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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 00:09

Dans ma dernière provende de livres à la Hune j’ai mis la main sur l’un de ces petits livres qui font souvent mon bonheur. Il avait tout pour me plaire, Le grain de ses feuillets, sa couverture rouge sang qui lui donnait des airs du Kill Bill de Tarantino – bonne pioche – sa langue médiévale étonnante que je découvre au hasard de mon feuilletage et puis ça se passe à Chaumont Haute-Marne (écrit pour répondre à l’invitation de Fanette Mellier, graphiste à l’initiative du projet Chaumont : fictions [des livres bizarres]) je ne pouvais que le déposer dans ma gibecière.


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Lu d’une seule traite, texte étrange, surprenant, d’une efficacité redoutable, bien plus qu’une petite curiosité  « Bastard Battle » est « jouissif, truculent et grand guignolesque à souhait, qui ne laisse aucun répit au lecteur et n’oublie même pas d’être drôle. Ciselé avec passion et précision, à la manière d’une miniature médiévale. Un livre vivant, qui le reste longtemps après la dernière page tournée… » écrivait Nolive lors de la première parution de ce livre en août 2008.


« L'atmosphère est à première vue médiévale - en 1437, les remparts de la bonne ville de Chaumont cèdent sous les assauts d'une bande d'écorcheurs, menés par le renégat Bastard de Bourbon -, mais le tissu de mots que déploie Céline Minard, érudite autant que fantasque, pour développer cette geste n'emprunte pas qu'au moyen français du XVe siècle. Sa langue, tout comme son répertoire de motifs, puise à de nombreuses sources géographiques et esthétiques : Villon, la Chine et le Japon anciens, le cinéma (Kurosawa et ses Sept Samouraïs, mais aussi Tarantino...), le manga, l'heroic fantasy, semble-t-il aussi... Bastard Battle n'apparaît pourtant jamais comme une compilation de références, mais plutôt comme un exercice de style virtuose, singulièrement violent et enivrant. »


Je souscris absolument à ce qu’écrivait Nolive « Ce qui fait de Bastard Battle une réussite plutôt qu’un assemblage artificiel d’éléments disparates, c’est la langue. Empruntant vocabulaire, orthographe et syntaxe au moyen français, elle recrée un parler médiéval émaillé de touches d’anglais, d’espagnol, d’allemand [la majorité des personnages sont des mercenaires venant de tous horizons], un faux vieux français qui sonne juste et étaie la construction d’un imaginaire universel. Fortement évocatrice et curieusement poétique, truculente à souhait, la langue est finalement le personnage principal de Bastard Battle, déstabilisante au premier abord mais - pour peu qu’on se laisse porter - tout à fait compréhensible, notamment grâce au parti pris très visuel de la narration.


Le narrateur, qui vit l’histoire aux premières loges Denysot-le-clerc, dit le Hachis et Spencer Five est l’archétype même du « religieux défroqué, expert au maniement du bâton et porté sur le cruchon. »


Pour faire goûter cette langue étrange j’ai bien sûr choisi les passages célébrant le vin :


« Moi, loges Denysot-le-clerc, dit le Hachis et Spencer Five, ramassé deux mois devant le clos des Riceys, non point saoûl et nu comme on l’a dit mais vaillant sur la vigne et bien armé du baston, en défense, épargné… »


Denysot-le-clerc, dit le Hachis, aussi Spencer Five comme illustrateur et copiste. Mais je n’ay maistre mon sieur, je vais où le vin me pousse… »


«  - Bon, il reprend. Mon bastard lève le camp demain pour le sud. Mais moi, je n’ay guère envie de quitter ce pays, la volaille est trop à point. Époisses et Langres et vin, je m’adopte. Qu’en penses-tu mon amy ? »


« C’est ainsi que ce mois de juin mil quatre cent trente-sept, devant un platz de chapon et chaudins fricts arroulsés de vin noir, Tartas scella de demeurer en pays bourguignon pour le bien de son ventre… »


« Jean de Vergy sz courrouça de l’insolence et renversant tout son vin sur la table, dit que les femmes de cette engeance, à l’image de la félonne et adultère et parjurée Isabeau de Flandres espouse déshonneste du duc, étaient toutes plus ou moins rouées et viles bagasses… »


« … Je portai un muid de Gevrey dont je fis sauter le couvercle et les vapeurs espicées me plongèrent dans un charmement délicieux, il me fallut tenir de sauter dans le vin… »


« Enguerrand et le sabreur, tous deux accroupis en tailleur dans un coin de la salle, buvaient en se tendant tour à tour le gobeau, sans parler… »


« Lors puisant une fois encore dans le muid de Gevrey, haut les gobeaux, entrechoqués, nous portâmes la plus belle bride de la soirée, à nous aultres nous-mesmes… »


« Ainsi fut-il, et ainsi en nos murs, aux aguets, aux manœuvres, passa le mois de septembre mil quatre cent trente sept et la saison de vendanger.


Les raisins du coteau des Poutils, moy et Pierrot Fagotin et mes aultres gens de bonne boyte, nous les avions ramassés pour presser et faire ce que nous disions le premier cru de coste-grillée, eu égard à la poterne grillagée qui nous donnait accès aux vignes. »


« Et moy, tastant le vin derechef, je respondais :


-         Ne says-tu pas que ja deux fois dans le mesme fleuve on ne se trempe ? De ce que tu possèdes, qu’en as-tu sinon au mieux l’usucfruit ? Que crois-tu emporter l’heure dite et venue ? masure et tonneaux ? (…)


Sur quoi mes gens de vigne s’écriaient :


-         Hola ! ressers-nous Pierre Fagotin, ce fleuve non plus ne nous trempe ja deux fois pareillement ! Voyons s’il ragouste et comment, sur le fruict ou sur l’espice ?


« Ce matin-là, le ciel plut sur la vigne qui plut sur la terre. Et moy avec eulx. »


« En transformant spadassins et honnêtes bourgeois chaumontais, en communards passés maîtres ès boxe chinoise, Céline Minard nous offre un fabliau joliment libertaire, irrévérencieux en diable, aussi frais et dépoussiérant qu’il est stimulant et intelligent. Politique, sans doute, punk ou presque, joyeusement paillard et anar, Bastard Battle » est un livre à lire absolument !


1440, exécution du bâtard de Bourbon


« La famille de Bourbon est féconde en bâtards. Ainsi, le duc Jean 1er (1410-1434) n'a guère eu de scrupule à trahir son épouse, Marie de Berry, duchesse d'Auvergne. Hors le lit conjugal, il donne naissance à quatre bâtards au moins.


Une descendance reconnue et assumée mais à la destinée diverse. Jean de Bourbon devint évêque du Puy, puis archevêque de Lyon et enfin lieutenant général du Bourbonnais, parcours de prince. Quand son frère cadet, Alexandre, compagnon de Jeanne d'Arc, est porté à la tête de la compagnie des « Écorcheurs » puis soulève les plus puissants seigneurs contre Charles VII avant d'être jugé et condamné à une mort infamante : il est « rué et iétte dans un sac dedans la rivière (l'Aube), tant qu'il fut noyé et que mort fut accomplie et ainsi faicte… » La sentence est exécutée le 31 décembre 1440 à Bar-sur-Aube. Le sac de cuir dans lequel il est cousu porte la mention « Laissez passez la justice », précise Gilbert Béthune (lire par ailleurs) » link

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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