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16 août 2014 6 16 /08 /août /2014 00:09

Bien évidemment c’est un auteur italien Prezzolini qui fait cette constatation dans son livre Maccheroni&C publié en 1957 et le monde dont il parlait se limitait au rayonnement des pâtes à l’italienne, « mais sa remarque peut s’étendre à l’autre civilisation  des pâtes, celle qui, née en Chine, a gagné le Japon, la Corée et la plupart des pays du Sud-Est asiatique… » notent dans l’Avant-Propos de leur superbe livre « Les pâtes » Histoire d’une culture universelle chez Actes Sud Silvano Serventi et Françoise Sabban.


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Ils ajoutent « Mets du quotidien par excellence, les pâtes alimentaires se dégustent sous d’innombrables combinaisons de saveurs, et leur cuisine, d’essence principalement familiale, est dans l’ensemble plutôt simple et d’exécution rapide. Cela explique sans doute en partie pourquoi elles constituent l’un des plaisirs de table le mieux partagé du monde… »


Dans ma Vendée profonde les pâtes je les ai découvertes sous leur forme sèche de longue conservation et au blé dur bien sûr. Les pâtes fraîches c’est à Paris que j’en trouverai dans les magasins de comestibles italiens. Bien évidemment, les pâtes sèches se prêteront le mieux au passage de l’artisanat à l’industrie pastière dont l’Italie gardera longtemps le quasi-monopole.


Ces fabricants sont, dès l’origine, principalement présents dans le Sud, notamment en Sicile « qui apparaît à partir du XIIe siècle comme le pôle de production le plus important de cette denrée. »


« Au vrai, on sait peu de chose de la fabrication artisanale de pâtes sèches au Moyen Age, mais les rares sources dont nous disposons indiquent que la Sicile en a été son berceau. Le géographe arabe Idrisi (env. 1100-1165) témoigne de l’activité pastière sur l’île, qu’il présente comme le centre d’un important trafic maritime : « À l’ouest de Termini il y a un bourg qui se nomme Trabia [la carrée], résidence enchanteresse, riche en cours d’eau pérennes qui actionnent de nombreux moulins. Trabia est située dans une vaste plaine où sont de grands domaines dans lesquels on fabrique de grandes quantités de pâtes que l’on exporte partout et en particulier en Calabre et autres pays de musulmans et de chrétiens ; on en envoie de nombreuses cargaisons de navires. »


Les auteurs notent que cette citation, maintes fois cité, est très intéressante car c’est le seul passage de l’œuvre monumentale d’Idrisi qui fait allusion à une production de pâtes alors que l’auteur a voyagé dans tous les pays de la chrétienté et de l’espace musulman « de l’Angleterre au Maghreb, de la France au Moyen-Orient » qui lui ont permis de se faire une opinion assez précise du monde de son temps. Il « n’aurait pas manqué de signaler d’autres lieux de production s’il en avait eu connaissance. »


« Si, comme cela est communément dit, les Arabes ont bien introduit en Sicile la technique du séchage, on constate que les Siciliens ont très vite dépassé leurs maîtres en développant cet art comme nulle part ailleurs. »


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La Sicile cumulait tous les atouts.


« De tout temps considérée comme un grenier à blé, la Sicile est au Moyen Age avec les Pouilles l’un des grands terroirs de blé dur du monde méditerranéen et a fortiori de la chrétienté occidentale. »


« … à l’époque d’Idrisi, la production de pâtes semble le fait de grands domaines fonciers dont les propriétaires possèdent aussi très probablement des moulins. En d’autres termes, les fabricants de pâtes sèches de Sicile ont la singularité de contrôler l’ensemble de la filière, depuis la culture du blé jusqu’à la fabrication du produit fini, en passant par la transformation de la matière première en semoule. »


« Ce sont des opérateurs aux moyens financiers importants doublés d’un savoir-faire commercial certain qui leur permettait de valoriser au mieux leur activité. D’autant que la situation géographique de l’île, aux confins des mondes chrétien et musulman, place celle-ci au centre des échanges commerciaux. »


« Enfin et surtout, les Siciliens, qu’ils soient habitants des villes ou de la campagne, sont des mangeurs « privilégiés » de blé dans un monde occidental où dominent généralement le seigle, l’orge et d’autres céréales pauvres. »


« Coupé de la terre, journalier plus souvent qu’exploitant, habitant un gros bourg de plusieurs milliers d’habitants sinon une ville rurale, le paysan sicilien est un consommateur urbain. » Maurice Aymard et Henri Bresc Nourritures et consommation en Sicile entre le XIVe et le XVIIIe siècle.


« Nous sommes en effet convaincus que la commercialisation des pâtes n’a pu se développer que dans une société fortement urbanisée, et, à cet égard, l’extraordinaire extension qu’elle prend en Italie dès le XIIe-XVe siècles n’est pas tout à fait fortuite. »


« … dès 1371, les autorités de Palerme règlementent la vente au détail des « macaroni et lasagnes blancs de semoule » et des « macaroni et lasagnes de farine », en fixant leur prix maximum respectivement à 30 et 20 deniers la mesure. Or l’on sait que le contrôle des prix s’effectue en priorité sur les produits de première nécessité. »


« Le même document distingue 2 qualités de pâtes : l’une axutta, c’est-à-dire sèches, l’autre bagnata (mouillées) c’est-à-dire fraîches, sans donner de précision sur leurs prix respectifs. »


À noter tout de même l’écart important entre les pâtes de semoule et celles à base de farine, « qui traduit naturellement une différence de coût de la matière première mais aussi une plus grande valorisation commerciale des pâtes de semoule »


Enfin, « selon certains auteurs, un foyer tout aussi ancien, voire antérieur de deux siècles à celui de la Sicile, ce serait implanté sur la côte amalfitaine parallèlement à une activité meunière qui s’y serait développée entre le IXe et le XIe siècle. »


Ce qui est certain c’est que « la région sera un lieu de fabrication de pâtes sèches important et réputé, bien avant que Torre Annunziata et Gragnano ne deviennent célèbres pour cette industrie à partir du XVIIIe siècle. »


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« …le pôle de production le plus dynamique après la Sicile s’est développé en Sardaigne, autre célèbre terroir de blé dur et surtout île occupant une position clé au carrefour des voies commerciales de la Méditerranée. »


« Hors de l’espace italien, seule la Provence atteste d’une production de pâtes sèches. En 1397, la gabelle d’Avignon fait état de menudez, une variété  de pâtes visiblement très en vogue dans la Provence médiévale, puisqu’on en fabrique également à Grasse où, en 1428, les boulangers sont menacés d’une amende de 5 sus s’ils vendent leurs menusda plus de 8 deniers la livre. »


« La même gabelle avignonnaise de 1397 inclut d’ailleurs dans la rubrique « grains » la semola de fideis, autrement dit, la semoule pour faire les fideis, ce qui semble indiquer la présence dans la cité des Papes d’une confection artisanale de pâtes de semoule de blé dur. »


« Curieusement alors que les Espagnols, et surtout les Catalans sont très actifs dans le commerce des pâtes sèches, nous n’avons pu identifier aucun foyer de fabrication dans la péninsule Ibérique.

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Luc Charlier 18/08/2014 07:56


Sans compter que les zones méridionales faisaient (font) aussi appel à beaucoup de légumineuses, qui y poussent bien. Elles aussi complètent utilement l'apport en acides aminés. Mais les oeufs
.... c'est bon!


Je signale que Christine m'a "grondé", après avoir lu ma réponse. Ele m'a dit: "Ce n'est pas vrai. J'utilise effectivement 1 oeuf par 100 grammes au début, pour des petites quantités. Mais si je
fais plus de pâtes, je mets moins d'un oeuf par 100 grammes". Allez comprendre !


Pour faire du vin, on utilise toujours à peu près la même quantité de jus de raisin, que ce soit pour un litre ou pour mille hectos! 

jean heritier 17/08/2014 20:42


les oeufs viennent tout simplement apporter les protéines qui manquent dans les ble durs de mauvaise qualité . Dans les régions traditionnelles ,méditérranéennes ,le climat permet la production
de blé dur de qualité qui n'ont pas besoin de complément de protéines ......

patrick axelroud 16/08/2014 09:20


Cheu nous on mange des nouilles.Il y a encore 3 frabricants indépendants en ALSACE : THIRION - GRAND MERE - VAL FLEURI. Dans les nouilles on trouve, cheu nous,jusqu'à 7 oeufs/kilo. C'est la
différence avec les pâtes qui n'ont pas toujours d'oeuf comme ingrédients de fabrication.Gastronomiquement parlant les nouilles sont préférables aux pâtes pour accompagner un coq au risling, une
matelotte et tout autre plat en sauce.

Luc Charlier 16/08/2014 08:01


S'est-on penché sur la disponibilité des OEUFS? La péninsule ibérique à une culture de gastronomie de la volaille. Si on mange les poulets, on souhaite que les oeufs soient fécondés - ou alors je
n'ai pas bien compris comment cela marche. Et si on incorpore les oeufs à l'appareil de la pasta ... on a moins de poulets à élever. Notre Civale - amalfitaine par ses racines - met un oeuf par
100 gr de pâtes! Oui, oui, dix oeufs frais au kilo. C'est bien sûr trop, mais c'est délicieux et donne une belle couleur au résultat. 

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