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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 00:00

« Je le dis une fois pour toutes : j’aime la France avec la même passion, exigeante et compliquée, que Jules Michelet. Sans distinguer entre ses vertus et ses défauts, entre ce que je préfère et ce que j’accepte moins facilement.

Se purger de ses passions

« Mais cette passion n’interviendra guère dans les pages de cet ouvrage. Je la tiendrai soigneusement à l’écart. Il se peut qu’elle ruse avec moi, qu’elle me surprenne, aussi bien la surveillerai-je de près. Et je signalerai chemin faisant mes faiblesses éventuelles. Car je tiens à parler de la France comme s’il s’agissait d’un autre pays, d’une autre patrie, d’une autre nation. « Regarder la France, disait Charles Péguy, comme si on n’en était pas. » D’ailleurs, en évoluant, le métier d’historien nous condamne de plus en plus à la sécheresse, à l’exclusion du cœur. »

La longue durée impose ses services

« Il est évident qu’une nation en train de se faire, ou de se défaire, n’est pas un personnage simple, « une personne » comme disait poétiquement Michelet. Elle est une multitude de réalités, d’êtres vivants sue saisit mal le fil d’une histoire chronologique à la petite journée, à la petite semaine, à la petite année. Se cantonner dans le temps bref, c’est le défaut mignon de l’histoire-récit, de ce « feuilleton de l’histoire de France », comme dit Jacques Bloch-Morhange, que nous avons appris par cœur, enfants, et non sans émoi, dans les pages inoubliables du Malet-Isaac. Mais pour qui n’est plus un enfant, c’est une autre forme d’histoire, inscrite dans de plus longues durées qui permet de dégager les invraisemblables accumulations, les amalgames et les surprenantes répétitions du temps vécu, les responsabilités énormes d’une histoire multiséculaire, masse fantastique qui porte en elle-même un héritage toujours vivant, le plus souvent inconscient, et que l’histoire profonde découvre, à la façon dont la psychanalyse, hier, a révélé les flux de l’inconscient. »

L’hexagone, l’Europe, le Monde

« De même  l’espace français actuel, l’ « hexagone », n’est pas la seule mesure à laquelle il faille se référer : au-dessous d’elle il y a les infra-mesures : régions, provinces, « pays » qui ont longtemps gardé, gardent encore une autonomie certaine ; au-dessus d’elle, il y a l’Europe, et au-dessus de l’Europe, le monde. Marc Bloch affirmait : « Il n’y a pas d’histoire de France, il y a une histoire de l’Europe » ; mais reprenant un autre de ses propos : « La seule véritable histoire est l’histoire universelle », on pourrait ajouter : « Il n’y a pas d’histoire de l’Europe, il y a une histoire du monde ! ». « Je ne conçois l’hexagone, écrivait Paul Morand, qu’inscrit dans la sphère. »

En fait, l’Europe, le monde sont parties prenantes dans notre passé : ils nous bousculent, à l’occasion ils nous broient. Mais, à leur endroit, sommes-nous, nous-mêmes innocents ? Les mots d’Edgar Quinet, « une grande gloire pour les peuples modernes est d’avoir conçu l’histoire universelle », ont eu le temps, depuis qu’il les écrivit en 1827, de se charger de bien des ambiguïtés. Mais qu’il soit entendu que, pour aucune nation, le dialogue obligatoire et de plus en plus pesant avec le monde n’entraine une expropriation, un effacement de sa propre histoire. Il y a mélange, non pas fusion. « Le changement le plus radical survenu en France, écrit T.Zeldin, [est-ce] la perte pour les Français du contrôle de leur destin ? » Assurément non. Cette ambiguïté d’une histoire de France confondue, pour une partie de sa surface et de son volume, avec les destins du monde et de l’Europe, m’a, à l’avance, beaucoup gêné dans mes projets. Inutilement pourtant. Car je me suis aperçu, chemin faisant, qu’une histoire de France est, en soi, un admirable sondage, une mise au clair, au-delà de ses aventures propres, de la marche de l’Europe et du monde. »

 

Fernand Braudel dans son Introduction à « L’identité de la France » 3 volumes chez Arthaud 1986

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

morant 20/03/2010 09:49


Cher Jacques

Merci pour ce morceau choisi de qualité en ces temps ou l'on a besoin plus que jamais d'ouverture et de tolérance.
Braudel est bien sur au dessus de tout soupçon, mais je n'aime pas le terme normatif (pour ne pas dire plus) d'identité nationale.
Pour moi, la France est grande quand elle se hisse à la hauteur des valeurs universelles du génie français qu'ont ensemencé nos philosophes des lumières et qu'il nous appartient de faire vivre et
d'actualiser.
Moi qui fait partie des eurobéats cocus d'une Europe ballotée sur les flots turbulents de la mondialisation, je ne resiste pas à te mettre d'un extrait très actuel du discours de Ph Seguin à
l'assemblée à l'occasion du référendum sur le traité de Maastrich (je n'étais pas de ses supporters à l'époque mais j'ai redécouvert la rigueur, la puissance de sa pensée et son aspect
visionnaire).
 

"On parle de l'identité lorsque l'âme est déjà en péril, lorsque
l'expérience a déjà fait place à l'angoisse. On en parle lorsque les repères sont déjà perdus ! La quête identitaire n'est pas une affirmation de soi. C'est le réflexe défensif de ceux qui
sentent qu'ils ont déjà trop cédé. En ne nous laissant que l'identité, on ne nous concède donc pas grand-chose, en attendant de ne plus rien nous concéder du tout !".

Amitiés.



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