Mardi 1 mai 2012 2 01 /05 /Mai /2012 00:09

P.M.F aimait parler aux Français  (causerie à la radio sans pompe dans une langue accessible). Il alliait la simplicité à la compétence et ne versait pas dans les envolées lyriques. C’était un élu de Louviers et comme il le dit dans ce discours « j’ai pensé qu’ici, à l’origine et au centre de ma vie politique, à l’endroit d’où je tire, de votre confiance, toute la force dont j’ai besoin pour poursuivre mon activité de chaque jour… » Lucide et courageux, pugnace jusqu’à l’entêtement, en dépit de campagnes dirigées contre sa personne, P.M.F. cherchait en permanence à expliquer, à convaincre. Gouverner c’est choisir et il assumait ses choix face à ceux qui préféraient brosser les électeurs dans le sens du poil. P.M.F n’a gouverné que quelques mois démontrant crument que nous Français nous sommes prompts à nous indigner, à faire la leçon à la terre entière mais que nous n’avons que peu de goût pour ceux qui parlent vrai et qui ne virent pas de bord à la première bourrasque. Pour autant, je n’érige pas P.M.F en gourou mais, comme c’est par lui que je me construit face à la chose publique, en ce le Premier mai je vous propose la lecture de quelques extraits d’un de ses plus important discours. orange-009.JPG

« Beaucoup, parmi les gouvernants comme dans le pays, agissent en négligeant trop souvent leur devoir fondamental qui consiste à tout subordonner, leurs actes, leurs intérêts, leur popularité, leur carrière professionnelle ou politique, oui, à tout subordonner au seul intérêt national.

 

De ce manquement fréquent, résultent des conséquences graves ; le système représentatif (représentatif cela veut dire représentatif du pays, c’est-à-dire l’intérêt général) est faussé, la démocratie vraie n’est pas réalisée.

 

La démocratie vraie, c’est l’association intime, c’est la fusion de l’État et du citoyen. Aujourd’hui le citoyen et l’État sont devenus étrangers l’un à l’autre. Le citoyen se détourne de l’État et l’État se méfie du citoyen… »

 

L’INDIFFÉRENCE DES JEUNES

 

« L’indifférence actuelle, nous la sentons se manifester surtout chez les jeunes. Les jeunes craignent d’être dupés par un État qui, ils le sentent bien, ne travaille pas pour eux. J’ai souvent eu l’occasion d’attirer l’attention sur la fragilité d’un régime qui n’a pas la confiance des nouvelles classes, qui repose sur la seule résignation  des jeunes. Un régime qui n’a pas avec lui les couches neuves qui montent, qui ne jouit pas de leur foi et de leur coopération, un régime qui n’a pas le contact direct avec la partie la plus vivante et dynamique de la masse populaire, la plus représentative de l’avenir, n’est pas vraiment un régime démocratique.

 

C’est pourquoi l’État a le devoir de s’occuper de la jeunesse. Je sais bien qu’il n’y a pas de problèmes particuliers à la jeunesse. La jeunesse n’a pas de problèmes spécifiques comme peuvent en avoir les agriculteurs, les ouvriers, les classes moyennes. La jeunesse n’est pas une classe ; elle participe à l’ensemble des catégories du pays. Mais dans chacune de ses catégories, dans chacune de leurs activités, la jeunesse subit, plus profondément que les autres parties de la Nation, les conséquences bonnes ou mauvaises des décisions qui sont prises par l’État.

 

(…) Dans le domaine économique on redoute le chômage ; dans certaines périodes et dans certaines circonstances, l’ensemble des travailleurs est menacée par le chômage. Cependant, le plus souvent et sauf en période de crise aigüe, les adultes ont un travail, un emploi et, sauf malchance extrême, ils le conservent. Mais les jeunes qui, au sortir de l’école, arrivent sur un marché du travail pour la première fois, subissent, eux, de plein fouet la menace du chômage lorsqu’elle existe. Car, bien souvent, ils ne parviennent pas à trouver un métier ou un travail et commencent leur vie professionnelle par l’oisiveté, le déclassement et le sous-emploi.

 

Ainsi, tout le problème, même général, retentit plus durement sur les jeunes que sur leurs aînés. L’État doit donc orienter ses décisions en fonction de l’avenir, en fonction des jeunes. Il doit les associer à la préparation des décisions de manière à être assuré qu’elles ne méconnaissent pas les intérêts essentiels du lendemain.

 

« L’ÉTAT IMPOSTEUR, »

 

« Quelle est la cause profonde de cette indifférence, à l’égard de l’action politique, de cette indifférence des abstentionnistes, des jeunes et de ceux qui votent communistes sans être communiste ? La cause, je le disais à l’instant, c’est la croyance si populaire, si répandue, que le machine politique, que le régime dans lequel nous vivons, n’émanent pas vraiment des citoyens, comme cela devrait être dans une démocratie ; c’est la croyance que les citoyens ne disposent pas du pouvoir réel, qu’ils ne pèsent pas vraiment sur les décisions.

Le mécontentement qui se manifeste (…) résulte, non seulement de ce que leurs besoins sont insatisfaits, mais plus encore de leur impression que l’État se désintéresse de leur sort, qu’il ne cherche à les apaiser que par des promesses habiles, qu’il s’efforcera ensuite de ne pas tenir. C’est le sens de cette parole de Malraux, selon laquelle « on considère partout en France que l’État est un imposteur ! »

 

(…) L’État dans son comportement, semble redouter le citoyen, le traiter comme un adversaire, un gêneur, un ennemi. On a, semble-t-il, dans ces dix dernières années, construit un mur entre l’État et le pays ; alors, que, dans une démocratie, l’État et le pays ne doivent faire qu’un, on perçoit aujourd’hui l’existence d’une séparation, quelquefois infranchissable.

 

LE PREMIER DEVOIR : DIRE LA VÉRITÉ

 

« Pour les dirigeants d’abord. Le premier devoir, c’est la franchise. Informer le pays, le renseigner, ne pas ruser, ne pas dissimuler ni la vérité ni les difficultés ; ne pas éluder ou ajourner les problèmes, car dans ce cas, ils s’aggravent ; les prendre de face et les exposer loyalement au pays, pour que le pays comprenne l’action du gouvernement.

 

(…) Mais voici une seconde responsabilité qui leur appartient : c’est de formuler pour le pays des objectifs concrets, précis, nets et que chacun peut apprécier et juger. Trop souvent, hommes politiques, candidats, partis se contentent de promesses vagues et générales dans les programmes électoraux. On promet la paix, la prospérité, le bien-être pour tout le monde. Comment le pays choisirait-il en présence de propositions aussi imprécises, aussi générales, et qui d’ailleurs se ressemblent et se répètent quel que soit l’horizon politique dont elles proviennent ? Le devoir des hommes responsables, c’est de proposer des solutions claires, nettes, et limitées, rédigées dans le langage du peuple, des solutions que chacun puisse comprendre et juger. »

 

Ensuite, P.M.F aborde d’autres thèmes dont certains sont toujours d’actualité: la moralisation de la vie publique, les devoirs de citoyens, la primauté de l’intérêt général1955 c’est loin, très loin et pourtant… je venais d'avoir 7ans... la vie devant moi... je n’en dirai pas plus... la voix de Mendès France (le Chagrin et la Pitié)  

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Commentaires

J'avais embarqué à Marseille sur le Koutoubia en direction de Casablanca le 1 novembre 1954 jour de l'insurection algérienne, et j'allais défendre le Maroc contre la poussée d'indépendance, qui après l'indochine menaçait le Maroc et la Tunisie. La défaite de Dien Bien Phu le 18/06/54 avait précipité les choses . PMF avait fait un discours à l'Assemblée Nationale disant qu'il n'y avait pas de solution militaire aux problèmes de l'Indochine. Après des péripéties peu glorieuses le sultan Mohammed V exilé en Corse est rappelé à Rabat et l'indépendance est prononcée le 18/01/55 par le Sultan à la Tour Hassan à Rabat. Notre lecture favorite était l'Express de JJSS ou s'exprimaient les thèses de PMF.Les vignerons français se souviennent qu'en novembre 54 PMF a été à l'origine de la suppression du privilège des bouilleurs de cru qui permettait de distiller en franchise de droits 1000° d'alcool de vin ou de fruits. J'ai été libéré en mai 57 après 31 mois de galère militaire alors que se développait en Algérie un conflit qui ne se termina qu'après un changement de République et l'arrivée de De Gaulle. La fin de la guerre d'Algérie a correspondu avec le début de 30 glorieuses. L'accueil de plus 1 millions de personnes venant dans anciennes colonies françaises a favorisé un développement économique exceptionnel en tous domaines. PMF avait raison mais il n'avait presque plus de fonction politique

Commentaire n°1 posté par clavel le 01/05/2012 à 08h58

Sans tomber dans une nostalgie stérile, ça fait du bien de se replonger dans l'action politique de Mendès. C'est tout Berthomeau de se retrouver ainsi décalé, en plein dans cet "entre deux tours" manquant singulièrement de vision, pour rappeler la noblesse d'un engagement politique. Chacun sait qu'il va falloir beaucoup de courage pour affronter les vrais problèmes dès le 07 mai. Qui sera le nouveau Mendès ? Qui pour réformer vraiment les institutions et les esprits ?

Commentaire n°2 posté par Jean Natoli le 01/05/2012 à 09h05

Cher Jacques,

Je n'ai pas eu le "bonheur" de lire les thèses de PMF comme l'érudit Jean Clavel mais j'en savoure tout autant le fond… Nos deux candidats devraient relire ses lignes… Un post d'utilité publique cher Jacques.

Amitiés, profitez des premiers rayons du soleil.

Olivier

Commentaire n°3 posté par Olivier Borneuf le 01/05/2012 à 09h33

Bravo !  Ce texte est très bien choisi ...

Bonne continuation !

MP Guschlbauer

Commentaire n°4 posté par MP Guschlbauer le 01/05/2012 à 09h59

P.M.F. revient! ils sont devénus fous! P.M.F. doit se tourner dans sa tombe s'il entend les discours actuels!

Dans ce contexte, je vous recommande vivement "La doube mort d'un République ordinaire" de Jean Guiloineau parus aux "Editions Mutine" s commander par internet (13,50 euro port inlus) EDIFIANT. PMF aurait souscrit ces propos!

www.editions-mutine.overblog.com

W. Guschlbauer


Commentaire n°5 posté par Wilhelm Guschlbauer le 01/05/2012 à 10h27

Bonjour,

Article très intéressant. C'est impressionnant de voir à quel point ces problèmes existaient déjà à cette époque, et que rien n'a abouti pour les faire disparaître.

Une des choses qui me fascinent chez Pierre Mendès France est qu'il me semble qu'il avait la volonté de croire que dorénavant ce n'était pas aux hommes politiques de convaincre le peuple (diriger l'opinion) mais au peuple de diriger les hommes politiques ; chose que bien des gens considère comme utopique aujourd'hui encore.

Je voudrais savoir s'il est possible de trouver une transcription de ce discours en ligne : mes recherches ont jusqu'à présent été infructueuses.

Géherdé

Commentaire n°6 posté par Géherdé le 04/11/2012 à 23h35

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