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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 00:09

L’élégance est imperceptible, intangible. La vraie, loin de n’être qu’un signe extérieur, exprime souvent une façon d’être, une forme discrète d’alliance de beauté physique et morale. Ma mère couturière avait coutume de dire, face à un beau modèle, bien porté : quelle allure ! François Baudot, dans son livre L’allure des Hommes, écrit « Mélange de magnétisme et de mouvement, l’allure ne tient ni aux moyens des individualités qui l’expriment, ni au milieu dont celles-ci sont issues. » Le vêtement porte en lui des signes qui ne trompent pas. Seconde peau, « à peine moins sensible, moins éruptive, moins vulnérable que la nudité, son enveloppe en dit souvent plus long. »  

 

Dans leurs commentaires les dégustateurs patentés placent l’élégance d’un vin au faîte, comme étant la signature d’un certain style. Sans vouloir me placer dans leur catégorie, ce dont je suis indigne, je me permets toutefois de faire remarquer que trop souvent j’y sens une forme de facilité, une manière de dire ou d’écrire qui laisserait sous-entendre qu’il puisse exister des degrés dans l’élégance. S’il existe différentes formes d’élégance : policée, humble, rebelle, superbe, simple, excentrique... l’allure est toujours un mouvement vers l’avant, vers le haut. Non, non, je ne coupe pas les cheveux en quatre mais j'affirme que l’élégance, quelle soit, celle de David Bowie l’excentrique, de Lauren Bacall la mal fagotée, de Steve Mac Queen le décontracté, de Grace de Monaco la parfaite, d’Yves Saint-Laurent le dandy ou de Malraux sanglé dans son uniforme de militaire, ne peut se réduire à une forme de grille où comme dans les produits, il y aurait des premium, des super-prémiums et des icônes. On est élégant ou on ne l’est pas.  L1010172.JPG

Vendredi soir dernier, pédestrement, je me suis rendu aux Caves Legrand, à l’invitation de Philippe-Alexandre BERNATCHEZ président de Sciences Po Millésimes. Ce club a été fondé en 2001, par deux Anciens qui souhaitaient doter l'Association des Anciens de Sciences Po d'un club œnophile semblable à celui des élèves.Il se réunit environ une fois par mois, généralement aux Caves Legrand, dans le but de faire découvrir aux adhérents des vins français (et parfois étrangers...) et surtout de leur permettre de rencontrer les personnalités qui se cachent derrière des noms de domaines (plus ou moins) connus. L’invitée de la dégustation de vendredi était Véronique Sanders qui dirige, depuis 2000, le Château Haut-Bailly que son grand-père, Jean Sanders, a vendu à Robert G. Wilmers le 30 juillet 1998. « Situé aux portes de Bordeaux, sur une magnifique croupe de Pessac-Léognan, le Château Haut-Bailly www.chateau-haut-bailly.com, Cru Classé de Graves, domine depuis plus de quatre siècles un vignoble d’un seul tenant de 30 hectares uniquement consacré aux cépages rouges. » Organisation parfaite, beau lieu dédié à la dégustation, ambiance studieuse et sympathique d’un club de connaisseurs qui ne viennent pas étaler leur science du vin mais découvrir.  J’ai bien aimé et je n’ai pas vu le temps passer.

portrait-Sanders.jpg                                                    Photo Jean-Bernard Nadeau©

Véronique Sanders a été pour beaucoup dans ce je ne sais quoi qui fait que j’ai eu l’impression de vivre un moment rare. Cette dame, sans emphase, avec une passion contenue, un sens de la précision, une approche de la vigne qui est mienne : respect de la nature, viticulture de précision : le point Hermès dixit Denis Dubourdieu l’un des conseils du château, la main de l’homme la moins interventionniste possible, des questions, le temps de la réflexion, ne pas céder à la précipitation, un travail d’équipe mi-féminin mi-masculin, écouter pour anticiper le mieux possible. Bien plus que des mots, nous sommes loin des fameux éléments de langage, Véronique Sanders exprime au sens profond une vraie philosophie de la manière de faire de Haut-Bailly : celle de l’intemporalité qui, sur les traces de l’histoire de la propriété, s’inscrit dans les avancées du temps présent sans pour autant céder aux emballements de la mode. Avant de disserter sur les vins rappeler qu’au commencement il y a la vigne qui, comme l’écrit Didier Ters dans son livre sur la Louvière autre beau château de Pessac-Léognan, s’inscrit, plonge ses racines dans un terre qui va devenir son terroir car c’est « une contradiction, puisque le sol est riche d’être pauvre ». Qui d’autre que cet encépagement composé de cabernet sauvignon (64%), de merlot (30%) de cabernet franc (6%) et d'un peu de petit Verdot pourrait sous la lumière et le soleil accoucher de telles merveilles ? Rien d’autre ne fructifierait sur ce sol de sables, de graves et d'un sous-sol de faluns composés de pierres fossiles qui se sont structurés en une véritable mosaïque de micro-terroirs, parfaitement drainés. Comme ce vignoble se caractérise également par d’exceptionnelles vignes centenaires sur un quart de sa superficie, on est en droit de penser que la philosophie dont Véronique Sanders se veut l’héritière puise ses racines au droit, au plus profond.

 

« La vigne est le plus précieux de tous les arbrisseaux ; c’est elle qui produit le raisin, dont nous faisons le vin, par le secours de l’art. » écrivait Élisabeth Gervais dans son petit Opuscule sur la vinification à Montpellier en 1820. Les vins de Haut-Bailly représentent l’archétype du style des vins de Graves, avec des tannins voluptueux et soyeux, un fruit sensuel et raffiné. Vin de Graves vous avez dit vin de Graves mais que diable nous sommes dans l’appellation Pessac-Léognan, si jeune (décret du 23 septembre 1987) mais comme l’écrit Didier Ters « attendue, si l’on peut dire, depuis...1904 » date à laquelle le Syndicat des Graves de Bordeaux fut créé, par l’entremise de propriétaires installés sur 10 communes du sud de l’agglomération bordelaise. Ce sont ces dix communes qui constituent aujourd’hui l’unique berceau de l’appellation Pessac-Léognan. À tous ceux qui cherchent à transcrire le lien au terroir dans le bronze d’un texte je conseille de venir faire des gammes à Haut-Bailly où celui-ci livre des vins spontanément élégants et racés, harmonieux, peu acides et extraordinairement souples malgré la forte proportion de cabernet. Pas sûr qu’ensuite ils trouvent les mots pour l’écrire mais ils auront pu ainsi mieux comprendre l’alchimie qui permet d’inscrire un vin dans une histoire, celle des hommes et de leur territoire.

 

Je pourrais continuer d’écrire sur ce thème mais comme j’ai qualifié les vins de Haut-Bailly de spontanément élégants je me dois, non d’en apporter la preuve, mais du moins de m’en expliquer. Exercice à la fois d’une grande simplicité : les millésimes 2007 du premier vin et de La Parde le second vin, 2004 seul, 2002 et 2003 en confrontation, et 1999 pour finir ont confirmé que Haut-Bailly c’est un bien un style où se marient finesse et concentration sans les excès de l’extraction, une belle complexité aromatique et une douceur des tanins qui m’enchante. Au sortir de la dégustation j’avais une belle bouche ; mais aussi exercice au terme duquel il pourrait m’être reproché de m’ériger en juge des élégances et que je n’en n’ai ni le statut, ni bien sûr les compétences. J’en conviens aisément mais je suis tout prêt, pour une fois, à relever le gant sur le terrain de l’appréciation de l’élégance. En effet, j’ose affirmer sans honte que c’est un domaine où je me sens très à l’aise. Paradoxe pour quelqu’un dont les mots sont parfois un peu verts, parfois gros, mais l’élégance, même si parfois elle est sobre, ne s’accommode jamais de l’incolore, de l’inodore et du sans saveur.

 

Même si c’est péché d’orgueil de ma part, mon intuition me trompe rarement et, après avoir entendu Véronique Sanders parler de son Haut-Bailly avec passion, sincérité, véracité, simplicité tout en dégustant ses vins, j’ai senti, palpé, une harmonie entre eux et ses paroles. Aucun décalage entre le dire et le faire, rien que la recherche, non de la perfection ou d’une quelconque grandeur un peu vaine, de l’origine, de l’authenticité chaque année modelée par la nature, le climat, les soins à la vigne et au chai. De la belle ouvrage, du cousu main, ce qu’en effet la main de l’homme sait faire de mieux soit tout le contraire de la reproductibilité mécanique, froide, déshumanisée des produits qui meublent notre quotidien. Dans le petit monde du vin, il est de bon ton de brocarder, disons pour faire simple, les châtelains du vin de Bordeaux. Une telle globalisation est stupide et imbécile, du même tonneau que les jeunes, les noirs ou les chasseurs... Sur les deux rives de la Gironde je rencontre aussi des gens passionnés, sincères, amoureux de leur métier et, sans verser dans un féminisme hors de saison, je trouve que les femmes du vin, à Bordeaux comme ailleurs, font bouger les lignes. Il n’existe aucun vin de femme ou de vin pour femme mais des femmes du vin.

 

Dernier point, j’ai beaucoup aimé le Haut-Bailly 2002, le chouchou de Véronique Sanders, sous-coté parce venant à la suite de deux millésimes qualifiés d’exceptionnels, car il marque pour moi le début d’une nouvelle tranche de vie pour le château Haut-Bailly. Il est plein de promesses !

photohautbailly.jpg

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Luc Charlier 17/05/2011 18:14



@ Pierre Masson : Un certain financier et homme politique en perte de vitesse probable animait dimanche soir également sa
verticale pour le ... cercle restreint d’une amatrice (?) en mal de sensations. C’est la presse internationale qui a fourni les commentaires. Je ne sais si l’ordre de tirer fut aléatoire et si
tout s’est passé à l’aveugle, mais il a bien fallu sortir les menottes, les quenottes, les griffottes, si on en croit Monsieur de Source Sûre.


Il me semble que cela pourrait changer les suffrages !



Masson Pierre 17/05/2011 14:47



Hier soir j'animais et commentais auprès d'amateurs une verticale du chateau Peyrat-Fourthon (Ht-Médoc), millésime 2002 à 2006. Et bien, dégusté à l'aveugle et donc dans un ordre aléatoire, ce
fut le 2002 qui remporta les suffrages. Comme quoi ...



sylvie cadio 16/05/2011 19:18



A quand un réedition du "dictionnaire de la bêtise", mis à jour, bien comme il faut? Un "dictionnaire de la connerie ordinaire" serait même le bienvenu


 


NB : je ne capte pas France 2, et les journaux télévisés franchement ça m'emmerde, quand bien même ils pourraient être de Mirbeau : aux journaux je préfère les Jardins, a fortiori s'ils sont des
Suplices (un P ou 2 P? allez mettons en trois suppplices : plus on est de fous...)



Michel SMITH 16/05/2011 19:02



« Il s’agit forcément d’un événement majeur aux conséquences encore
incertaines, ce qui implique la plus grande prudence. » ... dixit Laurent Delahousse hier soir dans "Le Journal d'une Femme de chambre" sur F 2.



sylvie cadio 16/05/2011 18:55



Ce blog commence singulièrement à ressembler à un "tchat" pour vieux cons post-pubères. (Je me range évidemment dans cette catégorie).


Pauvre Jacques Berthomeau : de sérieux, ce blog dérape.


 


Il n'est plus ce qu'il fut...  (je parle du blog, pas de Jacques Berthomeau, que je ne connais d'ailleurs pas)



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