alla en compagnie de son fils, qui n’était âgé que de cinq ans, tenir un lit de justice au Parlement. En grand deuil, et paraissant plongée dans une profonde affliction, elle parla ainsi : « Je viens chercher de la consolation dans ma douleur. Je suis bien aise de me servir des conseils d’une aussi auguste compagnie. Je vous prie, messieurs, de ne point les épargner au roi mon fils, ni à moi-même, selon que vous le jugerez nécessaire, en votre conscience, au bien de l’Etat. » Ce discours produisit beaucoup d’effet sur l’assemblée. Depuis près de vingt ans le Parlement était condamné, sous le rapport politique, à la nullité la plus absolue ; et il voyait avec satisfaction que non seulement on lui rendait son ancien droit de faire des remontrances, mais qu’on l’autorisait en quelque sorte à se mêler au gouvernement.


Le Parlement se montra reconnaissant ; il cassa l’ordonnance du feu roi, et Anne d’Autriche fut déclarée régente avec tous les pouvoirs attachés à ce titre. Personne ne doutait que le premier acte de la régente serait de chasser le ministère ; mais à peine quatre heures s’étaient-elles écoulées depuis le lit de justice, qu’elle envoya le prince de Condé prier Mazarin de diriger le conseil : elle avait reconnu la supériorité du cardinal, et croyait devoir sacrifier ses goûts particuliers à l’intérêt du roi. »


Revenons au N°3, l’enfant du couple Bernard Pueyo&Michel Tardieu qui est depuis l’origine un assemblage de carignan, grenache et syrah, dont le millésime 2010, est plus sur l'équilibre, la finesse que la puissance, un vin qu'on pourra commencer à goûter plus tôt. Du côté des raisins, c'est la crème de la crème de Castelmaure, en effet au fil des ans la sélection s'affine puisque les données sur les parcelles sont informatisées depuis maintenant plus de vingt ans et que le recul, ça aide à faire dans le cousu-main. Grosses mailles, ça donne 40 000 bouteilles dont une grande partie se vendra directement à la boutique de la cave. www.castelmaure.com et Route des Canelles  11360 Embres-et-Castelmaure 04 68 45 91 83.

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Comme il se doit, l’étiquette du N°3 est un brulot, un libelle vengeur, une adresse sans concession, j’ose écrire que ça sent le Pousson et comme je l’ai écrit dans le titre de cette chronique : un vent de Fronde moqueur souffle sur les Corbières. Je cite :


« Autant l’avouer ce vin a un énorme défaut. Ce sont des professionnels qui nous l’ont dit : « il n’est pas assez cher ! » Certes il sort souvent en tête des dégustations à l’aveugle mais, à ce prix-là, impossible de devenir un grand cru. Eh bien tant pis ! Ou tant mieux : la cuvée N°3  restera toujours une bouteille que l’on boit et que l’on partage. Nous sommes vignerons pas actionnaires d’une multinationale du luxe et, franchement, le faux goût qui nous déplaît le plus dans le vin, c’est celui de l’argent. »

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L’étendard de la révolte flotte donc tout au sommet du chai d’Embres&Castelmaure, pas sûr que Bernard et François, les 2 ault, s’y risquent car « qui s’y frotte s’y pique ! » devise des ducs d’Orléans reprise par Louis XII (mort le 1er janvier 1515, en l'hôtel des Tournelles à Paris, des excès, de la goutte et le fait qu'il se serait épuisé dans la chambre à coucher à force de vouloir concevoir un fils avec Marie d'Angleterre) – ne parlons pas du grand Bob le notateur et de ses acolytes outre-pyrénéens mis en déroute par une coalition de petits blogueurs de M… levée par le preux chevalier Pousson. Mais ne croyez pas pour autant que ce combat homérique ne s’apparente pas aussi à une guerre en dentelles et jabots, comme le prouve la photo du président H de M, en pleine action guerrière, lors du dernier Vinisud. Que voulez-vous, que l’un des tous premiers adhérents de l’A.B.V sache côtoyer certaines profondeurs avec panache et légèreté en dit plus long qu’un discours de Mélanchon place de la Bastille : « Morts aux cons ! » c’était le nom de la Jeep du capitaine Raymond Dronne des FFL, 9e compagnie de combat, La Nueve du régiment de marche du Tchad devenue 2e division blindée. Elle fut la première à entrer dans Paris, le 24 août 1944, lors de la bataille pour la libération de la capitale.

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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