Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 00:03

« C’est un grand agrément que la diversité /

Nous sommes bien comme nous sommes/  

Donnez le même esprit aux hommes  /

Vous ôtez tout le sel de la société /

L’ennui naquit un jour de l’uniformité. »

La célèbre chute de la fable d’Antoine Houdar de la Motte (1719) fait oublier les vers qui la précèdent. Alors s’il est un thème populaire à l’heure de la globalisation du monde c’est bien celui de l’uniformité liée à la consommation de masse.

Dans le vin existe-t-il aussi un risque d’uniformisation ? Dans leur Atlas mondial des Vins, Raphaël Schirmer et Hélène Vélasco-Graciet répondent à propos de la concentration financière contribuant à l’émergence de groupes vinicoles qui ne raisonnent qu’en termes de marques mondiales « cette concentration financière annonce-t-elle, à terme, une homogénéisation des vins et une inféodation de la production à la sphère financière ? Parions que les mouvements de résistance aux phénomènes en cours grandiront, venant d’une part des interprofessions et des syndicats professionnels, et d’autre part, des entrepreneurs privés anciens ou nouveaux, plus enclins à refuser la production de vins « apatrides ».

Pour ma part, bien plus qu’un mouvement de résistance, surtout de la part des zinzins professionnels, c’est l’évolution de la masse des nouveaux consommateurs, leur demande, qui permettra de préserver la diversité. Dans l’univers impitoyable des marques mondiales le nouveau vieillit vite. La mode est grande consommatrice de nouveauté et l’ancrage sur les valeurs sûres reste la meilleure garantie de la pérennité. Cessons de raisonner sur de courtes périodes, arrêtons de porter sur le passé des regards angéliques, laissons le temps aux nouveaux arrivants d’entrer dans l’univers du vin et de se forger leur culture.

Mais comme le mois d’août se prête plutôt à la légèreté plus qu’à la prise de tête je vous propose de lire un texte de Maurice Des Ombiaux sur « La mode et les vins » c’est rafraîchissant et ça remet quelques idées qui traînent un peu partout à leur juste place : le cimetière  des idées reçues.

 

« Il n’est pas inutile de parler ici de la mode et les vins, car il y a une mode pour les vins comme pour tout ce qui se porte et se consomme. En ce qui concerne les vins, cela s’appelle quelquefois goût au lieu de mode, mais c’est tout comme. Si, pour le champagne, il y a toujours sur les prospectus et les étiquettes : goût russe, goût français, goût anglais, goût américain, la mode a maintenant dépassé l’extra dry pour arriver au brut et au nature.

Il ne faut s’en étonner ni se plaindre, car pour faire ces champagnes, qui sont souvent les champagnes d’années, il faut des grands vins de toute pureté.

Les grands vins n’ont peut-être plus la variété qu’ils avaient autrefois. Ils recherchent davantage une tenue qui les rapproche d’un type bien déterminé.

Ainsi le Volnay et le Pommard, dont parlent les vieux dictons, n’étaient pas du tout les vins que nous connaissons aujourd’hui.

Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle on faisait les bourgognes beaucoup plus légers. On n’ajoutait rien au raisin pour influencer la qualité du vin. Ce n’est que vers 1815 qu’on essaya par l’addition de sucre, d’augmenter la richesse alcoolique du vin.

Sous l’ancien régime, on faisait, dans la Côte d’Or, des vins de paille, des vins cuits et des vin fous.

Le vin fou s’obtenait en mettant dans une futaille bien cerclée de fer, du moût de raisin tiré d’une cuve non foulée. Ce vin faisait toute sa fermentation dans le tonneau, était très capiteux et remplaçait les vins étrangers.

Presque tous les vignerons ou propriétaires faisaient une certaine quantité de vin cuit qu’on désignait sous le nom de Galant depuis le XIIIe siècle. Il se préparait avec des raisins blancs choisis un par un.

En ce temps les vins de Pommard et de Volnay n’avaient qu’une teinte très légère, qu’on nommait œil de perdrix, au lieu du rubis qu’on leur connaît à présent, comme à tous les nectars rouges de la Côte d’Or. Ce n’étaient pas des vins blancs, mais légèrement rosés tout en gardant un reflet verdâtre. Quelle délicatesse de ton pour un peintre !

Pour cela, il y avait dans toutes vignes une partie plantée de pineaux blancs ; et l’on mettait alternativement dans le pressoir un lit de paille et un lit de raisin, dans la crainte que le vin fût encore trop rouge. Et on laissait à peine cuver le vin.

Pezerolle de Montjeu, au XVIIIe siècle, écrit qu’il a été le dernier à faire arracher les raisins blancs qui étaient encore dans la partie supérieure de ses vignes, selon l’ancienne coutume. Il déplore ce changement amené par la mode ; mais puisque, dit-il, l’acheteur préfère la couleur et la durée à la finesse, il faut le contenter autant que le climat peut le permettre.

Ainsi s’explique le vieux dicton, aujourd’hui sans signification, qui renseignait le bourgogne comme vin d’été tandis que le bordeaux était un vin d’hiver.

Traité selon les méthodes actuelles, le bourgogne, de plus en plus corsé, n’a plus rien de particulièrement estival. »

 

Partager cet article

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article

commentaires

luc charlier 15/10/2010 10:23



Ouaip, si j’en juge par des bribes d’info – je n’ai pas de téléviseur – il n’y a que les Bleus pour ne pas avoir d’avenir ! Et je
ne parle pas des Azzurri.


Provoc, toujours provoc !


 


Moi qui engloutis surtout du Riesling, je ne peux qu’approuver les propos du maître forgeron. Oui, je sais, il existe des variantes
grises et noires du riesling, comme dans la plupart des cultivars, mais ce n’est pas très courant. A noter que la terminologie allemande (Blauer et Schwarzer Riesling) désigne
aussi alternativement le trousseau et le pinot meunier.


A propos, fantastique Riesling Auslese N° 93 de 1989 provenant de l’Abstberg du Domaine Maximin Grünhaus dans la Ruwer bu avant-hier
soir en bonne compagnie (mon toubib, l’excellentissime Jean Gardiés, François Constand de l’Inao, une amie productrice de fromage de chèvre bio et les compagnes respectives) : une robe qui
commençait à peine à dorer, un nez d’agrumes et de miel, une acidité magnifique, grande claque ! Merci à Carl von Schubert de nous avoir vendu cela, in illo tempore.


Vous voyez, dans la Chine de jadis, on ne payait son médecin que lorsqu'on était en bonne santé. Moi, dans la république
bananière de France où la MSA me prend tellement de cotisation que je ne peux m'offrir une mutuelle, je régale mon toubib AVANt que de tomber malade pour de bon: on ne sait jamais.



Michel Smith 15/10/2010 09:53



Je ne sais pas vous, mais moi je crois que l'avenir est au vin blanc. Il me semble qu'il va redevenir "à la mode" si j'en juge par mes conversations avec les vignerons qui, dans des zones
réputées pour leurs rouges, se mettent souvent à replanter des cépages blancs. L'Entre Deux Mers va pouvoir renaître... le Picpoul de Pinet aussi, sans oublier la Clairette de Bellegarde.



luc charlier 14/10/2010 11:52



Plus chaud, je ne sais pas, David, mais plus matinal, vu l’heure de ton « post ».


 


Il me semble que, de tout temps, il y eut des gens qui s’adaptaient à la demande avec flexibilité et d’autres qui continuaient à
suivre leur chemin. Et toujours les premiers eurent plus de « réussite », càd de succès, de reconnaissance sociale et ... de richesse.


Actuellement, et c’est là que les choses ont changé – mais ce n’est peut-être que MA perception personnelle – il me semble que cette
« réussite » a pris le pas sur toute autre considération, y compris le bien-être des autres, la morale, le devenir de la planète.


 


Il n’y a aucun mal à produire les vins que les gens ont envie de boire et à esssayer de bien en vivre. Il me semble plus intéressant,
toutefois, de donner envie aux gens de boire les vins qu’on produit. Mais la limite entre l’éducation au goût et le conditionnement est ténue. C’est tout l’objet du marketing.


 


Après, c’est affaire de choix de société et de vie. J’ai tendance à faire du prosélytisme – comme tous ceux qui croient fortement à
une cause ou à une idée – mais n’est-ce pas là le début même de l’intolérance ? Je me le demande souvent.


Une loi presqu’universelle veut que, pour plaire au plus grand nombre – en quelque matière que ce soit – il faut aller vers une
simplification. Et moi, j’aime la complexité.


Il en va de même avec le vin : tous les pays producteurs (leur hiérarchie établie en tout cas) vont vers une diminution du nombre
des catégories, vers une plus grande lisibilité/visibilité, mais aussi vers une simplification des GOUTS, et cela me paraît triste.


 


Tu parlais ailleurs – oui, il existe quelques autres blogs intéressants – de la nécessité, dans le Languedoc par exemple, de se
référer à une appellation géographique assez large. Et ensuite d’y ajouter son propre particularisme.


Exemple : vin d’Ile de France, appellation coteau de Montmartre. Là, on sait tout de suite de quoi il s’agit.


Mais où est la limite du « large ». Le Chablis est un vin de Bourgogne, sur le papier. Pour moi, dans l’esprit, il
appartient plus au bassin champenois. Pour beaucoup d’étrangers, le Beaujolais est aussi un vin de Bourgogne. Enfin, il paraît que le Roussillon s’apparente au Languedoc : je ne le trouve
pas.


 


Il s’agit plus que d’un effet de mode à présent. Les grands groupes, existant ou en cours de formation, ont bien réalisé que la
pérennité de leur monopole et la croissance de leurs gains passeront par la disparition des « petits », ou en tout cas leur absorption. Ernest Gallo avait comme dicton : « We don’t want part of the business, we want all of it ». Quand la Romanée-Conti ne sera plus qu’un petit morceau d’une grande
compagnie vineuse, il y a fort à parier qu’elle aura perdu une partie au moins de ses qualités exceptionnelles.


 


Quand le pâtissier-traiteur Lenôtre, à présent disparu, avait racheté (ou assimilé) à la volée de magnifiques domaines dans le Layon
et autour, il les a détruits (au sens gastronomique) les uns après les autres, à commencer par La Guimonière. Pauvre M. Doucet, et pauvres amateurs de ses grands moelleux que nous
fûmes !



David Cobbold 14/10/2010 06:45



Très salutaire, en effet. N'oublions pas que, sous l'ancien régime, seuls vins blancs et vins rosés étaient considérés "dignes" d'un palais noble. Le vin rouge (comme les racines et la viande
rouge) étant réservés aux ouvriers manuels et aux barbares, (par exemple les anglais), car cela donnait "trop de force" et chauffait le sang. Avons-nous le sang plus chaud de nos jours ?



  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents