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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 00:04

Il flotte ces derniers temps comme un parfum de suspicion dans les vignes et les chais, suite à l’accumulation de sujets qui fâchent :  

1° le reportage de Céline Destève, Christophe Kenck et Pierre Toury pour Envoyé Spécial sur la 2 : « Le vin est-il toujours un produit naturel ? » un reportage de Céline Destève, Christophe Kenck et Pierre Toury ;

2° l’émission d’Isabelle Giordano Service Public sur France Inter où Pierre-Marie Vadrot tenait la vedette après avoir commis un papier dans Politis : « AOC menacées, vignes arrosées, grands crus coupés d’eau, vinifications transgéniques, la foire aux vins devient une foire d’empoigne. Sauf pour les vins bio »

3° dans une moindre mesure le bouquin-torchon du Rougé pas frais « Le Vin Français un chef-d’œuvre en péril » qui cite l’intégralité de l’étude vin de Pan-Europe « message dans une bouteille » sur la présence de résidus de pesticides dans le vin.

 

Sans vouloir en rajouter pour alourdir le climat – il se réchauffe déjà alors faut être gentil avec lui – l’émission Capital de M6 est en train de préparer un sujet sur les fraudes et, bien sûr, le vin est dans le collimateur. Je me suis colleté, sans grand succès, au journaliste en charge du reportage et je puis vous assurer qu’il trimballe un paquet d’à priori. Affaire à suivre donc !

 

Certains professionnels voient derrière cette accumulation une forme de complot destiné à ternir l’image du vin.

Mais qui dit complot dit comploteurs.

Ceux-ci, dans l’imaginaire collectif français, surtout ceux de nos pères et de nos grands-pères, étant souvent manipulés par l’extérieur : la 5ième colonne, l’ennemi de l’intérieur à la solde des puissances étrangères : la main de Moscou, celle de Mao pour les gauchistes post-soixante-huitard.

 

Rassurez-vous, même si je ne crois pas à la théorie du complot pour le sujet qui nous intéresse, en faisant allusion « à l’ennemi de l’intérieur » je ne m’égare pas dans les méandres de l’espionnage, du renseignement ou de la manipulation que pratiquent les grandes puissances et les multinationales mais, comme je sens poindre une forme de « guerre civile » ou de « religions » je souhaite déminer pour pacifier le débat pour qu’il ne se transforme pas en champ de bataille où la seule victime serait le vin.

 

Déminer ne signifie pas éluder les problèmes réels, glisser la poussière sous le tapis, pratiquer une forme de langue de bois ou tenir des propos lénifiants et rassurants, mais tenter de faire en sorte que le simplisme ou le sensationnalisme ne prennent pas le dessus sur des propos fondés, expertisés, discutés afin de ne pas en rajouter sur le caractère anxiogène de la période actuelle. Nous devrions éviter d'en rajouter à la charge de nos amis les hygiénistes qui savent jouer à la perfection des peurs pour ne pas avoir à subir des présentations comme celle qui suit – celle d’Envoyé Spécial – soient tenues comme représentatives des pratiques du monde du vin et apportent de l’eau à leur moulin.     

 

« C’est « la plus hygiénique des boissons » selon Louis Pasteur. Depuis toujours, en France, le vin est considéré comme un breuvage sain, sans artifice. Un produit du terroir bon pour le moral et les artères. Pourtant, dans cette enquête inédite, nous avons découvert qu’aujourd’hui, le vin n’est plus toujours le produit naturel que l’on imagine. Dans la plupart des bouteilles, même les grands crus, se cachent des substances chimiques que le consommateur ne soupçonne pas. Des dizaines d’additifs chimiques sont utilisés dans la fabrication de certains vins. A quoi servent ces additifs ? Pourquoi ne sont-ils pas mentionnés sur les étiquettes de nos bouteilles ? Nous avons aussi découvert que, pour vendre plus cher leur vin, et tromper le consommateur, certains producteurs rajoutent encore plus d’additifs. Au-delà de la limite légale. Et ce n’est pas tout. Certains pesticides cancérigènes se retrouvent dans nos verres sous forme de résidus. Tous les vins sont-ils contaminés ? Et sont-ils dangereux pour le consommateur ? Pendant des mois nous avons enquêté dans le vignoble français pour comprendre pourquoi et comment sont fabriquées ces cuvées chimiques. »

 

Entre le « circulez, y’a rien à voir ! » des tenants des grands zinzins majoritaires et la « dénonciation médiatisée de pratiques peu respectueuses du terroir ou du vin » de groupes minoritaires le fossé semble si profond que s’employer à le combler peut apparaître une tâche aussi vaine que celle des Shadocks pompant pour les siècles des siècles.

 

Et pourtant, sauf à nous complaire dans des batailles gauloises mortifères, c’est une tâche prioritaire à laquelle nous devons nous atteler. Trouver des terrains d’entente ne sera pas simple, j’en conviens, mais si déjà nous commencions par abandonner certaines postures trop « accusatrices » pour les uns ou exagérément « victimaires » pour les autres le débat pourrait s’engager hors du tam-tam médiatique. Permettez-moi de vous proposer, en guise d’exemple d’approche raisonnée et intelligente, la lecture ou la relecture de la réponse de Jean-Yves Bizot vigneron à Vosne-Romanée à l’une de mes questions :

 

Ma question : « Lors de la conférence de presse qui s’est tenue avant la 148ième Vente des Hospices de Beaune, Rolland Masse, régisseur du Domaine des Hospices, a indiqué que ses vignes étaient en reconversion bio et que « ce n’était pas un choix philosophique, mais une obligation » tout en précisant que le mildiou et l’oïdium restaient des maladies difficiles à gérer dans les conditions climatiques vécues en 2008. Pensez-vous que l’ensemble du vignoble de Bourgogne, comme on le disait dans ma jeunesse à propos du Plan, soumis « à l’ardente obligation » de s’engager sur la voie de pratiques respectueuses de l’environnement ou est-ce le privilège des villages renommés, des 1ier Crus et des Grands Crus ? »

 

La réponse de Jean-Yves Bizot : « La question me paraît très intéressante, comme je vous l’avais déjà dit. Mais à mon avis, elle comprend deux parties.

Pour répondre à la première partie de la question : je répondrais oui, il me semble que le vignoble est soumis « à l’ardente obligation » de s’engager dans cette voie.

Le choix de Rolland Masse, en dépit du bémol qu’il ajoute, est bien philosophique (quitte à me faire arracher les yeux par les bio purs) : Si l’on considère les risques liés à l’utilisation des produits de traitement, à court terme comme à long terme, a-t-on le droit des les utiliser pour une production qui est totalement inutile ? La question devrait se poser déjà pour les productions vivrières, alors pour le vin ! En réponse à celle-ci, les entreprises de phytopharmaceutiques inventent des molécules efficaces à des doses extrêmement faibles. On arrive aujourd’hui à traiter par exemple 1 ha de culture avec 200g de produit. Mais ce choix stratégique n’est finalement qu’un leurre, une fuite en avant. Les résidus sont non dosables aujourd’hui, mais les molécules sont dans les faits beaucoup plus actives ; en outre inévitablement, elles seront détectables à l’analyse un jour ou l’autre. Il y a bien évidemment une « reconversion » (je n’aime pas trop ce terme qui a ne connotation religieuse, alors quand on parle de philosophie...) à faire, mais on ne pourra pas nier que des progrès ont été fait ces dernières années, au niveau des producteurs eux-mêmes, et des pouvoirs publics : évolution des pratiques, catalogue de produits qui a vu disparaître les plus toxiques ces dernières années. Mais il y a une reconversion à faire aussi au niveau de la recherche elle-même : l’axe principal est la destruction des organismes via une molécule. J’oserais dire que les OGM s’inscrivent aussi dans cette approche : une vieille démarche maquillée de modernisme et de science (et c’est un des deux points essentiels qui me font m’opposer à leur développement).

En 40-50 ans, aucune maladie n’a été éradiquée. Elles ont juste été contrôlées. D’autres voies sont possibles, et personnellement je crois assez aux équilibres biologiques par exemple, sans être totalement utopique. Il n’en reste pas moins que quelques maladies sont difficiles à contrôler, et ce quelque soit le choix du type de traitement.

Mais à quelle échéance ? J’ai quelques doutes que ce soit rapide au regard des formations - formatages dispensés dans les établissements et les commentaires des jurys d’examen vis à vis de toute approche technique qui sortirait un peu des sentiers battus. On pourrait aussi s’interroger sur la pertinence des choix de l’INAO dans les nouveaux cahiers des charges qui imposent 70 % de feuillage sain à la vendange. Sain est un terme non défini, mais si pour arriver à le satisfaire, il faut passer 12 ou 15 fois dans l’année, et ce qu’elle que soit l’approche technique, nous sommes très loin des orientations du Grenelle de l’environnement. D’autre part, au regard de la sanction, il est bien évident que la prise de risque va diminuer.

C’est la deuxième partie de la question selon moi. Il me semble difficile de prétendre élaborer des produits haut de gamme sans  notion de prise de risque, à tous les niveaux. Sans ce risque, on tombe en plein dans le système de rente et de privilège. La seule justification de nos appellations, finalement c’est que chacun aille chatouiller un peu la queue du dragon. Et économiquement, ce sont effectivement les grandes appellations qui devraient être en tête. »

Pour en revenir au phantasme du complot contre le vin, forme compréhensible de paranoïa qui se développe, chez beaucoup de vignerons ou de professionnels du vin, en réaction aux coups traditionnels venant tant des « ennemis de l’extérieur » que de ceux, jugés plus sournois et à la limite moins bien supportés, provenant des « ennemis de l’intérieur », il me semble important de le combattre et de l’éradiquer pour que les gens du vin, ceux qui le font, ceux qui le vendent, ceux qui l’aiment, ceux qui en parlent, puissent se retrouver sur un socle commun afin, non pas de défendre le vin, mais de faire partager au plus grand nombre sa place et son rôle dans nos sociétés d’individualisme forcené. Pour autant, je ne prône pas un unanimisme hypocrite ; je n’appelle pas de mes vœux un consensus mou ; je ne demande pas à qui que ce soit de mettre un mouchoir sur ses convictions ; je milite pour que les uns et les autres, au-delà des débats et des nécessaires confrontations, sachent faire la part de l’essentiel, laissant pour un temps au vestiaire les scories de l’accessoire.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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gus 02/11/2009 08:20


C'est vrai que ce TARANI,prototype du vin "industriel"(flash détente,sucrosité,etc...)fait grimacer les amateurs traditionnels de vin.On aime,on aime pas...Mais il faut lui reconnaitre que c'est un
des rares vins qui,par temps de crise, gagne des parts de marché via de nouveaux  consommateurs chez les jeunes en France et à l'export.Les vins traditionnels qui eux ne font que se piquer les
marchés entre eux peuvent-ils en dire autant?






Norbert 02/11/2009 07:36


Tous les goûts étant dans la nature, il serait intéressant de connaître les vins que notre amateur albigeois consomme habituellement, et notamment par quoi il a remplacé la bouteille partie dans
l'évier (car il n'a certainement pas condamné ses convives à l'eau). Peut-être que ceux-ci connaissent, chez les "peuplades exotiques" le même sort que cette pauvre bouteille de vin
de pays.


Jean-René d'Albi 01/11/2009 11:13


Je ne suis ni un professionnel, ni même un oenophile distingué, rien qu'un amateur de vin. Hier j'ai voulu servir à des amis un vin rouge ayant obtenu une Médaille d'Or au Concours Agricole de
Paris : TARANI - Millésime 2008 nous dit simplement l'étiquette (élégante). Au dos : Vin de pays du Comté Tolosan. 11°5. Production : les Viticulteurs de Rabastens (Gaillac).
Les quatre convives ont poussé un cri d'horreur : cette boisson aromatisée, pur produit marketing destiné à des peuplades exotiques, n'a qu'un lointain rapport avec le vin. La bouteille a fini dans
l'évier.
Sans autre commentaire...


Françoise BRUGIERE 29/10/2009 10:23


le lien vers les résultats du sondage dont je parle dans le commentaire précédent.
http://www.onivins.fr/EspacePro/Economie/PointSur_section1.asp?Section=1


Françoise BRUGIERE 29/10/2009 10:20



Le doute existait chez une partie des consommateurs avant ces émissions. En décembre 2008, nous avions actualisé un sondage de 1998 sur la perception par les français des pratiques culturales et
oenologiques. La comparaison à 10 ans est intéressantes : les grandes valeurs restent fortement associées au vin mais le sentiment que le vin devient un produit agroalimentaire
(aromatisé, boisé aux copeaux, avec des résidus de pesticides,...) qui devra être étiqueté comme tel progresse. Une des difficultés consiste à faire connaître le progrès sans briser les
mythes.



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