Lundi 20 août 2012 1 20 /08 /Août /2012 00:09

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Chers amis aoûtiens,


Je rebondis sur l'appétante chronique de Jacques sur le sensible Jean-Paul Kauffmann link(sensible étant un compliment pour ceux qui ne comprennent rien a rien) à qui j'ai envie de rendre hommage, en vous parlant, à mon tour, d'un de ces mondes parallèles, entre parenthèses, ici une parenthèse enchantée, qu'il doit aussi bien connaître et qui permet à tous les sensibles de vivre et/ou de se ressourcer.


Une bulle avant la rentrée dont on nous prédit qu'elle sera d'enfer – mais qui connaît vraiment l'enfer dans nos sociétés civilisées –  un coma neuronal volontaire où le corps est à la fête et la tête au repos – ou l'inverse, selon les moments.


Absolument rien de spécial dans ce monde parallèle, ma parenthèse enchantée, dont je tairai le nom, de peur qu'il ne devienne comme le Cap Ferret que j'ai tant aimé et qui est juste devenu autre chose que le paradis sauvage de mon enfance.


Un monde entre-parenthèses, disais-je, très simple : juste un bord d'océan sauvage aux couchers de soleil jolis comme un dessin d'enfant, une mer fraiche et revigorante, des baignades dangereuses pour les idiots, des vagues exaltantes pour les surfeurs roulant leurs jeunes biceps avantageux, un bout de  plage surveillée ou se mélangent serres colles textiles et nudistes, et quelques cent mètres plus loin, à perte de vue... plus personne, juste  la mer, les dunes, un bunker, le sable, tout ça rien qu'à soi, en plein mois d'aout, vide, bleu, jaune, eau cristalline des poches de mer tièdes laissées a marée basse ou l'on flotte les bras en croix, liquide amniotique, aucune radio, aucun cri d'enfant surexcité qui peut se lâcher enfin des tensions de l'année, aucun parasol aux couleurs vert pomme ou jaune fluo.


Rien.


Pas même une mouette.


Le vent chaud, il fait 34.


C’est l'heure du goûter et la pèche acidulée coule sur le menton.

 

L'esprit clapote, le corps prend ses aises, la bouche s'entrouvre.

 

S'ensuivent, selon l'humeur, un petit somme ou une belle marche, les yeux dans les vagues, une baignade sans maillot, et toujours nus au soleil, BB avait raison, y a rien de meilleur, pardon à tous les dermatos et cancérologues du monde.


Vers 19h30, retour au petit village d'été. (L'arrivée s'étant faite vers 16h, après les heures trop chaudes, après la sieste divine ou tout est permis, l'amour, le sommeil, la lecture, Sibelius en sourdine...)


Un peu mercantile, cette bourgade d'été, comme il se doit : on y vend un chouia de fripes terriblement baba cools, des glaces trop flamboyantes pour être honnêtes – pas d' italiens pour lever les yeux et les mains au ciel mais de nombreux hollandais et de non moins nombreux enfants ravis ;  il y a une mini superette chère avec des petits pliants de plage tous turquoises et  des aliments sous plastique ; à cote un magasin de surf bariolé, un café sans tabac, aucune librairie et une  presse réduite – lire, pourquoi faire – des maisons  éparpillées derrière les dunes, en parpaing, hétéroclites, mal construites, trop modestes pour prétendre au bois et à l'acier de quelques maisons d'architectes plantées ça et là comme de beaux objets incongrus; beaucoup d'énormes campings cars venus du Nord et des estafettes qu'on ne voit plus que dans les films des années 60 avec des petits rideaux cachant des matelas de mousse, des tentes, des vêtements sableux, des combinaisons de surfeurs, des foulards fleuris.


C'est l'heure d'emprunter la rue principale avec son « hôtel de la plage » en bois, première verrue du boboïsme, un magasin de déco rempli de fort jolies petites choses inutiles qui, tiens, appartient au même propriétaire que l'hôtel, comme c'est classique; c'est l'heure de dire non au  boulanger aux mauvais pains mais aux tentants pastis-délicieuses brioches étouffe chrétien du coin, de s'installer dans LE petit restau sympa du coin. Tables bois, chaises plastique, serviettes rouges en papier. Si l’on ne le connaît pas, on passe son chemin.

Mais c'est une erreur : la nourriture y est saine, bonne, roborative. Il y a une salade de belles tomates aux oignons rouges, des vraies pommes de terre sautées –  croustillantes à souhait, avec juste ce qu'il faut de  toutes petites miettes très grillées et salées qu'on picore à la main au fond du plat – des côtes d'agneau fondantes... Et pas de  musique de fond, un miracle, aujourd'hui.


On dévore, la conscience tranquille – c'est les vacances-


Et on finit juste à temps, vers  21h, pour repartir voir, à pied, la claquette trainante, le coucher de soleil, à quelques mètres.


Les surfeurs forment des ombres photogéniques, les derniers enfants et chiens plongent et  s'ébrouent en jappant, le soleil est rouge cerise, la foule des estivants  soudain se tait d'un commun accord, émue par cette carte postale somptueusement gratuite.


La mauvaise buvette sur la plage destinée aux « jeunes-qui-surfent » (hamburgers  et frites surgelées)  a allumé ses lampions sous les canisses.


Même la musique y est mauvaise.


Aucune importance : le meilleur cinéma du département  vous attend, car oui, le meilleur dans ce village d'été, c'est la rencontre avec  deux fous amoureux de la Toile qui passent des bons films en VO toute l'année; ce soir-là  passe « the Sapphirs » un film swinguant épatant en accord total avec la légèreté et le bonheur de l'après-midi. Samedi, on passera toute l'après-midi dans le noir, même s'il fait beau, pour voir « Welcome in  Vienna » une trilogie comme on les aime sur le nazisme et la vie sous l'occupation.


Voilà.


Je vous avais prévenu, ce monde entre-parenthèses, ma parenthèse enchantée, n'a rien de vraiment original.


On peut aussi le trouver au Louvre, dans les Abruzzes, à Fakarava, au bord d'un torrent corse, dans une conversation sur la vie, l'amour, la mort entre amis bienveillants et chaleureux, dans un couvent, dans un livre de poésie, que sais-je encore.


Le tout, avec les mondes parallèles, les parenthèses, c'est de les voir, et de savoir plonger, s'immerger dedans, sans retenue.


Ce qui n'est pas donné à tout le monde.


Nous sommes d'accord, Jean Paul Kauffmann.

 

Restons en contact, voulez-vous ?

 

Tante Aline

 

Ps: Une recette des années 60 revisitée, à mettre en Tupperware pour la plage: la fameuse salade de riz.

Pour 6 à 8 (si vous êtes moins, il en restera pour le lendemain, mais ça m'étonnerait):

 

Faire cuire du riz  bio normal, un grain qui se tient, pas trop fin (donc pas du basmati)   110gr/personne (avant je mettais 80gr mais je vois bien que la plage donne faim et que tous ici lèchent les derniers grains de riz de leur Tupperware)


Dans le riz encore chaud et bien égoutté,  rajoutez :


Du thon émietté (un à deux flacons de thon germon, flacon de verre et thon encore en filets, sinon (soupir) en boite.)

Puis coupés en très, très petits morceaux ( toute la bonté de cette salade vient de là):

2 ou 3 citrons confits

3 ou 4 tomates cœur de bœuf sans leur peau mais avec leur jus (cf. mon avis sur les vraies et les fausses dans une autre chronique),

Un oignon moyen, très doux,

un énorme bouquet de coriandre

Une bonne grosse poigne de pignons. (Ou selon goût, des  pistaches ou des  amandes concassées, ce qui est important c'est d'avoir un peu de croquant sous la dent)

Faites une sauce relevée (moutarde forte, citron, sauce soja, vinaigre balsamique, huile olive la plus fruitée possible).

 

Versez.

 

Mélangez le tout avec le riz. Goutez. Salez, poivrez comme il vous chante.

 

Mettez au frais.

 

Dévorez lentement avec des petits sandwichs de pain noir ou campagne ou seigle coupes fin, grillés juste sur un côté,  fourrés de tapenade noire ou verte.

 

Un petit vin  de jeunes vignes, 100% merlot, bien rond et  fruite (Plaisir de Siaurac, excellent Lalande de Pomerol à moins de 10€, à mettre 30mn au frais. www.chateausiaurac.com )

 

Une salade de pêches abricots à la menthe fraiche pour terminer, avec un soupçon de  miel liquide, un jet de citron et quelques framboises pour rougir le jus. Des pailles d'or régressives ou des Traou Mad (les vrais, svp)  qui fondent dans le jus.

 

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Tante Aline
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Commentaires

C'est beau comme du Berthomeau, comme souvent, mais cette fois il y a un je ne sais quoi de poésie vivante et aimante.

Commentaire n°1 posté par Gérard le 20/08/2012 à 08h43

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