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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 00:09

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Mis en bière sans une larme, le BGO est mort mais pas encore tout à fait enterré puisque pendant encore quelques années son rejeton les « Coteaux Bourguignons » reconnu par l'Institut national de l'origine et de la qualité (Inao) prendra sa place progressivement. Tout le monde est content : le BIVB « La réécriture des cahiers des charges des appellations d'origine a été l'occasion de reconstruire une appellation d'initiation et d'un bon rapport qualité/prix » Pierre-Henry Gagey,  « Nous sommes très heureux que cette appellation voie le jour, après des mois de travail. Par ses caractéristiques, elle permettra de répondre à une nouvelle catégorie de consommateurs qui cherche à découvrir l'univers des Bourgognes »

 

Dominique Capart le président d’InterBeaujolais l’est aussi avec quelques bémols concernant les relations avec les négociants bourguignons : « Nous travaillons étroitement avec eux, notamment sur le Bourgogne Gamay et les Coteaux Bourguignons, qui posent encore quelques problèmes. Le négoce bourguignon est très présent en Beaujolais et ne contribue pas toujours à la sérénité des relations entre les producteurs, car il crée des tensions, notamment quand il demande aux producteurs du Beaujolais de l'approvisionner pour ses Crémants de Bourgogne et, nous le verrons, pour ses Coteaux Bourguignons.

 

J'attends beaucoup de cette dernière appellation, qui doit réaliser ce pour quoi elle a été conçue : être l'appellation-socle, de qualité, valorisée, de la Grande Bourgogne, qui permet de remonter l'ensemble de la gamme. En cela, les Coteaux Bourguignons ne sont pas du tout un nouveau nom pour le Bourgogne Grand Ordinaire, qui était un vin de repli, un produit d'excédents pour la production au-delà des 52 hl/ha de l'appellation Beaujolais, écoulé à vil prix (autour de 80 €/hl). Avec des rendements affichés à 71 hl/ha et un prix qui reste à fixer avec le négoce mais en tous cas beaucoup plus rémunérateur pour les différents acteurs de la filière, l'appellation Coteaux Bourguignons doit permettre une diversification revendiquée de la production des producteurs et notamment de rentabiliser la campagne des vins de garde, en particulier pour les nouveaux arrivants. » (Vitisphère)

 

Donc, si ce pauvre vieux BGO (75 ans) a été exécuté froidement c’est, si l’on suit le président de l’Interpro du Beaujolo, parce qu’il jouait le rôle de bassin déversoir aux excédents de rendement du Beaujolais. Dire que BGO était un vin de repli est inexact car, que je sache, le rendement d’une AOC est un rendement agronomique et non un rendement économique permettant de faire du papier : les 52 premiers hectos c’est du Beaujolo et au-dessus ça aide à faire du BGO. Bon je suis un peu con car, naïvement, je croyais que le vin venant du Beaujolais pour faire du BGO c’était du Beaujolais qui se repliait en BGO. Là c’était quoi au juste : éclairez-moi sur la notion d’excédents de rendement vous les grands esprits de l’INAO qui avez officialisé tout ça en 1961 ? Sans vouloir être mauvaise langue lorsque l’on consultait la fiche du BGO pas un seul mot sur le Beaujolo, seuls le département de la Saône-et-Loire (154 communes) et le cépage Gamay Noir à jus blanc étaient évoqués. « Une infinie variété de terroirs depuis le soubassement crayeux des environs de Joigny jusqu’aux granites de la Bourgogne du sud, en passant par les calcaires et les marnes les plus souvent porteurs de l’appellation… » nous disait-on sur sa fiche d’identité.

 

Avant de le porter en terre je me dois de vous rappeler les traits de caractère du défunt tels qu’ils étaient mentionnés par ses pères bourguignons :

 

« Les rouges et rosés proviennent du Pinot Noir, du Gamay Noir à jus blanc, du César ou du Tressot. Les blancs sont issus du Chardonnay, de l'Aligoté, du Melon de Bourgogne et du Sacy. Cette diversité de terroirs et de cépages ne permet pas de préciser de façon générale les caractères de ces vins bien bourguignons. Leur mérite est de présenter un bon rapport qualité/prix pour d'honnêtes bouteilles. Ils offrent aussi l'intérêt de faire découvrir certains cépages intéressants mais peu connus, pour le bonheur de l'amateur curieux de tout savoir, et qui a un palais goûteux. »

 

J’ironise mais, BGO qui avait un petit frère : Bourgogne Ordinaire disparu bien avant lui qui, même s’il n’était pas né de la cuisse de Jupiter, tirait son patronyme d'une dénomination fréquente dans le passé. La bouteille dominicale c’était souvent des « vins de grand ordinaire » alors que pour tous les jours c’étaient des « vins d'ordinaire ». Autre temps, autre dénomination, plus personne ne se contente d’ordinaire fusse-t-il grand ! Alors va pour les Coteaux Bourguignons qui s’ajouteront  au Bourgogne tout court, au Bourgogne aligoté, au Bourgogne Passe-Tout-Grain,  au Bourgogne Hautes-Côtes-de-Beaune, au Bourgogne Hautes-Côtes-de-Nuits, au Crémant de Bourgogne et au petit nouveau le Bourgogne Gamay. Par bonheur, le Bourgogne Marsannay est devenu en 1987, grâce à mes bons soins link, une appellation communale, sinon on risquait la profusion ne croyez-vous pas ?

 

Maintenant tout est clair : le bulletin de naissance des « Coteaux Bourguignons » le proclame : « De l'Auxerrois au Beaujolais… Cette nouvelle appellation, qui englobe tout le territoire de la Grande Bourgogne, de l'Auxerrois au Beaujolais, sera produite en blanc, rouge ou rosé avec les différents cépages utilisés en Bourgogne (pinot noir, gamay, chardonnay, aligoté, tressot, césar...), soit en assemblage ou en monocépage. Le commentaire du BIVB est savoureux «  l'AOC Coteaux Bourguignons sera une appellation de revendication et non plus de repli. Avec la mise en place d'affectations parcellaires les vignes seront travaillées tout au long de l'année en vue de produire du Coteaux Bourguignons » Vive le vin voulu ! Paix à l’âme du vin subi. C’est quasiment de la langue du taulier, mais bon joueur il ne va pas demander des droits d’auteurs.

 

Reste un truc qui me chiffonne : comment faisait-on pour calculer les superficies en production* avec cette histoire d’excédents de rendements en Beaujolais ?

 

Voici les chiffres officiels :

 

Rouges et rosés : 97,79 ha environ Blancs : 22,11 ha

Récoltes moyennes annuelles** : Rouges et rosés : 4 933 hl Blancs : 1 438 hl

* en 2008 ** moyenne 5 ans 2004/2008

 

Pour en finir avec mon BGO que j'ai par deux fois défendu en pure perte  link et link j’avoue que j’y perd mon latin de cuisine lorsque je consulte le site de vente de référence 1855  -  link  qui déclare que le « Bourgogne Grand Ordinaire est une appellation générique de Bourgogne. Elle est cependant très rare et ne concerne que quelques producteurs; toutefois de nouveaux vins viennent enrichir depuis quelques années cette AOC. » Alors comme ce qui est rare est cher et que les derniers flacons de BGO vont petit à petit devenir extrêmement rares, des Collector qui, comme chacun sait, sont des objets de consommation courante qui, pour des raisons de mode, de culte urbain, de tendance, de consommation ostentatoire voire de superstition ou de fanatisme, deviennent des objets de collection et parfois d'adoration. Alors précipitez-vous sur 1855, bien connu pour la rapidité de ses livraisons : 10 jours au pire, pour vous offrir un Grand BGO de derrière les fagots !

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Plus sérieusement fiez-vous à une fine gâchette des vins nature Guillaume Nicolas-Brion  link qui déclarait dans une chronique du 13 mai 2011 « La vedette de la soirée, sans contestation possible. Le gamay 2007 (classé en bourgogne-grand-ordinaire) du domaine Prieuré-Roch. Dénichée chez Vivant et emportée à la maison. Pour dire la vérité, j'aurais mieux fait de jouer à l'égoïste et de la garder pour moi mais d'un autre côté, les bouteilles comme ça faut les partager ! Le gamay pinote comme une star, on retrouve le côté fumé du Clos des Corvées 1999, en moins complexe. Quoique... Cette bouteille met une claque à beaucoup de volnays ou de pommards de supermarchés ou de mauvais cavistes. Même si ce n'est pas le même cépage que les villages célèbres, la Bourgogne est là et bien là. »

 

Vous savez donc ce qui vous reste à faire pour vous procurer un BGO collector qui fera une cote d'enfer à la Bourse de Macao dans une poignée d'année !

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Lalau 16/01/2012 18:25


M. Gagey parle de réécriture des décrets. Si j'en crois le document présenté à l'occasion de la procédure nationale d'opposition, il n'y a pas d'autre modification que le nom dans le décret
d'appellation.


Par ailleurs, la production actuelle de BGO est minuscule; 3 fois moins que le seul Gevrey-Chambertin, à titre de comparaison.


 


Passe encore que les vignerons demandent n'importe quoi, mais comment l'INAO peut-il accorder/proroger/pérenniser une "AOC "qui s'étend sur 5 départements (mais seulement 135 ha, apparemment), de
Chablis à Juliénas, qui n'ont rien en commun au niveau des terroirs, alors que l'AOC, c'est le lien AU terroir (au singulier). Jacques, explique moi ce que René Renou en aurait pensé.


Ces Coteaux Bourguignons, qui n'ont de coteaux que le nom et qui le prennent alors que tout le monde abandonne cette mention désuète et vide de sens, même le Ventoux, ce devraient être des IGP.
Comme la Toscane est IGP en Italie. Elle ne s'en porte pas plus mal, la Toscane; et au moins, elle ne se prend pas pour un terroir.


Que fait la police? A quoi sert l'AOP? Où est le contrôle européen? Quelle est cette masquarade de réécriture? Plutôt que de pleurer sur la libéralisation des planattions, les appellations
deavrient déjà balayer devant leurs portes.


Dis leur, Jacques, à mes amis bourguignons, qu'ils prennent leurs fantasmes pour des réalités. On n'en achèterait opas moins du Bourgogne IGP, que du BGO; mais au moins, ce serait clair.


 

Michel Smith 16/01/2012 08:39


Dix jours pour se faire livrer ? Pas question !

jules TOURMEAU 16/01/2012 08:00


ah ben, j'en apprends des choses!!!

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