Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 00:09

Je suis né en même temps qu’elle. Je suis né lecteur compulsif. Mon rêve de gamin être un des leurs. Lire, écrire, ne rien faire d’autre et bien sûr j’ai fait tout autre chose. Ne me demandez pas pourquoi, je ne vous répondrai pas sauf à vous avouer que je sauf à être un Chandler ou un Dos Passos, ce que je ne suis pas, je ne vois pas ce que j’aurais apporté à la littérature. Bref, je me contente d’une chronique. --KGrHqZ--iYE3dEG-c5nBOLQhf4OS---0_12.jpg

« Marcel Duhamel, un ami des frères Prévert* et de Picasso, lance la Série Noire, après la guerre, avec deux Anglais qui n’ont jamais mis les pieds aux Etats-Unis, mais écrivent en américain, Peter Cheney et Chase. Sous la couverture noire et jaune, Pas d’orchidées arrive troisième, derrière la Môme vert-de-gris et Cet homme est dangereux, de Cheney»

* « C’est Jacques Prévert qui a trouvé ce titre génial, Série Noire. »

« Autour de Marcel Duhamel (...) une fine équipe de traducteurs, malins, agiles exigeants, étaient décidée à faire parler Chase, Goodis, Himes en argot français. Henri Robillot en fut, il traduisit en quatrième vitesse des classiques : Chandler, Hammett, Goodis. En tout, plus de cinquante titres. »

 

« Le style de la Série Noire n’a rien à voir avec l’argot de Simonin et Lebreton, deux cas à part, des Français qui introduisirent le grisbi et le rififi. Robillot admirait la langue de Céline et de Queneau, savante, swingante, le comble du raffinement, sous ses airs débraillés. Il allait au Lorientais écouter l’orchestre de Claude Luter, fréquentais Henri Crolla, copinait avec Mouloudji, aimait Bogart et Charlie Parker. Ses modèles : Hemingway, Mark Twain, Dos Passos. »

 

C’est lui qui parle « Oui, le style des romanciers américains est un mélange de plusieurs langage. Leur argot est très riche. Il correspond à des groupes ethniques, des professions des États, des métropoles, des quartiers. Les flics de Floride ne parlent pas comme les voyous de Chicago. Un jazzman de San Franscisco ne comprend pas un péquenot de l’Alabama. Nous devions éviter l’argot académique, hérité de Carco ou de Mac Orlan, la langue verte, le parler paysan. Malraux, Gide, Aragon, Giono, des écrivains si différents étaient des fans de la Série Noire. Notre public était cultivé, exigeant. »

 

L’auteur de Pas d’orchidées pour Miss Blandish, est né à Londres le 24 décembre 1906, cachait sous son pseudonyme (il en eut d’autres) James Hadley Chase un patronyme plus banal René Brabazon Raymond. Il ne se rendra en Amérique pour la première fois en 1965 et pourtant « il continuait à rêver son Amérique, grâce à des plans de villes et des guides, définissant une sorte de paysage mental où, implacablement, il menait d’une main de fer des intrigues surprenantes. »

Dans ses rares interviewes « Il dit aimer l’argent, la bonne chair et les vins de Bordeaux. C’est un gentleman d’un mètre quatre-vingts, le teint rouge brique, cheveux poivre et sel, moustache soignée. »  

Chandler, lui, est bien américain « Et si vous allez jusqu’à Los Angelès, la ville des anges, travelos, amateurs de poudre, n’oubliez surtout pas le guide, Raymond Chandler, l’homme aux gants de coton blanc. Il y a vécu, déménageant sans cesse, et son héros aux noms multiples (Mallory, Carmady, John Dalmas) qui finit par trouver son identité, sous les traits de Philippe Marlowe, « l’homme complet, inhabituel, un homme d’honneur », y connut une existence fictive faite de mouvements et de filatures, de fuites de cavalcades et de dérives, résumés par le rictus d’Humphrey Bogart. »

 

« Nous devons 80% de nos idées et de notre style à Chandler. C’est le plus grand. Dans chacune de ses histoires, j’entends sa voix d’homme blessé à mort par la vie. Moi aussi, j’Moi aussi, j’essaie d’être toujours présent dans mes livres. » ED Mc Bain.

 

En 1948, Marcel Duhamel écrit ce qui restera longtemps « le manifeste de la « Série noire». Après plus de cinquante ans, ce texte reste d'une rare actualité.

 

« Que le lecteur non prévenu se méfie : les volumes de la « Série noire » ne peuvent pas sans danger être mis entre toutes les mains. L'amateur d'énigmes à la Sherlock Holmes n'y trouvera pas souvent son compte. L'optimiste systématique non plus. L'immoralité admise en général dans ce genre d'ouvrages uniquement pour servir de repoussoir à la moralité conventionnelle, y est chez elle tout autant que les beaux sentiments, voire de l'amoralité tout court. L'esprit en est rarement conformiste. On y voit des policiers plus corrompus que les malfaiteurs qu'ils poursuivent. Le détective sympathique ne résout pas toujours le mystère. Parfois il n'y a pas de mystère. Et quelquefois même, pas de détective du tout. Mais alors ?... Alors il reste de l'action, de l'angoisse, de la violence — sous toutes ses formes et particulièrement les plus honnies — du tabassage et du massacre. Comme dans les bons films, les états d'âmes se traduisent par des gestes, et les lecteurs friands de littérature introspective devront se livrer à la gymnastique inverse. Il y a aussi de l'amour — préférablement bestial — de la passion désordonnée, de la haine sans merci, tous les sentiments qui, dans une société policée, ne sont censés avoir cours que tout à fait exceptionnellement, mais qui sont parfois exprimés dans une langue fort peu académique mais où domine toujours, rose ou noir, l'humour. À l'amateur de sensations fortes, je conseille donc vivement la réconfortante lecture de ces ouvrages, dût-il me traîner dans la boue après coup. En choisissant au hasard, il tombera vraisemblablement sur une nuit blanche. »

 

Source : Les Terribles de Raphaël Sorin finitude

- Marcel Duhamel et son gang Le Monde, 21 avril 1985

- Les songes de Monsieur Chase Le Monde, 8 février 1985

- Raymond Chandler dans la Cité des Anges Le Matin, 30 novembre 1985

- Les yeux de Mc Bain Le Monde, novembre 1980

Partager cet article

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article

commentaires

gus 25/10/2011 22:59



Loin cette fois de mettre  en doute ton sérieux  , je ne fais que reprendre un entrefilet paru dans une feuille de chou viticole reçue ce jour.C'est vrai que la conclusion de cette
enquête semble dénoter avec toutes les précédentes .


Comme dit l'autre:"on n'sait pas,on n'sait plus..."


Ce sera sans doute une affaire à suivre dans les jours à venir.



Luc Charlier 25/10/2011 22:41



Alors là, Gus, on ne lit pas les mêmes rapports. Dans mon esprit – à vérifier – les tumeurs digestives et les maladies dégénératives
du SNC frappent 40 % de fois plus souvent les agriculteurs que la population générale. C’est mal formulé de ma part, ma langue véhiculaire scientifique est l’anglais. Je veux dire un
odd-ratio de 1,4. Cela étant, j’ai gagné ma vie (et rétrocédé une partie non négligeable à l’Etat Belge et à de plus nobles causes) pendant 15 ans en publiant des études scientifiques et
je sais à quel point, sans tricher sur les données brutes, on peut faire dire à peu près n’importe quoi à un « papier ».


Pour tout ce qui vient de la MSA (et affiliés) tu me permettras de croire que ni la compétence, ni l’honnêteté n’y trouvent leur
place. Maintenant, MON honnêteté m’oblige à admettre que c’est peut-être un a priori et que je n’ai pas connaissance d’Agrican. Pour le moment (for the time being), j’ai réussi
à payer les pauvres bougres qui ont vendangé avec moi – le seul mois de l’année où ils touchent quelques sous en plus de leur RSA, mais aussi le seul mois de l’année où ils effectuent un travail
quelconque et mon temps est consacré à ... trouver le moyen de finir octobre ailleurs « qu’en prison pour dettes » ! On lira les boniments des statisticiens quand la marmite
sera en train de bouillir.


Connais-tu la Sopa de Pedra de mes amis portugais ?



gus 25/10/2011 22:14



Sacré Luc,


jamais je n'arriverai donc à savoir quand tu déconnes de quand tu n'es pas sérieux !


Quant au facteur de risque"agriculteur"que tu évoques,rassures-toi: je lis que"les premiers résultats de l'enquête Agrican(AGRIculture et CANcer),qui suit depuis 2005 une cohorte de 180000
assurés agricoles actifs sur 12 départements,montrent que les agriculteurs ont une plus grande espérance de vie que la population générale avec 27% de moins de risque de déceder de maladie chez
les hommes et 25 % de moins chez les femmes.L'étude met notamment en avant une sous mortalité des agriculteurs pour la plupart des cancers"


Etonnant pour une corporation taxée d'être des empoisonnés -empoisonneurs !



Luc Charlier 25/10/2011 21:51



Ce que j’en pense, mon chair ?


Il est bath, le taulier de la Volga !



le taulier continue d'affiner 25/10/2011 15:59



" Pas d'orchidées pour Miss Blandish " bien sûr et la culture c'est comme la confiture moins on en a plus on l'étale...



  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents