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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 08:00

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Ma légèreté blâmable bien connue de vous, ma faculté de m’extasier si facilement face à la rouerie d’un Fabrice Luchini, mon art de faire accroire que je suis membre de la corporation des longs nez qui savent déguster, mon âge pré-canonique et mon goût prononcé pour les belles nippes et les belles tout court, pourraient me faire classer comme chroniqueur mondain tout content de côtoyer les peoples bling-bling qui prennent si bien la lumière des sunlights. Au risque de vous décevoir  je ne vais pas à la Vente des Vins des Hospices de Beaune avec mon écharpe rouge carignan rien que pour faire le gandin mais pour humer le doux parfum de l’économie des vins de Bourgogne. Les mondanités j’ai déjà beaucoup donné par le passé alors je les fuis leur préférant les agapes amicales   http://www.les5duvin.com/article-corton-bressandes-grand-cru-1949-un-jeune-homme-en-pleine-forme-61496116.html Bref, ma venue en terre bourguignonne s’apparente plus à une descente d’Hercule Poirot pour enquêter – un belge bien sûr – qu’à une visite princière de Stéphane Bern ou une minauderie d’un Henry-Jean Servat (pour plus de précisions sur la « Profession chroniqueur mondain » lire ALAIN REMOND Samedi 31 Mars 2007 http://m.marianne2.fr/index.php?action=article&numero=167934 L1000034.JPG

Je m’explique : la Conférence de Presse du dimanche matin, dans la magnifique et frigorifique salle des Pôvres de l’Hospice de Beaune et son très bon dossier éonomique Marchés et développement des vins de Bourgogne : le temps de la reprise www.vins-bourgogne.fr , n’a rien à voir avec de quelconques mondanités. Au risque de me faire mal voir de mes confrères estampillés journalistes, son contenu devrait appeler des questions bien plus pertinentes et documentées que celles que j’ai entendues lors de la dernière édition. Ma remarque ne s’applique pas aux questions posées dimanche par les jeunes intervenantes coréennes et chinoises mais à celles des français. Le rituel est bien rodé, bien huilé, ponctué par les interventions fortes intéressantes de Louis-Fabrice Latour au nom du négoce bourguignon et de Pierre-Henri Gagey pour l’interprofession. Je n’écris pas cela pour les flatter mais parce que leurs propos, frappés au coin de la connaissance fine de leurs clients, de leurs marchés, permettent de bien décrypter la conjoncture et d’anticiper les tendances. En effet le suivi de l’évolution et des tendances de la vente des vins de Bourgogne tant sur le marché domestique 56% que sur les grands marchés extérieurs : USA, RU, Japon... constitue pour moi un bon baromètre de la conjoncture mondiale du commerce des vins.  L1000040.JPG

Je ne vais pas reprendre ici dans le détail l’analyse développée par Louis-Fabrice Latour mais simplement souligner le diagnostic qu’il avance d’un retour « à la normale » pour la fin du 1ier semestre 2011. L’important et il faut le souligner c’est le constat fait par Louis-Fabrice Latour sur le marché de l’Europe Continentale qui, à l’image du marché français, a tenu bon, s’est révélé dans la tourmente un îlot de stabilité. La pertinence de la notion de marché domestique de l’UE continentale devrait à mon sens être mieux étudiée et analysée par nos têtes d’œufs. En ce sens la Bourgogne, avec son négoce très impliqué dans le vignoble, vecteur de notoriété par son portefeuille de clients, constitue une sorte de laboratoire pour le positionnement des vins français sur les marchés en développement. La clarification de notre offre nationale passe non par des débats juridiques ou philosophiques fumeux mais par l’appréhension fine des synergies et des complémentarités des gammes régionales de nos principaux opérateurs.

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L’intervention de PH Gagey sur le marché chinois illustrait parfaitement cette approche. La Chine de part la dimenssion de son marché, son taux de croissance à deux chiffres, excite tous les appétits. Encore faut-il que ces appétits ne se fourvoient pas dans des non-politiques commerciales c’est-à-dire dans le déversement de volumes à prix cassés. La France, via la notoriété des GCC de Bordeaux – les Crus Bourguignons sont encore peu connus de l’élite chinoise fascinée par les paillettes et les hauts prix bordelais –, a une très bonne image en Chine qu’elle risque de sérieusement écorner en occupant le segment le plus bas du marché avec la vente de Bordeaux à prix discount. En l’occurrence c’est bien sûr moi qui parle, PH Gagey lui a très justement insisté sur la priorité pour l’offre bourguignonne d’occuper le segment intermédiaire de 8 à 10 euros, celui des vins qui prendront le relais des icones lorsque la classe moyenne chinoise arrivera à maturité après avoir consommé en priorité des vins chinois ou prétendus tels. Là encore, la sagesse bourguignonne, son approche « modeste » et terrienne, devraient faire réfléchir d’autres régions françaises qui avec des pratiques tarifaires dignes du plus bas que bas de notre marché domestique risquent de « pourrir » l’image des vins français sur le marché chinois.

 

La petite musique discrète du négoce bourguignon se doit d’être écoutée avec attention car ma vieille expérience des instances nationales m’ont appris qu’il y exerce une influence, là encore discrète mais certaine. Bien plus que la flamboyance bordelaise un peu déconnectée du ventre du marché mondial, pratiquant le grand écart entre des prix stratosphériques et des prix de misère, le négoce bourguignon avance pas à pas en prenant soin de ne pas déséquilibrer ses marchés traditionnels par des prix trop liés à la spéculation des nouveaux riches. Reste tout de même pour lui, au travers de la Grande Bourgogne en reconstruction, à cultiver une offre un peu plus volumique, plus proche des primo-consommateurs des classes moyennes des pays émergents. Sur tous ces sujets, capitaux pour l’offre de nos grandes régions, je ne peux que regretter l’absence d’un lieu de réflexion stratégique où les opérateurs, quelle que soit leur taille, opérant sur les grands marchés pourraient, en dehors des instances syndicales, en une forme de club, confronter leurs pratiques. Et si nous réactivions « Sans Interdit » ?

 

Dernier point pour le petit monde de la blogosphère souvent en proie aux interprétations parfois excessives : depuis 2 ans, comme l’a souligné LF Latour la déconnexion entre les prix de la vente des vins des Hospices de Beaune et ceux du marché semble bien installée... Voilà c’est écrit ! Comme quoi il est possible de faire son travail de chroniqueur dans la joie et la bonne humeur, encore faut-il se départir de l’à peu près et des lieux communs brassés par des gens qui ont, soit le nez exclusivement dans leur verre, ou qui passent par là parce qu’il y a de la lumière « Bordeaux, vous avez dit Bordeaux... mon petit gars... » sacré Fabrice Luchini tu sais prendre la balle au bond tel un pelotari basque escaladant le mur à gauche...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Mignot 25/11/2010 20:01



Cher Monsieur, 


 


Depuis plusieurs mois ,  je suis fidèlement vos chroniques journalières. Je n'ai pas l'habitude d'envoyer des commentaires mais ici l'allusion à Hercule Poirot, un compatriote d'encre et de
papier, conjuguée à des considérations vues d'Asie m'incite à vous écrire. J'approuve totalement vos propos. Pour être passé dans des lieux comme Hong Kong, ou plus récemment par un petit royaume
perdu comme le Bouthan, mais aussi   l'Inde, il m'intéresse toujours de voir quels vins  sont proposés  à la vente ou à la carte des restaurants.  A HK en dehors des grands
bordeaux inaccessibles, ici comme là bas, il est bien difficile de trouver des bouteilles de vins français  dignes d'être commandées, en tout cas dans un rapport qualité/prix acceptable. Les
étiquettes fantaisistes ne sont pas rares et des vins  français  imbuvables   sont proposés.  L'Australie occupe mieux le marché mais aussi des vins d'Espagne, par exemple.
Vous avez tout à fait raison de souligner que pour être crédible,  il faut un minimum de dignité  ( ou sagesse  c'est selon) dans ce que l'on exporte.


Bien à vous et en dehors de ces commentaires, recevez mes plus vifs encouragements pour votre blog stimulant.


Philippe Mignot, Liège   



Luc Charlier 25/11/2010 16:50



Sans aucun jugement dépréciateur : quelle est la base d’appréciation des acheteurs chinois, ou des prescripteurs ?
Utilisent-ils les mêmes critères que nous ? Et surtout, à partir de quand un produit peut-il porter le nom de « vin » sur leur marché intérieur ? On a vécu le
« boum » du cognac et de l’armagnac, consommés très différemment de ce qui a cours dans le monde occidental.



Stéphane 25/11/2010 14:36



« Le segment intermédiaire de 8 à 10 euros,
celui des vins qui prendront le relais des icones lorsque la classe moyenne chinoise arrivera à maturité après avoir consommé en priorité des vins chinois ou prétendus tels ». Ce discours me
rappelle celui du Nouveau Président du CIVB, présentant le plan Bordeaux demain, le segment est quasiment le même entre 6 et 15€, la Chine constitue l’un des marchés sur lequel les perspectives
de croissance, tant en volume qu’en valeur sont les plus optimistes.


Il va y avoir du monde sur le marché, la
compétition est ouverte, car aucune appellation souhaitant se développer à l’export ne peut se passer de la Chine, mais comme le souligne H Bizeul, il va falloir mettre des moyens humains et
financiers considérables en face.


 



herve bizeul 25/11/2010 13:01



PH Gagey lui a très justement insisté sur la priorité pour l’offre bourguignonne d’occuper le segment intermédiaire de 8 à 10
euros, celui des vins qui prendront le relais des icones lorsque la classe moyenne chinoise arrivera à maturité après avoir consommé en priorité des vins chinois


Indiscutablement un bon objectif. En admettant que la stratégie soit possible, reste les moyens
financiers à mettre en face pour y arriver : combien auront les moyens d'attendre ?



Michel Smith 25/11/2010 12:34



Et Dieu sait qu'ils sont bons...



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