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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 00:09

photoBurroughs.jpgBeat Hotel = Hôtel où logèrent des icônes de le Beat Génération. Dans une chronique du 24 octobre 2007 On the road : qui se souvient de Jack Kerouac ? (que je vous invite à lire car elle parle aussi de vin et je trouve qu’elle a bien vieillie) link j’écrivais « Avec ses compères : Allen Ginsberg, Neal Cassidy et William Burroughs, Jack Kerouac sera l'initiateur du mouvement symbolique de cette Amérique des années 1950 et 1960 : la Beat Génération.

 

Au départ, quand ces zonards sont en manque, ou fauché, ou les deux, ils laissent tomber cette expression : "man, I’m beat" - mec, j'suis foutu - Elle sera reprise par Kerouac, un soir en 1948, mais pas dans le sens de "laminée", de "cassée" mais dans un sens plus musical et religieux : une forme de béatitude. Bref, avec la publication, en 1957, de son livre-culte : On the road, Sur la route, Jack Kerouac devient le symbole de la liberté, de la contestation des valeurs bourgeoises et de la révolte contre un monde soumis à la consommation. La Beat Génération sera à l'origine de la vague protestataire : mai 68 en sera l'apogée politique et Woodstock le sommet musical. Des beatniks aux hippies, c'est le "cool", le mythe de la route, Bob Dylan, les manifestations pacifiques contre la guerre du Vietnam. Plus proche de nous, Lou Reed, Patti Smith, Alan Vega, Kurt Cobain le chanteur de Nirvana et U2 plongeront les racines de leur inspiration dans la fascination de la Beat Génération. »

 

9 rue Gît-le-Cœur, adresse légendaire comme « l’hôtel Chelsea à New-York ou le Château Marmont à Hollywood : ce sont des adresses de la bohème à travers le monde. Il y en eut d’autres : le Mills Hotel et le Albert à New-York, le Swiss American et l’hôtel Wentley à San-Francisco ou le Tropicana Motel à Hollywood. C’était des endroits où artistes et poètes vivaient, des adresses citées dans des poèmes, entrevues dans d’obscurs films d’avant-garde, utilisées comme titres d’immenses peintures abstraites en dripping, comme adresses de substitution sur les magazines de poésie ronéotypés, ou suggestions de logement griffonnées sur un bout de papier au cas où l’on s’aventurait hors du Royaume-Uni… »

 

« Paris était un endroit exotique à l’époque. Il y avait des bars qui restaient ouverts même après les vingt-deux heurs réglementaires à ce moment-là en Angleterre. Les cigarettes françaises étaient plus fortes et plus parfumées ; il y avait des places de première et de seconde classe dans le métro. On écoutait stupéfaits, la description des toilettes à la turque, des pissotières à ciel ouvert et des dames pipi. Les voyageurs nous parlaient des bistrots d’étudiants et des boîtes de jazz à l’ambiance décontracte ; à Londres il n’y avait qu’une seule boîte de jazz – le Ronnie Scott’s – et les prix y étaient prohibitifs. Ils nous parlaient de sexe facile et des drogues accessibles, et même si nous savions qu’ils exagéraient sûrement, ça semblait bien plus intéressant que la vie en Grande-Bretagne »

 

Ainsi s’exprime Barry Miles, citoyen de sa très gracieuse Majesté, acteur du mouvement hippie, spécialiste de la contre-culture, fondateur d’International Times et de la librairie galerie londonienne Indica, et qui a fait connaissance avec Allen Ginsberg dans les années 60. Il a écrit en 2000 un livre sur le Beat Hôtel qui vient d’être traduit en français et publié par Attitudes dans la collection et le reste.  Il est l’auteur de biographies dont l’une d’un grand buveur Charles Bukowski.

 

« En 1955-56, Allen Ginsberg, Peter Orlowsky, Jack Kerouac et Gregory Corso- mais pas Burroughs – étaient au cœur de ce que l’on a appelé la San Francisco Poetry Renaissance. C’est à cette époque que Ginsberg écrivit « Howl » et en fit la première lecture. En 1957-58, Ginsberg, Orlowsky, Corso et William Burroughs – et pas Kerouac – devinrent des personnalités centrales du Beat Hotel. » Celui-ci est situé « au 9, rue Gît-le-Cœur, une étroite ruelle médiévale qui descendait vers la Seine, reliant la rue Saint-André-des-Arts au Quai des Augustins, dans la partie la plus ancienne du Quartier Latin.. »

gysin_bgbm09.jpg 

« En 1933, Monsieur et Madame Rachou, un couple de provinciaux venus de Giverny, près de Rouen, achètent le numéro 9 pour en faire un hôtel. Brion Gysin, qui devint amie avec Madame Rachou pendant les années où il vécut à l’hôtel, dit qu’ils n’en avaient que la gérance, ce qui est très probable étant donné le prix d’un tel immeuble. Monsieur Rachou, tenant le rôle du gardien et du groom, était un homme grand et silencieux, lent et patient avec ses clients. Madame était petite et énergique, ses bras courts habituellement croisés sur un peignoir bleu pâle au col rond et froncé comme ceux  que portaient les femmes au XIXe siècle. Elle faisait tourner le petit bistrot au rez-de-chaussée et accueillait les clients. Les Rachou appréciaient la compagnie des artistes et des écrivains et les encourageaient à séjourner dans leur hôtel. Madame Rachou permettait parfois aux artistes de payer avec leurs toiles qu’elle ne gardait pas, n’imaginant pas qu’elles puissent avoir un jour de la valeur. »

Attention, il ne s’agissait pas d’un hôtel de luxe mais « un hôtel de classe 13, la plus basse sur le marché, c’est-à-dire qu’il n’avait qu’à satisfaire au minimum légal des normes de santé et de sécurité et cela suffisait (…) chaque chambre était alimentée par 40watts, juste assez pour alimenter une faible ampoule de 5 watts et une radio ou un tourne-disque(…) Les 42 chambres n’avaient ni tapis, ni téléphones. Certaines étaient très sombres parce que leurs fenêtres donnaient sur la cage d’escalier (…) Chaque palier avait des chiottes à la turque. Des journaux déchirés, accrochés à un clou, servaient de papier toilette (…)  Il y avait une baignoire au rez-de-chaussée mais, pour l’utiliser, il fallait prévenir à l’avance pour que l’eau soit chauffée. Bien entendu, il fallait payer un petit supplément pour ce service. »

 [Peter Orlovsky & Allen Ginsberg, their room at 9 rue Git-le-Coeur, Paris December 1957. c. Harold Chapman]

 

L’hôtel n’avait pas de nom « au-dessus de la porte de gauche il y avait une enseigne « HÔTEL » et au-dessus de la porte en verre à l’entrée du café « CAFÉ VINS LIQUEURS », et cela paraissait suffisant. » Sur la porte de verre « J.B. Rachou, était peint d’une écriture penchée, à l’ancienne… »  Rassurez-vous je ne suis pas en train de sombrer dans une forme de promotion des délices, du parfum d’une bohème parisienne engloutie… Simplement je me dis que l’attractivité d’un pays, d’une capitale, tient à leur capacité à être vivants et Paris est devenu une ville-musée, une ville de boutiques de luxe, de fringues, de chaînes d’hôtels formatés, d’enseignes minables qui pètent plus haut que leurs culs : dès qu’un commerce alimentaire est à portée de main les gros chèques raflent le bail. Dans quelque temps le couvre-feu sera décrété dans certains quartiers réservés pour que les résidents s’endorment paisiblement. Fait chier !

 

Pour calmer mon ire je vais terminer cet afterwork par l’histoire d’ « un Américain qui pisse »

« C’est aussi rue Gît-le-Cœur que la célèbre arrestation de e.e cummings eut lieu. À trois heures du matin, en juillet 1923, John Dos Passos, Gilbert Seldes et cummings se dirigeaient vers la « boîte à calvados de la rue Gît-le-Cœur ». Quand cummings s’arrêta pour uriner contre un mur,  « toute une phalange de gendarmes* » apparut. Il fut arrêté et emmené au commissariat du Quai des Grands Augustins, où on le désigna comme « un Américain qui pisse », et on lui demanda de revenir le lendemain matin pour la lecture de l’acte d’accusation. Seldes téléphona à son ami l’écrivain Paul Morand, ministre des Affaires Étrangères*, qui fit tomber les charges. Ils n’en informèrent pas cummings qui se présenta au commissariat le lendemain. Il fut congédié, et lorsqu’il sortit, il se trouva face à ses amis qui portaient des pancartes sur lesquelles était écrit : « Remise de peine pour le Pisseur Américain ». cummings fut profondément touché par cet élan de solidarité, jusqu’à ce qu’il apprît que leurs protestations n’étaient qu’une vaste plaisanterie. »

  • Des hirondelles plutôt que des gendarmes qui exercent leur talent à la campagne
  • Morand était diplomate et pas Ministre des AF9782360540334.jpg

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

miss lizzy 22/01/2012 01:36


Juste pcq j'aime les beats et voir si vous modérez a priori.


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