Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 00:00

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Comprenne qui voudra ! Ceux qui me connaissent bien, eux, me comprendront. Qu’écrire ce matin ? Le mieux serait sans doute : rien ! Mais, comme la page blanche pourrait prêter à confusion sur la nature de mes sentiments j’ai décidé de vous proposer ce dialogue entre Georges Mandel et Léon Blum.

 

-         Blum. – Il m’est arrivé souvent, comme à l’instant de me demander si au fond vous n’aimiez pas plus, dans l’action, la joie du mouvement plutôt que l’accomplissement du but.

 

-         Mandel. – Confidence pour confidence, je me suis souvent demandé, de mon côté, si vous aimiez assez le pouvoir pour avoir une chance sérieuse d’atteindre vos objectifs.

 

-         Blum. – Ne confondez pas le recul instinctif devant les responsabilités et le refus de les assumer. Ne pas douter de ses forces, au moins un instant, quelle forfanterie !

 

-         Mandel. – Je me souviens de votre propos, en 36, devant vos camarades socialistes, au moment où vous deveniez chef du gouvernement : « Je ne vous dirai pas : repoussez de moi ce calice… »

 

-         Blum. – Vous voyez bien !

 

-         Mandel. – J’ai trouvé que c’était une étrange dénégation, tout de même… La chance d’agir était enfin à portée de main et vous fallait vous défendre contre le risque qu’on croie que vous n’en étiez pas heureux…

 

-         Blum. – Heureux ! Mais bien sûr que le bonheur n’était pas là ! À peine quelque chose comme une satisfaction angoissée. J’aurai jugé d’ailleurs, au fond, que l’allégresse aurait été plus qu’incongrue : malvenue, inquiétante, en somme condamnable.

 

-         Mandel. – Vous voyez, je n’imagine pas sans sourire Clémenceau parler de « calice » à propos du pouvoir offert. En 1906, quand il a été ministre de l’Intérieur puis Président du Conseil, c’était une revanche. En 1917, un effrayant devoir. Chaque fois, un élan vital.

 

-         Blum. – Cette énergie-là est bien plus proche du cynisme… C’est dangereux.

 

-         Mandel. – Pas plus que lui je ne suis cynique. Je suis réaliste. Le réalisme n’est odieux que s’il ne sert pas l’intérêt général. Quand le réalisme s’efface, les paroles sont creuses et les efforts sont vains.

 

-         Blum, songeur. – Le réalisme, voilà un ami familier. Un ennemi aussi. Je le connais bien. Je lui ai beaucoup consenti, dans ma vie. Mais je m’en suis méfié, aussi. Ses serviteurs manquent d’audace. Leur respiration est courte. Jaurès disait…

 

Qui se souvient de Léon Blum le socialiste du Front Populaire et plus encore de Georges Mandel homme de droite ( sans doute un de ses biographes récents lui très connu) ? Pas grand monde mais je trouve que ce dialogue en 3 actes l'un de nous deux imaginé par Jean-Noël Jeanneney colle bien à la page d’Histoire, toute pacifique puisqu’il s’agissait d’une élection, que nous venons de vivre.

 

Là, il s’agit du dialogue de deux hommes « livrés par le régime de Pétain aux Allemands » qui « se sont retrouvés emprisonnés, à partir du printemps 1943, dans une petite maison proche du camp de concentration de Buchenwald (…) Ils y sont demeurés 14 mois. » Lorsque Philippe Henriot, ministre de l’Information de Vichy sera liquidé par la Résistance le 28 juin 1944, Mandel sera livré à la Milice qui l’a assassiné en forêt de Fontainebleau, le 7 juillet.

 

« Chacun des deux protagonistes entretenait une admiration et une gratitude passionnées envers une figure tutélaire qui l’avait inspiré, marqué, porté. » Jean Jaurès et Georges Clémenceau.

 

J’ai beaucoup souffert tout au long de cette campagne du procès en compétence fait à François Hollande. Je me suis tu et ce n’est pas ce matin que je vais m’épancher à son sujet. Je le connais bien, je sais qui il est et je suis très heureux de le voir élu. L’alternance est la respiration de la démocratie. Jamais de toute ma vie je ne suis sorti hurler au loup les soirs de défaite, et Dieu sait que j’en ai connue,  alors je ne vois pas au nom de quoi je ne savourerais et ne partagerais pas avec mes amis la joie d’un beau succès.

  

 

 

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Commentaires

Commentaire n°1 posté par couplet multiplié le 07/05/2012 à 00h51

J’ai écrit ailleurs avoir un a priori favorable envers votre nouveau Président et attendre qu’il « fasse quelque chose ». En fait, je ne le connais pas du tout. Tu sembles lui trouver beaucoup d’atouts et j’en prends acte. Mais le chantier est touffu ! Qu’il commence déjà par réaliser les promesses de ses pamphlets électoraux et notamment la « banque publique » pour les PME. Voilà un joli nom pour « nationalisation » : je suis évidemment POUR !

Mais son pire ennemi, c’est le PS et son clientélisme, tous les gens qui ne veulent qu’une chose : prendre l’argent des très riches (ça, c’est OK) pour le donner à tous ceux qui préfèrent ne rien foutre (là, je suis moins d’accord).

Le maître-mot, c’est REDISTRIBUER : les ressources, mais aussi les responsabilités, les devoirs, les obligations et LE TRAVAIL.

Cet hiver, la Salanque a perdu et ses artichauts et ses salades durant la période de gel prolongé et profond. Ces exploitations maraîchères vivotaient depuis dix ans : on ne gagne presque rien sur des salades et des artichauts quand tout va bien. Alors, dès qu’il y a un pépin ....

Qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? Des aides de l’état, et à hauteur d’une somme tout à fait insuffisante (1.700 € par ha, dérisoire), pour continuer à vivoter, encore moins bien qu’avant.

Et qu’est-ce qu’il faudrait faire ? Abandonner ce type de culture, pour laquelle il n’y a pas de client, et permettre de démarrer une autre activité à la place, avec des investissements réalistes et après une période de formation. Laquelle ? Ça, il revient à des économistes et des ingénieurs agronomes de le dire, et certainement pas aux ronds de cuir des chambres agriculture, qui passent leur temps à jouer à la chaise musicale entre cette institution, le Crédit Agricole et la MSA, jusqu’au moment où ils ont trouvé l’endroit le moins exigeant pour y poser définitivement leurs fesses .... aux frais des agriculteurs qu’ils sont sensés aider.

Voilà ce que TOUS les étrangers vivant et travaillant en France ressentent et disent, pas seulement Léon. E c’est cela que Hollande va devoir changer. Good Luck !

Commentaire n°2 posté par Luc Charlier le 07/05/2012 à 08h54

Un président avec 51,7% des voix ce n'est pas grand chose. La campagne continue avec les législatives pour le confirmer ou non dans sa place. Ce matin, j'ai appris que la droite va jusqu'à "l'extrême centre", il parait que ça fait beaucoup de monde.

Commentaire n°3 posté par nadine Franjus-Adenis le 07/05/2012 à 09h30

51,70 ce n'est pas grand chose pour vous, Madame, mais pour moi, ancienne salariée et qui est vécu la victoire du Président Miterrand en 1981, ça veut dire beaucoup...Surtout la joie, d'avoir vécu, hier, le 6 Mai 2012, l'élection de son digne successeur, François Hollande. Un homme méconnu  mais d'une grande valeur. J'avais 33 ans en 1981 et jamais je ne l'oublierai, ainsi que ceux qui l'ont vécu avec moi, cette clameur qui est montée. Le Président Hollande ne sera pas le père Nôel, il sait la tache qui l'attend mais il n'est pas homme à se décourager ainsi. Dans une élection, il y a des heureux et des déçus certes, mais laissez passer quelques mois et vous serez étonnée par cette gauche qui, finalement n'est peut-être pas parfaite mais qui se montrera pleine de bonne volonté pour le peuple et l'International.

Hier, j'avais de nouveau 33 ans...

Commentaire n°4 posté par France Boillet le 07/05/2012 à 15h16

à l'attention des esprits curieux : vous pouvez vous reporter à ma chronique d'hier : l'un de nous deux et tout en bas découvrir une information que nul n'a relevé

Bonne journée

Commentaire n°5 posté par Le Taulier communiqué intéressant le 08/05/2012 à 09h49

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