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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 00:05

 

Thierry Tahon, professeur de philosophie avoue n’avoir rencontré le vin qu’à l’âge de vingt-sept ans grâce à un ami de la famille qui avait apporté un vin de la Rioja pour un déjeuner familial. Alors il a « compris enfin qu’un autre monde et qu’une autre vie étaient possibles. ». Ce fut donc pour lui « une sorte de révélation absolument imprévisible et un tournant » quant à son orientation philosophique : « mon corps engourdi par tant de lectures qui le fustigeaient, réclamaient à présent des sensations ; mon esprit, presque entièrement dominé par la raison, se laissait enfin séduire par les agaceries de l’imagination et acceptait ses avances. » Découverte donc « symbole d’une renaissance » d’une résurrection » qui symbolise dans son histoire personnelle écrit Tahon, « le début d’une sorte de printemps philosophique »

 

Et avec un peu d’ironie je dirais : ça fait un livre « Petite Philosophie de l’amateur de vin » chez Milan. L’avantage avec les professeurs de philosophie c’est qu’ils raisonnent, habillent de hauts mots, de phrases mûrement réfléchies leurs sensations, convoquent Descartes, Platon, Socrate, Schopenhauer, Nietzche tout en se référant au Guide Hachette, ce qui ne les mets pas à l’abri de brasser des lieux communs.  J’ai donc lu ce cher Tahon, qui reste toujours un peu prof avec sa toute nouvelle foi d’abstinent touché par une révélation tardive sur un chemin de Damas situé du côté du Pays Basque. Avec lui, le nouvel amateur, philosophons donc en buvant et comme vous connaissez mon goût pour notre icône de la philosophie populaire, afin de ma racheter, expier mes fautes anciennes, je propose à votre lecture un extrait du chapitre « Se libérer par le vin »

 

« Michel Onfray rappelle qu’il n’a pas forgé ce mot, né de la fusion de deux autres : ivresse et ébriété. Il l’a simplement dépoussiéré et exhumé du dictionnaire le Littré. « L’heureuse ivreté » est, on s’en doute, un état intermédiaire assez fugitif, coincé entre deux autres états un peu plus stables : la sobriété et l’ivresse. La sobriété est, en principe, notre quotidien ; mais son austérité nous fatigue et restreint nos possibilités. Un tel état se caractérise par un règne à peu près sans partage de la raison : notre existence est alors contenue dans des limites étroites et les autres facultés de l’âme sont neutralisées, ou presque. L’autre état est plus catastrophique encore : ce n’est pas la raison que l’ivrogne veut combattre, une raison qu’il aurait jugée tyrannique, mais sa propre humanité qu’il essaie d’annuler en tombant aussi bas. L’auteur de La Sculpture de soi, et « apôtre » de l’hédonisme, ne pouvait donc qu’entrer en guerre contre ces deux états, ennemis déclarés du plaisir et de la beauté. Ce qui l’attire dans l’ivreté est la possibilité de se libérer dans la dignité. L’ivreté nous affranchit de la raison et de la morale sans pour autant nous dépouiller de notre humanité. La quête du plaisir est ainsi rendue compatible avec le souci de soi esthétique. L’ivreté va nous conduire vers la griserie. Cet état est fragile parce qu’instable ; s’il s’atteint facilement, il est plus difficile, en revanche, de s’y maintenir, car la griserie s’évanouit vite si les verres commencent à s’espacer. En outre, elle est juste au bord du précipice de l’ivresse : l’abîme menace celui qui ne sait pas s’arrêter quand il faut et jouer avec le temps. C’est en ce sens que « boire est un art », une technique finalement. Or toute technique est un savoir-faire, c’est-à-dire l’application de connaissances, la rencontre de la théorie et de la pratique. Celui qui sait boire a compris, sans doute de façon empirique, mais pas seulement, que l’alcool pouvait l’aider à se libérer tout comme il pouvaiot devenir son maître. Il faut donc être prudent avec lui. Buvons, car l’ascétisme ne saurait être la solution, mais buvons pour de bonnes raisons, le plaisir, la libération donc, et troquons nos valeurs, esthétiques, celles-là. Gardons néanmoins, dans un coin de notre mémoire, qu’un rien, qu’un léger faux pas suffit pour la perte irrévocable de notre dignité ; car le buveur hédoniste se tient au bord du gouffre ; il est même cerné par deux gouffres : l’un est moral, l’autre est inhumain. Il s’agit donc de trouver un point d’équilibre, une arête étroite, et de s’y maintenir le temps que dure la fête. Cela peut sembler facile, mais cet art de l’entre-deux est cependant subtil car la griserie est un état fragile, précaire, c’est à peine un « état » car le mot fait référence à une certaine stabilité qui ne convient pas pour désigner quelque chose de transitoire et d’évanescent. Quelles sont, maintenant les promesses de l’ivreté ? Écoutons Michel Onfray : « [...] libération de l’esprit, dépassement des bornes ou limites qui le contiennent et l’asservissent par les opérations de l’entendement, le travail du jugement, les rigueurs de la logique et du raisonnement, les affres de l’analyse. Le vin est cathartique ».

 

J’avoue que ça pète vraiment bien plus haut que du Berthomeau...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Luc Charlier 02/11/2010 08:59



Michel, ne fais pas le faux-naïf !


Tu sais que l’infâme Onfray – je l’ai beaucoup lu – a récemment publié un gros pamphlet contre Sigmund Freud et sa pensée.


Et ce même Sigmund a « coined » (en anglais), établi, dirais-je en français, la notion de catharsis, purification.


Il la reprenait ... d’Aristote.


Entretemps, et vous, les Français, qui avez formé une nation connue comme « la meilleure fille de l’Eglise », le savez mieux
que quiconque, on a eu Thomas d’Aquin. Et actuellement, grâce aux imams, un peu d’Averroès !


Voilà la filiation.


En abrégé, on doit donc distinguer : les cat-hares, les cat-amarans et les cat-hos de gauche.



Michel Smith 02/11/2010 07:53



Juste pour info, puisque je suis inculte, voilà ce que dit mon cher Larousse : Se dit d'un
purgatif dont l'action est intermédiaire entre celle des laxatifs et celle des drastiques, et qui a également souvent un effet émétisant.


Rien à voir donc avec les Cathares. Je peux continuer à boire mon vin
en paix !



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