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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 11:00

Pendant que les Bordeaux, le maire de Bordeaux en tête, séduisaient la belle province, c'est Sud-Ouest qui le dit ICI link le «père» JM Quarin montait en chaire pour nous éclairer sur la La nouvelle évangile de St Emilion. Depuis que le cardinal évêque de Bordeaux et de Bazas, Mgr Ricard, s'est tranpondé pour oindre les cloches de l'Angélus, et que ce château dont on dit qu'il pourrait se dénommer un jour Hubert de Boüard de Laforest lorsqu'il aura damé le pion à Ausone, Cheval Blanc et Pavie, la grande appellation de Saint-Emilion n'en finit pas d'occuper le devant de la scène médiatique comme au bon vieux temps des garagistes chers au coeur de mon ami Jean-Luc Thunevin.


Ce matin, alors que je m'apprêtais à pondre une misérable chronique, en craignant les foudres orthographiques des pères fouettards Feuilly&Charlier réunis, quel ne fut pas ma divine surprise que de recueillir la prose vinaigrée du «père» JM Quarin « Ah mes amis, le vin ne serait que du vinaigre sans le travail des hommes !» Je l'a bue avec un délice proche de celui d'un vin nu. Ma journée serait belle, je le sentais. Le constat était lumineux, nos Bordelais, en bons marchands qu'ils sont, s'asseyaient avec leur habituelle aisance, sans rougir, sur « l’imaginaire du vin de ceux qui croient à de belles histoires où l’on paye cher des valeurs pérennes à l’aspect unique dans lesquelles le terroir, la nature, jouent le rôle essentiel.»


Avec force de détails, de fusion-acquisition, de châteaux rayés de la carte de St Emilion d'un trait de plume de notaire, absorbés, digérés, promis aux belles destinées de leur ogre beaucoup mieux classés dans le célèbre Top à étages de leur célèbre appellation. Bref, tout est dans le titre de l'homélie sulfureuse «Bordeaux : quand la rive droite copie le business modèle de la rive gauche


Que Dieu nous garde des business modèle ! Ils ont autant d'âme que les Berlutti du premier parvenu venu dans notre monde impitoyable. Sans tomber dans la vulgarité, il n'est pas interdit de regretter que ce petit monde prend ce qui est bon pour lui en s'asseyant sur tout ce qui entraverait leurs bonnes affaires. C'est la vie que l'on vit mais il serait bienséant que les marchands du table cessent de se pavaner dans les soupentes du Comité National de l'INAO expatrié dans une ex-banlieue rouge devenue verte, car très franchement on ne mélange pas les torchons et les serviettes...


morvan-2007-004.jpg

 

 

Le domaine Clarence Dillon, propriétaire de Haut-Brion et Mission Haut-Brion vient d’acheter le château L’Arrosée, grand cru classé, à Saint-Emilion. En 2011, il devenait acquéreur de Terte Daugay, situé juste au-dessus de l’Arrosée et le rebaptisait Quintus. Quand je pense à ces deux crus, je vois la fougue puissante et rustique de la zone de Daugay et la texture plus délicate, mais manquant de puissance, de celle de l’Arrosée. Comment ne pas penser à les assembler ? Alors Quintus, non classé, est-il destiné à se fondre dans l’Arrosée, grand cru classé ?


Ce principe de l’absorption d’un cru par un autre est une réalité historique médocaine qui tend à s’étendre progressivement à d’autres vignobles de Bordeaux au fur et à mesure que l’économie viticole se porte au mieux. Le récent classement de Saint-Emilion (2012) vient de déverrouiller ce qui constituait une des plus fortes différences entre la rive gauche et la rive droite : la préférence du sol et tout le discours vitivinicole attenant pour la rive droite à celui de la marque et de ses exigences commerciales sur la rive gauche. A ce sujet, Philippe Castéja, négociant de longue date à Bordeaux, mais aussi propriétaire sur les deux rives, à Pomerol et Saint-Emilion comme dans les Graves et à Pauillac, est très clair. Le grand cru classé Bergat a disparu pour intégrer le foncier de Trottevieille pourtant d’un rang au-dessus (premier grand cru classé B) parce que « Trottevieille manquait de second vin sur le marché ». Evidemment, rien n’empêche désormais que toutes les vignes de l’ex Bergat rentrent dans l’assemblage de Trottevieille. Comme dégustateur, je ne doute pas que certains lots puissent être du même niveau.

 

A l’annonce du nouveau classement l’an dernier, je me suis dit que Michel Bécot, décédé il y a peu, devait se retourner dans sa tombe ! En effet, Beauséjour Bécot perdit son rang de premier grand cru classé en 1986 pendant 10 ans pour y avoir intégré le château La Carte. Ses enfants le calmeront en lui chuchotant que le château La Gomerie qui leur appartient, cru non classé, disparaît et se voit officiellement intégré par le miracle d’une nouvelle convention entre les hommes à Beauséjour Bécot. Quel revers de l’histoire ! C’était une autre époque, une autre économie !


Magdelaine, premier grand cru classé B, disparaît aussi pour s’intégrer à Belair Monange premier grand cru classé B appartenant au même propriétaire. Cadet Piola disparaît de la carte au profit de son voisin Soutard, grand cru classé comme lui. Les 2 crus appartiennent aux assurances La Mondiale. Matras, grand cru classé, où était fait la surprenante cuvée Hermitage, s’intègre à Canon, premier grand cru classé B qui voit ainsi son patrimoine foncier s’agrandir et s’élever. Enfin, Grand Corbin, récupère Haut Corbin, son voisin grand cru classé du même rang.


Même le très exigu Pomerol est concerné. L’Evangile a récemment acquis La Fleur de Gay. Le Pin a manqué la vente de château Guillot, sa vigne mitoyenne, au profit des établissements Jean-Pierre Moueix. J’avoue ne pas savoir si le château Guillot existe encore ou si ce superbe terroir s’est fondu dans un Pomerol déjà existant.

 

L’histoire est donc en marche sous nos yeux et montre que Bordeaux s’adapte en permanence aux marchés. Ces réalités économiques chatouilleront l’imaginaire du vin de ceux qui croient à de belles histoires où l’on paye cher des valeurs pérennes à l’aspect unique dans lesquelles le terroir, la nature, jouent le rôle essentiel. Ah mes amis, le vin ne serait que du vinaigre sans le travail des hommes !


Dans la vieille compétition entre le Médoc et Saint-Emilion, le nouveau classement de Saint-Emilion lâche donc la bride à ce vignoble qui a longtemps cherché à se différencier y compris en créant sa propre classification, faite de premiers grands crus classés A et B, puis de grands crus classés, au lieu de reprendre celle du Médoc (ce qui fût plus simple pour les amateurs) où l’on trouve non plus des grands crus classés, mais seulement, si je puis dire, des 1er crus classés, 2ème crus classés, 3ème crus classés, 4ème crus classés et 5ème crus classés. Sans ce débridage et ces avantages fonciers colossaux, Clos Fourtet aurait-il acheté 3 grands crus classés en mars dernier ? Son voisin le château les Grandes Murailles qui le touche, Clos St Martin, un peu plus loin mitoyen de Beausejour Duffau Lagarrosse et Côte Baleau un peu plus bas. Que deviendront-ils ?


C’est amusant de constater que les Médocains ne veulent pas chez eux du classement révisable chaque dix ans à St Emilion. Ils préfèrent garder leur historique classification de 1855, ne trouvant rien de plus attractif ni de plus glorieux, laissant ceux de « là-bas » à leurs « petites affaires ». Il faut dire que malgré son antériorité de presque mille ans sur le Médoc, le vignoble de Saint-Emilion n’a jamais su s’imposer sur les marchés mondiaux de par son manque de volume. Aujourd’hui encore, lors de la mise en marché en primeur de la nouvelle récolte, le Médoc fixe les prix et Saint-Emilion suit.


Alors Quintus intègrera-t-il l’Arrosée ? Les deux propriétés changeront-elles de nom ? Pourquoi pas ? Belair est bien devenu Belair Monange du nom de la grand-mère de Christian Moueix. Une façon de faire qui s’inspire de l’histoire des grands crus médocains. Par le passé les trois nouveaux propriétaires du domaine de Léoville ont bien accolé leur nom à leur nouvel achat : Las Cases et Barton et plus tard Poyferré. Idem pour M Lynch Irlandais qui, au XVIIéme siècle, ajouta son nom à deux crus pour donner Lynch-Bages mais aussi, un peu plus loin, Lynch-Moussas. Etc.


Alors que diront les Bordelais et les Français le jour où un dénommé Li ou Chang, homme d’affaires chinois respectable, ajoutera son nom au cru qu’il vient d’acheter ? Les Français qui savent si peu de Bordeaux penseront que leur patrimoine fou le camp. Les Bordelais se réjouiront du cadeau fait à l’égo de ce nouvel investisseur. Il sonne comme une garantie dans cette économie libérale.


Que Jean-Marc Quarin me pardonne :


1° de l'emprunt fait à sa Chronique 154 (1er septembre 2013) mais c'est permis «Les médias et les distributeurs de vins peuvent utiliser ces notes à condition de ne pas les déformer et en citant l'origine de leur source : www.quarin.com ainsi que son auteur : Jean-Marc Quarin (JMQ).»


2° de l'avoir affublé du titre de «père» mais je n'ai pu empêcher mon esprit, très porté sur les bondieuseries en ce moment, de se focaliser sur Père Etienne GARIN, jésuite, président de l'association la "Maison de Lazare". Je suis ainsi fait...

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans les afterwork du taulier
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commentaires

Luc Charlier 02/09/2013 18:05


Je suis on ne peut plus d’accord avec toi, Jacques, que le féminin est souvent mieux troussé. C’est d’ailleurs ainsi, quand on le trousse, que l’on peut lui appliquer la règle, et par trois fois,
sur la partie la plus charnue. Toutefois, moi qui ne suis plus réellement un macho de par la grâce de mes nombreuses amies féministes, quoiqu’Eva pût en penser, je crains que nous ne devions voir
en l’absorption de la Fleur de Gay qu’une manifestation de plus de la tendance : « le Pomerol pour tous », si chère au Bon Pasteur et à Clos L’Eglise. Pacs sur la terre aux vignes
de bonne notoriété. 

Luc Charlier 02/09/2013 17:39


Jacques, le père Fouettard n'a jamais reçu une seule heure d'évangélisation, et encore moins de catéchisme mais c'est UN évangile. Il s'agit d'un substantif masculin.

JACQUES BERTHOMEAU 02/09/2013 17:44



 Bien toujours vérifier l'attention des pères fouettards... Je trouvais le féminin mieux troussé mais il me faut m'incliner devant la règle



Denis Boireau 02/09/2013 11:46


"leur patrimoine fou le camp": tres beau lapsus calami.

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