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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 16:00

Les lauriers sont coupés, le Festival de Cannes numéro 65 a roulé son tapis rouge, les marches du Palais sont désertées, la Croisette est rendue aux retraités, les stars se sont envolées, les starlettes ont remballé leurs appâts, Nanni Moretti a enfourché son scooter, les petits marquis qui se prennent pour des happy few sont rentrés dans leur trois pièces cuisine sur cour dans le XVIIIe, le train-train quotidien reprend son cours…

 

Par bonheur, rompant la monotonie de nos jours et le vide sidéral de nos nuits, venu du Sud de la France, montât jusqu’à Paris l’Appel  du 18 juin des Grands Vins du Languedoc. Que des Stars, rien que des Découvertes : 30 Domaines et Maisons incontournables, s’offriront à nous, Parisiens tête de vins, au Printemps de la Mode Boulevard Haussmann. Au temps de la profusion des giratoires urbains et ruraux, j’avoue goûter le suc de ce qui est dit incontournable, donc qui ne peut être contourné. Alors nous ne tournerons pas autour du pot nous irons nous jeter dans les bras accueillant de nos nouvelles stars du Languedoc.

 

Mon souci premier sera ma vêture de ce grand jour : adopterais-je le style pingouin décontracté ou le Duflot revisité : jean troué, tong et Marcel à fleurs pour monter les marches jusqu’au l'étage numéro 6 ? Le second, incontournable bien sûr, irais-je en belle compagnie, au risque que ma compagne éclipsât les stars locales ? Bien évidemment, pour ne pas faillir à ma réputation non usurpée de prescripteur de tendance, je m’y rendrai sur mon vélo hollandais, tel un Petit Dégustateur Normal. Je prierai les dieux de l’Olympe ou Dieu tout court afin de ne pas y croiser les quelques déçus de l’Ancien Régime qui n’ont pas encore fui vers des cieux plus cléments.

 

Dans la Cour des Grands du Languedoc je me garderai bien, que le forgeron de Dana se rassure, de procéder à une quelconque hiérarchisation ou de concocter une forme revisitée d’un classement à la mode bordelaise… je serai tout entier tendu vers la découverte en bon défricheur que je suis.

 

Le Languedoc est cher à mon cœur, Jean Clavel et quelques autres le savent, alors ne voyez pas dans mes propos raillerie mais seulement l’expression d’un Taulier qui, à force de lire des CP : communiqué de presse alambiqué, de recevoir des invitations chantournées comme des buffets Henri III, de se voir rappelé à l’ordre : répondre SVP, d’être harcelé par de charmantes jeunes femmes qui s’inquiètent de sa présence au pince fesses de machin ou au à la party de Fanzine dans un loft branché, SATURE !

 

Mais qu’importe, si ces lumignons attirent les lucioles : tant mieux ! Seule l’extension du domaine du vin me chaut, tout le reste n’est que paroles… paroles… paroles… Moi je ne suis qu’un allumeur de réverbère (voir en fin de chronique)

 

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CHAPITRE XIV

 

La cinquième planète était très curieuse. C'était la plus petite de toutes. Il y avait là juste assez de place pour loger un réverbère et un allumeur de réverbères. Le petit prince ne parvenait pas à s'expliquer à quoi pouvaient servir, quelque part dans le ciel, sur une planète sans maison, ni population, un réverbère et un allumeur de réverbères. Cependant il se dit en lui-même:

 

- Peut-être bien que cet homme est absurde. Cependant il est moins absurde que le roi, que le vaniteux, que le businessman et que le buveur. Au moins son travail a-t-il un sens. Quand il allume son réverbère, c'est comme s'il faisait naître une étoile de plus, ou une fleur. Quand il éteint son réverbère ça endort la fleur ou l'étoile. C'est une occupation très jolie. C'est véritablement utile puisque c'est joli.

 

Lorsqu'il aborda la planète il salua respectueusement l'allumeur:

 

- Bonjour. Pourquoi viens-tu d'éteindre ton réverbère ?

 

- C'est la consigne, répondit l'allumeur. Bonjour.

 

- Qu'est-ce que la consigne ?

 

- C'est d'éteindre mon réverbère. Bonsoir.

 

Et il le ralluma.

 

- Mais pourquoi viens-tu de le rallumer ?

 

- C'est la consigne, répondit l'allumeur.

 

- Je ne comprends pas, dit le petit prince.

 

- Il n'y a rien à comprendre, dit l'allumeur. La consigne c'est la consigne. Bonjour.

 

Et il éteignit son réverbère.

 

Puis il s'épongea le front avec un mouchoir à carreaux rouges.

 

- Je fais là un métier terrible. C'était raisonnable autrefois. J'éteignais le matin et j'allumais le soir. J'avais le reste du jour pour me reposer, et le reste de la nuit pour dormir...

 

- Et, depuis cette époque, la consigne a changé ?

 

- La consigne n'a pas changé, dit l'allumeur. C'est bien là le drame ! La planète d'année en année a tourné de plus en plus vite, et la consigne n'a pas changé !

 

- Alors? dit le petit prince.

 

- Alors maintenant qu'elle fait un tour par minute, je n'ai plus une seconde de repos. J'allume et j'éteins une fois par minute !

 

- Ça c'est drôle ! Les jours chez toi durent une minute !

 

- Ce n'est pas drôle du tout, dit l'allumeur. Ça fait déjà un mois que nous parlons ensemble.

 

- Un mois ?

 

- Oui. Trente minutes. Trente jours ! Bonsoir.

 

Et il ralluma son réverbère.

 

Le petit prince le regarda et il aima cet allumeur qui était tellement fidèle à la consigne. Il se souvint des couchers de soleil que lui-même allait autrefois chercher, en tirant sa chaise. Il voulut aider son ami:

 

- Tu sais... je connais un moyen de te reposer quand tu voudras...

 

- Je veux toujours, dit l'allumeur.

 

Car on peut être, à la fois, fidèle et paresseux.

 

Le petit prince poursuivit:

- Ta planète est tellement petite que tu en fais le tour en trois enjambées. Tu n'as qu'à marcher assez lentement pour rester toujours au soleil. Quand tu voudras te reposer tu marcheras... et le jour durera aussi longtemps que tu voudras.

 

- Ça ne m'avance pas à grand'chose, dit l'allumeur. Ce que j'aime dans la vie, c'est dormir.

 

- Ce n'est pas de chance, dit le petit prince.

 

- Ce n'est pas de chance, dit l'allumeur. Bonjour.

 

Et il éteignit son réverbère.

 

Celui-là, se dit le petit prince, tandis qu'il poursuivait plus loin son voyage, celui-là serait méprisé par tous les autres, par le roi, par le vaniteux, par le buveur, par le businessman. Cependant c'est le seul qui ne me paraisse pas ridicule. C'est, peut-être, parce qu'il s'occupe d'autre chose que de soi-même.

 

Il eut un soupir de regret et se dit encore:

- Celui-là est le seul dont j'eusse pu faire mon ami. Mais sa planète est vraiment trop petite. Il n'y a pas de place pour deux...

 

Ce que le petit prince n'osait pas s'avouer, c'est qu'il regrettait cette planète bénie à cause, surtout, des mille quatre cent quarante couchers de soleil par vingt-quatre heures !

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Belle réflexion sociétaleclavel 29/05/2012 18:42


Bravo sud de France et Clair de Lune pour cette initiative qui leur rapportera un plus d'image et de notoriété. Souhaitons que les vignerons participants en tirent un peu de profit. Allumer
ces lumignons à Paris est souhaitable et utile a condition que le coût soit raisonnable et partagé.


Il y a aussi d'autres moyens, efficaces  et directs de faire la promotion commerciale des vins du Languedoc, par exemple établir les relations confiantes avec les distributeurs de vins
de nombreux pays au plan international, en ce qui concerne les vins Clavel le réseau s'étend de Moscou aux Philipines, 80% de la récolte vendue ainsi, mais nous ne sommes pas opposés a ce que les
Parisiens s'y interressent aussi.

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