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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 09:23

220px-Foire_de_Champagne.jpgFaire la foire est plutôt de mon âge mais aller à la foire est de nos jours d’un autre âge même si on rebaptise certaines avec des mots chics comme salon ou grand machin chose ou Vinexpo, après tout le foirail : le lieu où se tient une foire, est un espace réservé pour que se rencontrent des vendeurs et des acheteurs. Avant l’irruption du cheval vapeur, au Moyen-Âge, le commerce international provenait des grands ports du Nord et de la Méditerranée. Ceux-ci irriguaient le continent européen tout entier et les commerçants devinrent de véritables hommes d’affaires qui se donnaient rendez-vous dans les foires qui furent l’âme du commerce médiéval. « Londres, Reims (illustration XIIe siècle) ci-dessus), Troyes, Cologne, Leipzig, Genève... Les foires duraient chacune six ou sept semaines selon un calendrier fixé afin que les foires puissent s'enchaîner chacune par rapport aux autres... » Aussi petite conne que je fus permettez-moi de rappeler qu’afin de ne pas se faire détrousser par des bandits de grands chemins, les marchands au lieu de transporter une grande quantité d’argent inventèrent la lettre de change, donc le crédit, détournant ainsi l’interdit de l’Eglise interdisant le prêt à intérêt. La bourgeoisie marchande et financière commençait de pousser les seigneurs dans le cul de basse fosse de l’Histoire.

 

Tout ça pour vous dire : à quoi ça rime d’organiser deux fois par an dans les affreux bubons qui bordent les entrées de nos villes et de nos villages, qui les défigurent et les souillent, des foires aux vins ? Nos grands épiciers y sont là toute l’année et du vin ils en vendent toute l’année, alors pourquoi diable tout ce ramdam ? Écouler les invendus en caisse bois de millésimes modestes d’étiquettes qui se disent prestigieuses ? Profiter de sa puissance commerciale pour faire pression sur ses fournisseurs afin de tirer les prix au plus bas pour le plus grand bénéfice d’amateurs en manque de bonnes affaires ? Présenter, à l’occasion de l’évènement de belles découvertes que l’on a déniché avec du nez ? Faire du bruit, attirer le chaland, travailler à l’extension du domaine du vin, éduquer les petits nouveaux et les petites nouvelles, que sais-je ? Faire du commerce quoi, bouffer un peu de la part de marché de l’enseigne d’en face, se faire de la notoriété à bon compte ? Pourquoi pas, et ce n’est pas moi qui vais cracher sur le commerce mais quand je vois que maintenant tout le monde s’y met, y compris le caviste du coin, j’avoue ne plus très bien comprendre. Merci de m’expliquer à quoi ça rime tout ça.

 

Moi je me mets dans la peau d’un acheteur lambda de vin et je me dis : ces gars-là, et quelques filles, y ne font pas leur boulot tout au long de l’année et je suis vénère et je n’achète qu’à ce moment-là mais encore faut-il disposer d’une cave et d’un petit capital ce qui n’est pas le cas de la majorité de nos acheteurs. Bien sûr, certains, tel le flamboyant Léon, objecteront qu’y ne faut pas mettre les pieds dans la GD mais moi, contrairement à lui, qui suis près du peuple des pousseurs de caddies, je ne puis me désintéresser de leur sort.  J’ai un petit côté Ralph Nader : le cochon de payant ! Comme je ne suis pas aussi mauvaise langue que certains le disent je ne vais pas vous faire un dessin sur les pratiques de certains acheteurs de la GD qui se font rincer, y’a pas de petits profits pour les petits prédateurs. Attention, je ne mets pas tout le monde dans le même sac : y’a de vrais amoureux du vin dans le monde de la GD, et honnêtes par-dessus le marché, mais quand même faudrait mettre un chouïa de moralité dans tout ce bousin ! Comme disait ce vieux renard de Poniatowski, au temps du déplumé de Chamalières, « les copains et les coquins. »

 

Un autre truc me chiffonne dans les foires au vin des grandes enseignes : le total conservatisme de l’offre. Ils ne prennent pas beaucoup de risques nos épiciers modernes : c’est Bordeaux-Bourgognes majoritaires et les miettes pour la piétaille ! Là je sens que je vais me reprendre un passing-shot de revers le long de la ligne car les grands experts vont me rétorquer qu’ils ne font que proposer ce que le consommateur buveur d’étiquette recherche. Moi je veux bien, nos épiciers en grand ne sont pas là pour faire la charité mais pour encaisser.  Mais, pour autant, alors que le modèle hypermarché s’essouffle, est-ce aussi sûr que ça et d’ailleurs, je remarque un léger glissement, chez les enseignes qui cherchent de nouveaux consommateurs, vers des vins d’auteur. Là encore, les défenseurs du petit commerce, me feront remarquer qu’en ne venant pas piétiner sur leurs plates-bandes les dépoteurs de vin ne troublent pas leur fonds de commerce. Objection que je pourrais retenir si la ligne de partage entre les deux formes de commerce  n’était pas de même nature que celles qui servaient de frontières aux Etats des Balkans. Pour moi, la justification première, je n’écris pas la seule, des foires aux vins devrait être : l’accès d’une offre attrayante au marché pour que de nouveaux consommateurs qui trainent leurs jeans dans les allées viennent y fourrer leur nez.

 

De ce côté-là de la force c’est tout simplement la Bérézina : mais ils sont où les prescripteurs ? Dans les rayons c’est morne plaine, empilement de caisses, murs froids, que dalle, tu te démerdes coco ! Là encore certains vont me taper sur les doigts en me faisant remarquer que les conseilleurs sont en amont. Ils ont fait le boulot de dégustation dans de grands hôtels parisiens, n’écoutant que leur courage ils s’y sont précipités, stakhanovistes de la gorgée crachée, pondeurs de notes au kilomètre, c’est le pain béni des news blogueurs et des plumitifs blanchis sous le harnois. Est-ce pour autant que ce petit monde soit vraiment prescripteur ? Oui, sans aucun doute pour une grosse poignée d’amateurs qui, levée tôt, nanti de ce précieux viatique, partent en chasse en des lieux qu’ils ne fréquentent pas ou quasiment tout au long de l’année. Ne pensez-vous pas qu’en un temps où plein de jeunes gens, filles et garçons, passionnés, bien formés, cherchent à se faire un peu de blé, il ne serait pas intelligent de leur proposer des petits CDD, pas à deux balles, pour qu’ils prennent par la main le peuple des ignares qui hantent vos magasins ? Je sais d’expérience, puisque j’ai fait vendeuse chez Monop, que certains pratiquent ce sport avec bonheur. Alors, messieurs de la GD, ça n’écornerait pas vraiment vos profits que de contribuer à la mise du pied à l’étrier d’une belle jeunesse pleine de promesses mais indemne de boulot.

 

Avec ce pia-pia-pia de donzelle je ne vais pas me faire beaucoup d’amis dans le landerneau du vin – désolé MEL je ne raille pas sur ta patrie – mais peu importe ce qui compte pour moi c’est deux choses simples : les deux bouts de la chaîne, ceux qui triment en bas – pas tous je le sais d’expérience - et ceux qui boivent nos vins où qu’ils soient. Entre les deux les intermédiaires qui, s’ils font leur boulot, sont les lubrifiants – pas de gros mots Dr Charlier – du système. Je suis sans doute trop naïve mais j’ai tout de même du mal à prendre des vessies pour des lanternes car, comme le disait l’énorme Francis Blanche, « on se brûle ». Moi ce que je souhaite c’est qu’on se cause, qu’on arrête de faire du vent, de faire accroire main sur le cœur qu’au diable les marchands – ceux du Temple bien sûr – tous et toutes nous travaillons pour la gloire du vin. Il faut bien que les hommes vivent et, le commerce est sans doute le plus vieux métier du monde même si les mâles n’en identifient qu’un. C’est sans doute pour cela que mon taulier glose ce jour sur les maquereaux.

 

Je suis preneuse de tout sur le sujet évoqué et, comme je ne suis pas une oie blanche, je comprendrai facilement que l’on me flagellât d’une volée de bois vert – calmos Léon avec la marquise que je suis – car l’important dans toute cette histoire de foire c’est que nous puissions, toujours et en tout lieu, la faire au nez et à la barbe des pisses-froids et des empêcheurs de boire bon.

 

Je vous embrasse.

 

Marie de Saint-Drézéry marquise de Bombon

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

jacques verpoorten 31/08/2011 20:31



Mouton Cadet????   



Stéphane 31/08/2011 16:13



Un plaisir de lire ce "pamphlet" presque aussi grand que le merveilleux Vin de France dégusté au déjeuner De Natura Vini 2007 du Domaine Ocre Rouge d'Aymeric et Marceline Beaufort. pardon pour
cette intrusion!



Denis Boireau 31/08/2011 11:07



Moi, je vais a la foire ovin pour acheter du Mouton.



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