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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 00:09

En hommage à Raphaël Sorin l’« inventeur » de Houellebecq je vais un peu squatter le Goncourt. Comme Sorin– lui avant moi car lui a lu le manuscrit qui sera publié par Maurice Nadeau – j’ai adoré de suite Extension du Domaine de la Lutte (lire « Dieu a voulu des inégalités pas des injustices » link ) alors je puis me permettre cette fantaisie. Depuis cette découverte j’ai « visité » Houellebecq par tous les bouts et, quand Sorin  rappelle, dans une interview à GS by Technikart, que celui-ci était un fan des « chaînes d’hôtels un peu cheap genre Campanile ou les Citadine (...)  je l’ai toujours imaginé ainsi. Ce type, « En fait, ne sait pas vivre, ne connaît rien à la bouffe, rien aux vins. Vous pouvez lui servir n’importe quoi à table, il sera content. Quand il venait dîner chez moi, j’avais beau faire le maximum, il bouffait comme s’il était chez McDo. » c’est toujours Raphaël Sorin qui parle mais c’eut pu être moi. Et puis, cerise sur le gâteau Houellebecq est « d’une avarice légendaire. En dix ans, il m’a invité une fois à déjeuner. Et encore, c’est parce que je l’ai quasiment obligé de payer. Je lui ai fait gagner des millions d’euros, mais il n’arrivait pas à payer une addition à 40 euros par tête de pipe. Pour mon anniversaire, il m’a offert une bouteille avec un bateau à l’intérieur, vous savez le souvenir pour touristes à dix euros... »

 

Donc, voici l'histoire de la bouteille de N°3 d'Embres&Castelmaure avec un bateau à l’intérieur...

 

« Patrick Hoÿm de Marien m’a souvent présenté le travail de Jed Pousson comme issu d’une  froide réflexion sur l’état du monde, détachée, héritière des grands artistes conceptuels du siècle précédent. C’est dans un état de frénésie nerveuse qu’il avait acheté dès son retour de Barcelone, toutes les cartes Michelin qu’il put trouver – un peu plus de cent cinquante-trois. Très vite Jed Pousson se rendit compte que les plus intéressantes appartenaient aux séries « Michelin Régions », qui couvraient une grande partie de l’Europe, et surtout « Michelin Départements » limitée à la France. Tournant le dos à la photographie argentique, qu’il avait jusqu’ici exclusivement pratiquée, il fit l’acquisition d’un dos Betterlight 6000-HS, qui permettait la capture de fichiers 48 bits RGB dans un format 600x8000 pixels.

Pendant presque six mois Jed Pousson sortit très peu de chez lui sauf pour une promenade quotidienne qui le conduisait jusqu’à l’épicerie de Simone sur la place d’Embres&Castelmaure. Le matin du vernissage, Jed Pousson se rendit compte qu’il n’avait pas prononcé une parole depuis presque un mois, à part le « Non » qu’il répétait tous les jours à Simone qui lui demandait s’il avait un carnet de fidélité pour y coller les timbres SPAR. Pourtant, à l’heure dite, il se dirigea vers la coopérative où, à sa grande surprise, il y avait peut-être cent personnes, enfin il n’avait jamais su évaluer ce genre de chose, et il eut d’abord un mouvement d’inquiétude en constatant qu’il ne connaissait personne. Jed crut un instant s’être trompé de jour ou d’exposition mais son tirage photo était bien là accroché aux murs de la coopé. Bernard Pueyo lui servit un double « Antidépresseur » et il fit plusieurs fois le tour de la salle. En terminant son troisième parcours Jed Pousson remarqua une jeune femme qui fixait son tirage photo avec beaucoup d’attention. Il aurait été difficile de ne pas la remarquer : non seulement c’était de très loin la plus belle femme de la soirée, mais c’était sans doute la plus belle femme qu’il n’ait jamais vu. Les hommes la buvaient des yeux ; l’un d’entre eux avait la mâchoire à demi décrochée.

Lorsque Jed Pousson repassa la fois suivante devant son tirage photo, elle était de nouveau là, seule à présent. Il eut une seconde d’hésitation, puis prit la tangente et vint se planter à son tour devant l’image, qu’il considéra avec un hochement de tête.

Elle se tourna vers lui, le regarda pensivement pendant quelques secondes, avant de demander :

« Vous êtes l’artiste ?

- Oui... »

Elle le regarda de nouveau, plus attentivement, pendant au moins cinq secondes, avant de dire :

« Je trouve ça très beau. »

Pour l’exposition Jed Pousson avait choisi une partie de la carte Michelin de l’Aude, dans lequel figurait le village de sa grand-mère. Il avait utilisé un axe de prise de vue très incliné, à trente degrés de l’horizontale, tout en réglant la bascule au maximum afin d’obtenir une très grande profondeur de champ. C’est ensuite qu’il avait introduit le flou de distance et l’effet bleuté à l’horizon, en utilisant des calques Photoshop. »

 

Larges emprunts à La carte et le Territoire de Michel Houellebecq pages 62 à 65 éditions Flammarion.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Luc Charlier 07/04/2011 08:05



Yapafoto, même dans son style ampoulé (12 Watt, basse consommation), notre Jacques jette un éclairage sombre (jolie figure de style,
non ?) sur l’image qu’on s’était faite de Houellebecq. Dans son miroir aux alouettes (et le bec ...), celui-ci n’invite même pas le cousin de Raphaël Sorin, un certain William, à manger son
célèbre cassoulet (voir les commentaires d’hier, pour ceux qui ne suivent pas). Où va la France ?


 


Je profite de la tribune offerte par cet espace de liberté pour lancer un appel à tous les admirateurs de Jacques Berthomeau : il
sera dans le Beaujolais les 10 et 11 avril pour signer des exemplaires invendus d’un rapport publié il y a tout juste 10 ans, et resté lettre morte. Il signera aussi des petites culottes ... restées sur des fesses mortes depuis une décennie également. Les bénéfices iront tout droit au fonds de
soutien de Jacques Chirac, car depuis son retrait (?), les fesses des vaches du Salon de l’Agriculture subissent le même sort.



vincent Pousson 07/04/2011 01:30



Commentaire n°2: le vin est vraiment, vraiment meilleur quand on ne se prend pas au sérieux…



vincent Pousson 07/04/2011 00:16



La question est: à quoi carbure le Contrôleur général des Zo?Mais bon, je me vois bien finalement en personnage de roman, avec l'Altesse et le Barbu…


Petite précision chronologique, en revanche, Houellebecq on l'a devancé d'un ou deux ans…



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