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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 00:09

J’ai osé « déjeunatoire », entre guillemets quand même, rien que pour faire « marronner », « bisquer» aurait dit ma mémé Marie, l’un des rares chroniqueurs du Figaro qui garde une belle plume acérée : Michel Schiffres qui écrivait récemment : « À défaut de le savoir, on l’imagine : le métier de journaliste est celui de toutes les aventures. Elles ne sont pas toujours, hélas, celles que les vaillants reporters espèrent. Mais le péril peut surgir à tout instant et pas toujours comme on l’attend. Témoin cette invitation reçue il y a peu. Elle convie fort gentiment à un «cocktail déjeunatoire». Vu l’heure de l’agape, il est évident qu’il s’agit d’un déjeuner inspiré de la formule du «cocktail dînatoire» très en vogue depuis une dizaine d’années. Pour cette rencontre, le pire est à craindre, question nourriture, compte tenu de la manière dont les hôtes maltraitent déjà la langue française : il fallait oser ce «déjeunatoire». Encore peut-on tout craindre des cuistres. Aussi je guette avec impatience le jour où je serais prié de venir à un festin «soupatoire».

 

J'adore est les mots en oire : boire, ciboire, dérisoire, foire, mémoire, poire et le très fameux désultoire cher à Gaston Chaissac...

 

Vélo ! Fait beau, je branche mon GPS Iphone : le Sénat, l’église de Saint-Germain-des-Prés, les guichets du Louvre, la Pyramide de Pei... je pédale comme un tout juste rentré qui a gardé ses Veja Blanche aux pieds. Avant de partir j’ai déjeuné frugalement pour bien aborder cette première dégustation de la rentrée.

J’ «antivolise» mon vélo mais je n’ai point à ôter mes pinces à vélo. J’arrive. Je pointe au guichet journaliste (imposteur-bloggeur je suis) Y’en a aussi des pour les cavistes, restaurateurs...mais moi j’échappe à l’identification portée en sautoir tel un bovin corse paissant au bord des routes mais qui touche la Prime à la vache allaitante en euros de Bruxelles et qui ne veut pas voir contrôler sa surface toujours en herbe (je vous expliquerai).

Je pénètre dans le saint des Saints et là, ô surprise, tout autour de moi je ne vois que des empiffrés : des gens qui s’empiffrent quoi ! Vous me direz, puisqu’il était dans les 1h30 d’apm, c’était l’heure de tortorer. Ouais mais là ça tenait de l’excitation papillaires maximales, une forme aboutie du « je m’en mets un max derrière la cravate ». Faut dire que ce n’était pas un buffet saucisson-rillettes et camembert Président. Non, non, que du raffiné, du beau, du top-moumoute pour becs fins.

Caillou-9093.JPG

Je n’ironise pas. Nos hôtes avaient bien fait les choses dans un circuit pédagogique intéressant sous le focus accords mets-vins. Fort bien, et la moindre des politesses de ma part est de les en féliciter et de les en remercier. Donc voici les stations de ce qui ne fut pas un chemin de croix, loin de là, pour les gars qu’étaient là béats (peu de femmes en ces lieux) :

 

1ier station : Apéritifs/Crémants

2ième station (à l’étage) : Légumes du potager et œufs/ flacons qui vont avec.

3ième station (toujours à l’étage) : Produits de la mer/ flacons qui vont avec.

4ième station (après un ½ tour) Charcuterie à gauche/ flacons qui vont avec.

5ième station (en face) Produits Tripiers et Foie Gras/ flacons qui vont avec.

6ième station (à droite) Fromages/ flacons qui vont avec.

7ième et dernière station (au fond) Desserts/ flacons qui vont avec.

 

Donc pour mes étiquetés, dont certains devaient aussi être des retraités, c’étaient Byzance, bombance, il régnait une ferveur peu commune : pensez-donc les huîtres à profusion c’étaient rien que des Prat-Ar-Coum, les Rolls du parc (ostréiculteur depuis 1898) et tout à l’avenant dans le raffinement : le plateau de fromages (affinés par Eric Lefèvre) digne d’un étoilé, les desserts aux fruits d’automne : sorbet et brunoise de pomme au romarin et Poire au miel et sa glace au fromage blanc stupéfiants ! Tous ces petits plats dans les grands étaient l’œuvre d’un chef David Van Laer qui vient d’ouvrir un restaurant à Senlis « La Maison » www.davidvanlaer.com  Bravo l’artiste !

 

Alors vous allez me dire, de quoi te plains-tu Berthomeau, pourquoi ramène-tu ta fraise qui n’est pas de veau ? T’avais qu’à t’en mettre plein la lampe et nous épargner tes épanchements ironiques. Oui, certes, c’est une façon de voir mais quand y’a une chose qui me chiffonne, qui me reste sur l’estomac, faut que je vous mette dans la confidence. Je n’étais pas à mon aise, gêné aux entournures, un peu tout ça pour ça, un peu de tout de trop. Fallait-il placer la barre aussi haute pour une simple dégustation ?

  

Ce n’est pas mon argent mais c’est celui des cotisants et je n’ai pas à juger de l’adéquation des moyens avec les objectifs recherchés. Cependant ces délices de Capoue pour un parterre somme toute, moi y compris, très rase-moquette, ça me défrise. Célébrer la cuisine du terroir avec une haute tenue je ne vais m’en plaindre mais est-ce bien en ce type de circonstances, pour un tel public qu’il faille le faire ?

 

Permettez-moi d’en douter. Les prescripteurs présents ne m’ont pas semblé, mais peut-être me trompai-je, nécessiter un tel traitement. En écrivant ceci je ne vais pas me faire beaucoup d’amis et je ne suis pas sûr que l’on m’invitera au prochain exercice « déjeunatoire » mais qu’importe je l’écris car n’ayant pu résister à la tentation j’ai absorbé, dans le plus grand désordre, par pure gourmandise : la Poire au miel et sa glace au fromage blanc, une micro-cassolette de moules de bouchot en marinière, 4 Prat-Ar-Coum et des lichettes de fromage : dont une boulette d’Avesnes goûteuse à souhait mais y’avait plus de Munster les morfalous avaient tout ratiboisé... Donc j’en ai été et il faut que j’expie ma faute jusqu’à la lie (je n’ai pas osé l’hallali).

 

Un peu tourneboulé, chiffonné, j’ai dégusté à minima mais du très bon :

-         1 Riesling 2005 Cuvée Frédéric Emile AOC Alsace de F.E Trimbach à Ribeauvillé : d’une pureté extraordinaire, minéral vous avez dit minéral, servi par un ami de François le Débonnaire, un autre François mais Wilhelm lui. www.maison-trimbach.fr

-         1 très beau Pinot Noir 2008 Cote de Rouffach du domaine Rieffle servi par la jeunesse Rieffle, nous avons beaucoup échangé sur les vertus de la Toile. Si on veut encore de moi en Alsace un de ces 4 je prendrai le TGV pour aller voir Jean-Claude Rieffle et la nouvelle génération de vignerons et faire une dégustation dans la plus simple simplicité si vous me permettez cette expression. www.rieffle.com

-         1 Pinot Gris 2008 Lieu-dit Weingarten AOC Alsace de Bernhard-Reibel servi par Pierre Bernhard que j’avais croisé lors du sympathique déjeuner de Montpellier-Bio. Un vin d’une belle franchise, plein, droit, un vin à manger, un vin qui donne envie d’aller au fond du verre. www.domaine-bernhard-reibel.fr

 

Vous voyez, à la question : « Comment ça va ? » j’aurais pu répondre « Comme un lundi » et ainsi je me serais évité un max d’ennuis. Pour tout vous dire j’ai même bavassé avec Pierre Guigui sur les OGM de Colmar et, là aussi, j’aurais du en faire un compte-rendu plutôt que cette chronique qui va me valoir le pain sec à l’eau du côté du Haut-Rhin et du Bas-Rhin. Mais que voulez-vous je suis ainsi fait et je ne suis pas sûr que de réciter « le Renard et la Cigogne » me vaudra l’absolution. Mais tentons !

Compère  le Renard se mit un jour en frais,

Et retint à dîner commère la Cigogne.

Le régal fut petit et sans beaucoup d'apprêts:

            Le galant, pour toute besogne,

Avait un brouet clair (il vivait chichement).

Ce brouet fut par lui servi sur une assiette:

La cigogne au long bec n'en put attraper miette...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Michel Smith 15/09/2010 18:32



à moins de démarrer tôt, difficile de bien déguster dans ce genre de déjeuner "ampiphratoire" : un verre dans une main, l'huître dans l'autre, j'en ai déjà fait l'expérience où l'an dernier
j'avais heureusement tout dégusté quand sonnait l'heure du déjeuner. 



Pierre Masson 15/09/2010 17:57



On n'a pas du recevoir la même invitation, s'il s'agit bien de celle du CIVA, rue de Richelieu. Sur la mienne il était simplement question d'une dégustation de Vins D'Alsace et de
produits du terroir. Celà dit je n'ai pu y aller.Pierre Masson



Antonin Iommi-Amunategui 15/09/2010 11:25



Côté miam, une question de temps, vraiment rien de saint ! Mais j'aurais bien aimé vous croiser, histoire de voir si votre débit à l'oral égale (déborde ?!) votre débit à l'écrit



JACQUES BERTHOMEAU 15/09/2010 11:28



C'est pire  



Antonin Iommi-Amunategui 15/09/2010 10:45



A l'étage, les petits entremets-mets déjeunatoires, mais au rez-de-chaussée, de beaux et belles vigneron-n-es, effectivement : Agathe Bursin et son Pinot Noir "Strangenberg" (qui pourrait
perdre le droit à cette mention de lieu-dit si une certaine législation sur les 1ers Crus passait) ; J-P Frick, son Sylvaner et son engagement, tous deux bien percutants ; ou
encore le sympathique géant Olivier Humbrecht dans un coin (et non pas au coin !). Je n'ai pas goûté les mets-mets, pas eu le temps, mais les vins et les mots de ceux qui les font, c'était tout
bon :-)



JACQUES BERTHOMEAU 15/09/2010 10:56



Moi qui ne suis pas jeune et beau je ne drague pas les belles vigneronnes


Quand à la percution de JP Frick je ne mélange pas le sécateur et le vin...


Si vous n'avez pas pris le temps des mets c'est que vous êtes un saint homme et qu'ils étaient sans doute superfétatoires...


Des beaux vins y'en avait plein mais les petites bites côte à côte alors qu'il y avait beaucoup de place pour le miam ce n'était pas l'idéal...


Bref je suis bon pour Libé...



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