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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 00:09

 

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C’est toujours le jour où tu ne t’y attends pas que tu  prends une tuile sur le coin de ta gueule enfarinée. Ainsi, alors que le Bojolo Nuovo lançait une offensive de charme en sortant dans les vignes notre pépé Coffe, j’ai chroniqué sur le sujet. Bonne pomme j’ai même cité dans son intégralité un petit billet d’humeur du correspondant du Progrès de Lyon à Villefranche. Le gars était content, il me l’a même écrit sauf que quelques heures après, un peu penaud, sur ordre de ses chefs, on m’intimait le retrait au nom de la protection de la propriété intellectuelle. Ce que je fis mais ce n’était pas fini car pour montrer la tronche de JPC j’avais glissé une vidéo You Tube qui le montrait dans son opération de promo de Leader Price. Deuxième sommation dans le même style émanant d’un manant très pincé. Moi vous me connaissez, toujours aussi léger, je réponds que c’est avec plaisir que je mets le tout à la poubelle mais que tout cela c’était normal vu que le truc sentait le ménage. Mal m’en pris en retour on sortait le gros calibre : huissier, photo du fonds d’écran, donc emmerdement. Ebahi qu’on prenne ma petite crèmerie en ligne de mire pour un tir nourri je me dis « vaut mieux un bon compromis qu’un mauvais procès... » J’appelle donc le susdit – il est alors 23 heures – nous nous expliquons entre hommes et tout rendre dans l’ordre.

 

Qu’est-ce qui c’était donc passé ? J’avais fait l’objet d’un contrôle par la patrouille qui surveille le Net pour le compte de la presse écrite. Aux abois les gars quand tu en es réduit à venir chercher des poux dans la tête à un petit gars comme moi c’est qu’il y a le feu au lac. Certes la loi c’est la loi certes mais tout de même en quoi la reproduction d’un court billet qui, si je l’avais tronçonné, aurait perdu de sa saveur, et qui à l’heure de ma publication était déjà enfoui dans la poubelle de l’Histoire, s’assimilait à un pillage, à une usurpation ? Sans me pousser du col je lui donnais un écho qui dépassait largement les frontières du canton de Villefranche. Mais non, faut payer pour lire ! Rire jaune ! La diffusion de l’info ils s’en tamponnent la coquillette, faut sauver le bateau qui coule. Protection oui mais protection de quoi ? D’un pré-carré qui rétrécit chaque jour. Courte vue, absence totale de compréhension du phénomène des blogs, érection de frontières qui confinent plus encore les détenteurs de l’info écrite dans leur petit monde, fin d’un monde, pour autant la presse écrite, tout comme le livre, ne sont pas condamnés. Encore faut-il ne pas tirer le rideau de fer, lâcher les chiens et les Vopos, mais plutôt jeter des passerelles, dialoguer, s’épauler, donner aux lecteurs du contenu, leur redonner de l’appétit, sortir d’une info aseptisée, copié-collé, incolore, inodore et sans saveur.

 

Pour autant la gratuité n’existe jamais. Il faut bien vivre, trouver des ressources, assurer la pérennité des entreprises de presse écrite, parlée, télévisée ou du Net. Pour l’heure, en dehors du secteur public qui vit de la redevance et aussi de la publicité, ces médias sont entre les mains de quelques groupes bien connus de nous. Dans le cas d’espèce c’était une banque, dites mutualiste, qui ramasse les canards boiteux, mais la question n’est pas là. Internet existe, lui appliquer les recettes du passé relève de notre esprit ligne Maginot. L’important dans l’affaire n’est pas de se payer de mots mais d’être sur le théâtre des opérations pour comprendre, agir plutôt que réagir. Bref, je vous propose donc ce matin de lire un extrait de l’Introduction : Internet une révolution démocratique de Dominique Cardon paru au Seuil.

 

« Internet n’est pas un média comme les autres. Beaucoup voudraient l’inscrire dans une chronologie qui commencerait avec la presse et se poursuivrait avec la radio et la télévision. Internet serait en quelque sorte l’aboutissement naturel de l’évolution des médias de masse, puisqu’il parvient à associer le texte, le son et l’image dans le format numérique du multimédia. Mais cette conception, qui fait s’enchaîner les grands supports d’information, est trop simple. Elle transpose paresseusement vers Internet des modèles qui sont forgés dans le monde des médias traditionnels : une pratique du contrôle éditorial, une économie de la rareté, une conception passive du public. Il suffirait de dompter ce jeune média rebelle pour que se perpétuent les modèles économique, culturel et politique qui se sont établis tout au long du XXe siècle. »

 

« Le web ne se laisse pas apprivoiser facilement. Il pose des défis redoutables aux producteurs d’informations, aux détenteurs de la propriété intellectuelle, aux politiques de communication des entreprises, des institutions et des partis. » Le vieux modèle séparant l’espace de sociabilité (les échanges interpersonnels) et l’espace public voit ses frontières devenir poreuses. Autrefois « entre les deux, des « gardiens », les bien-nommés gate-keepers, éditeurs ou journalistes, se sont chargés de surveiller la frontière. C’est sur cette séparation que se sont édifiées les principales oppositions qui structurent l’espace public : la conversation et l’information, les individus et les citoyens, le privé et le public, le marché et la politique, etc. Ce découpage, renforcé tout au long du XXe siècle, est au fondement d’une économie de la représentation qui place d’un côté l’espace des interactions entre les individus, de l’autre les univers de plus en plus professionnalisés et clos sur eux-mêmes de la politique, de l’information et des industries culturelles. »

 

Brouillage, effacement de la ligne de démarcation, « Internet élargit l’espace public. Il ouvre grand les portes d’un univers qui s’était enfermé dans un dialogue entre des journalistes encartés et des professionnels de la politique. »

 

Danger crient les initiés « agressivité des débats, fausseté des informations, diffusion de rumeurs, rétrécissement de l’espace privé, pillage des œuvres protégées, exhibition narcissique... »

 

Chance proclament les révolutionnaires du Net ce serait 3la disparition de l’espace public et la prise du pouvoir des internautes »

 

On se calme ! « Il est cependant hasardeux de tenir des positions aussi tranchées, dans la mesure où Internet instaure moins une compétition entre professionnels et amateurs qu’un système d’interdépendances agissant sur les uns et les autres. »

 

Comme l’écrit Dominique Cardon dans son petit livre rouge « La démocratie Internet » promesses et limites au Seuil La République des idées « Internet pousse les murs tout en enlevant le plancher. Il ôte d’abord le privilège d’accès à la publication dont bénéficiaient naguère les professionnels. L’apparition des amateurs sur la scène publique étend considérablement le périmètre du débat démocratique. La parole publique ne reste plus sans réponse, dans une posture d’autorité imposant à son public silence et déférence. Elle peut désormais être commentée, critiquée, raillée, transformée par un grand nombre de personnes autrefois inaptes ou ignorantes. Mais Internet aspire aussi dans l’espace public les expressions personnelles des internautes. Le web s’empare de conversations qui n’étaient pas reconnues comme « publiques », en profitant des nouvelles pratiques d’exposition de soi des individus. »

 

Sur son blog Hervé Lalau, un peu excédé par cette profusion, cette agitation, cette obsession du flux, à juste titre craignait un raz-de-marée du moins disant. Ce n’est pas une crainte injustifiée car l’autoédition ouvre la porte au déferlement du n’importe quoi et au triomphe du plus petit commun dénominateur. L’histoire de la bande-FM libérée en 1981 en est un bon exemple : les grands gagnants de celle-ci furent les diffuseurs en boucle de musique-soupe : NRJ tout particulièrement. Cependant le contre-exemple c’est la chaîne de TV ARTE née sous les lazzis au temps de Jack Lang qui, sur une ligne éditoriale de qualité, a su s’imposer dans le paysage des généralistes. L’intérêt du Net c’est que nos diffuseurs vivent sur un modèle économique qui, pour l’heure, ne nous impose aucune ligne éditoriale. Alors à nous de faire en sorte de mettre dans les tuyaux des contenus de qualité qui petit à petit gagneront une audience fidèle pratiquant le bouche à oreille. Moi qui fais parti de la génération des baby-boomers, je considère le blog comme mon devoir de transmission. Je l’assume au jour le jour, sans souci de reconnaissance mais pour le plaisir de créer ou de recréer des liens sans le souci des gate-keepers chargés de surveiller la frontière de l’info d’origine contrôlée. Reste aux journalistes professionnels à retrouver dans leur rédaction le sens profond de leur métier et notre vie en commun fera progresser le débat démocratique...

 

Si ça vous dis en cliquant sur ce lien vous pouvez avoir accès à une chronique qui se mettra en ligne à 9 heures sur mon blog sans message d'annonce http://www.berthomeau.com/article-arthur-martin-aime-jospin-les-tribulations-d-un-specialiste-de-la-bernache-h5n1-et-d-une-militante-de-la-lutte-des-corps-64088182.html

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Bourgogne Live 04/01/2011 09:37



Interrogation matinale :-)


Je ne comprends pas bien pourquoi la vidéo Youtube de JPC pouvait poser problème puisqu'elle est mise en partage pour être diffusée partout sur le net?



JACQUES BERTHOMEAU 04/01/2011 09:42



Exact mais le monsieur à qui j'ai tenté de l'expliquer ne voulait rien comprendre j'ai préféré le laisser à ses certitudes et retirer la vidéo... Le mot partage il ne connaissait pas : c'était
son bien personnel...



Luc Charlier 04/01/2011 09:18



Très court (Yes, I can).


Au-delà du problème de l’élargissement du débat démocratique, que tu as raison de poser, se profile la question de la « propriété
intellectuelle ». Le Proudhon du net dirait-il qu’elle est le « vol intellectuel » ?



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