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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 00:09

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Eugen Weber (1925-2007) est étasunien, professeur à l’Université de Californie à Los Angeles, spécialiste de l’histoire politique et sociale de la France. Mona Ozouf dan sa préface écrit « On entre dans le livre d’Eugen Weber comme dans un conte, sous la douce injonction d’un « il était une fois » : dans le pays où il nous entraîne, les nuits sont très noires, les forêts très profondes, et les chemins, des fondrières. Chaque village vit remparé, replié sur lui-même et ses proches entours, et rien ne semble y bouger : ce que les hommes font, ils l’ont toujours fait, l’origine des usages se perd dans la brume des temps. »

 

La peur « tous ceux qui passent sur les routes (...) sont des figures inquiétantes »

« La ville est loin, très loin, on n’y pense que lorsqu’elle dépêche au village ses émissaires, « chapeaux à cornes » ou « manteaux bleus » (...) qui parlent de conscription ou d’impôt, s’opposent à ce qu’on ramasse le bois mort en forêt, les épis dans les champs (...) empêcheurs de danser et de boire, qui troublent et menacent l’ordre éternel des travaux et des jours. »

« C’est un monde de la violence, où la jeunesse s’affronte en batailles rangées à coup de pierres ou de méchants gourdins, pour un mauvais propos, pour un morceau de lard dérobé : les fusils partent très vite, les blessures graves, voire les meurtres, ne sont pas rares. »

« Un monde de la misère, ou au moins de l’extrême pauvreté : tout ce qu’on peut vendre, œufs, beurre, volaille, on le garde pour le marché (...)

« On mange mal, bouillies et panades, on se lave peu, on s’éclaire et se chauffe chichement (...). »

 

Mais Eugen Weber ne sombre pas dans le misérabilisme ni le folklore « il restitue un monde que nous avons perdu et le saisit au moment où il va disparaître. » Le titre français passe comme souvent à côté de l’essentiel que « disait fortement le titre anglais : Peasants into Frenchmen. » Ce livre est bien l’histoire de la mue des paysans en citoyens français que d’attachement à leur terroir. « Français ils l’étaient de fait. Mais ils n’en avaient qu’une conscience confuse. Interrogés sur leur origine, ils répondaient qu’ils étaient de Castelnau ou de Locquirec, et ne savaient en dire davantage. Le pays, pour eux, ne coïncidait nullement avec la patrie, et pouvait même si opposer » (la guerre de Vendée).

 

Ceux qui me lisent depuis l’origine sentent la proximité que j’éprouve vis-à-vis d’Eugen Weber. Proximité renforcé par son souci « d’habiller de chair le squelette des idées. » En effet, en abordant un sujet qui n’était pas auparavant dans son champ d’étude (c’était plutôt la ville, les idées politiques professées par les esprits éclairés), « Weber découvre l’étroitesse du point de vue des citadins, ceux qui possèdent le pouvoir et la parole, et veux désormais faire toute leur place aux individus obscurs, humiliés et opprimés, qui n’ont pas de mots pour dire leurs besoins, leurs intérêts et leurs souffrances, et ne disposent que d’une seule arme, la force d’inertie. »

 

Oui Eugen Weber jubile – moi aussi d’ailleurs – lorsqu’il pourfend « l’abstraction, ce péché français » et donne « libre cours à la passion anglo-saxonne du petit fait vrai et du détail significatif, ce qu’Henry James nomme la propension à « longer sans trop de risques la rive commode des anecdotes et des petits faits biographiques » Lorsque je raillais le « reporter » de Télérama avec son Languedoc-Roussillon san chair, sans hommes, sans ce qui fait la vie j’exprimais ce même besoin de saisir l’infiniment petit qui comme le note Mona Ozouf est « meilleur antidote à l’uniformité galopante de la modernité » link) Ce qui m’étonne c’est que certains, pourtant contempteur de la pensée dites unique, ne se salissent jamais les pieds dans la poussière des terroirs qu’ils disent aimer. Ce livre d’un « amoureux du multiple » est pour moi un livre de référence car il remet en place toutes les inepties brassées sur notre fameuse identité nationale.

 

C’est gros livre de 713 pages notes comprises, au prix léger par rapport au contenu : 16 €, avec une remarquable préface inédite de Mona Ozouf dont je me suis servi pour vous donner envie d’acquérir cet ouvrage remarquable. Dans les jours jqui viennent je publierai un extrait qui a trait à notre boisson chérie : le vin. 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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