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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 00:09

 

Monsieur le vaguemestre,

 

Par votre entremise électronique toute une flopée, que dis-je une cotriade, voire même une tripotée, pour ne pas écrire une chiée de garçons et de filles que je ne connais ni d’Ève ni d’Adam me tombent sur le râble via ma petite boîte aux lettres pour, sous forme de lettre-circulaire – mon passé dit ministériel, qui plaît tant à mon ami Lefèvre, place la circulaire au rang le plus élevé de la quintessence de l’anonymat bureaucratique – commençant toutes par un tonitruant bonjour !

 

Vous ne pouvez pas savoir comme ce bonjour tout court m’irrite et comme ma brave mère, qui me tançait enfant, d’un « Merci qui ? » j’ai envie de rétorquer « Bonjour qui ? » Ce pourrait-être : Bonjour Jacques Berthomeau ou même pourquoi pas Bonjour Jacques même si nous n’avons pas forcément gardé les vaches ensemble – ayant pratiqué cette activité, mais en solitaire, je n’ai jamais vraiment goûté le suc de cette expression – pour autant je ne demande pas que l’on me donnât du Bonjour Monsieur Berthomeau car ce serait trop. Bien sûr le sieur Vincent Pousson me balance du Monsieur le Contrôleur Général mais lui, je le connais, c’est pour faire genre. Ce qui me plaisait au 78 rue de Varenne c’est que les gens du Sud me donnaient du Monsieur le Chef de Cabinet – le culte du chef bien sûr – alors que ceux du Nord s’en tenaient à mon vrai titre Monsieur le Directeur du Cabinet. Enfin, comme dans ma vie j’ai été deux fois Président : PDG et Président des AOC de la pomme&de la poire mais pas des scoubidous, se faire donner du Monsieur le Président, ça en jette un max. Puis, sans rire, lorsque j’ai quitté mon fauteuil de Directeur y’a un plumitif qui a écrit : celui qui tenait lieu de Ministre s’en va. Les chevilles, la tête, ça enflent vite vous ne pouvez pas savoir !

 

Bien évidemment la présente lettre ne s’adresse en aucun cas à mes fidèles lecteurs mais aux anonymes solliciteurs qui me chantent tous la même chanson, jouent tous du même pipo, me passent tous la brosse à reluire : « mes écrits sur la Toile les ont tant et tant charmés, stupéfiés même par leur qualité, leur élévation, leur originalité », que ma petite boutique à succursale unique se devrait de bénéficier pour sortir de sa confidentialité sympathique de leurs efficaces services. En clair ces joueurs de fluteaux me tartinent dans un style inimitable que si je parle d’eux chez moi, que si je collabore avec leur crèmerie dans un partenariat exclusif, que si je teste ceci ou cela en compagnie de petits camarades peloteurs de souris, que si je fais des petits papiers aux petits oignons à la gloire de flacons envoyés par la poste, que si je publie leur beau classement issu d’un algorithme de derrière les fagots, où bien sûr je figure en bonne place, une place qui ne demande qu’à être meilleure, alors bien évidemment en retour ils offriront à mon beau et merveilleux blog de vastes débouchés.

 

Me prennent vraiment pour un demeuré ! Franchement je n’en ai strictement rien à péter de ce démarchage à domicile du type passez-moi une commande pour l’encyclopédie des contrepèteries belges en 10 volumes et je vous offrirai un 45 Tours de Georgette Plana. Comme disait les économistes de ma jeunesse c’est de l’échange inégal, du foutage de gueule intégral. Que chacun sur la Toile veuille développer sa chalandise, élargir son fond de commerce, se bâtir un chouette modèle économique qui mettent du beurre dans ses épinards, je le conçois aisément. Il n’y a pas de sot métier. Cependant, je me permets de conseiller à ceux qui m’écrivent pour m’enrôler dans leur buiseness de faire un minimum d’effort afin que leurs mailing ne s’apparentent pas à des torchons mal foutus, mal écrits, creux et si généraux que même les services des Impôts font mieux qu’eux.

 

Et pourtant je suis « un homme facile », un rien me séduit, pour un sourire, un jupon qui froufroute, avec l’art et la manière tout est possible avec moi. Mon insoutenable légèreté, sans doute teintée de vanité, font de moi une proie sans grande défense, un être prêt à succomber aux délices du péché, aux joies de la transgression, un danseur mondain disposé à toutes les excentricités, un type capable d’animer une tombola, de vendre du vin... Suffit de me le demander gentiment, poliment, mais sachez que je ne supporte pas les sans-gênes, le genre je me pointe et sans qu’on m’y invite, avec un bonjour tout court jeté à la cantonade, se met à débiter sa salade prémâchée. Mon dieu que c’est fade comme de la laitue pour tortue ! Si vous voulez me séduire, me prendre dans vos filets, me débaucher, faites-moi rêver, séduisez-moi ou alors faites comme les gars de chez Leclerc ou les gonzes de Carrefour, qui n’aiment pas se faire charrier, évitez-moi, laissez-moi vivre ma vie de petit chroniqueur tranquille. Que voulez-vous, ce n’est pas la peine de vous épuiser avec vos petites lettres circulaire : « Je ne suis à personne. »

 

« Je ne suis à personne. » c’est le titre d’un livre de Louis Blanchet aux éditions du Chalet collection « chemins de la vie » 1965 avec la dédicace de l’auteur « à Jacques en lui souhaitant de réussir sa vie ». Que Louis Blanchet me pardonne je n’ai jamais lu son livre mais j’ai toujours aimé son titre car il m’allait bien, et en ce qui concerne son souhait je suis le plus mal placé pour affirmer que ma vie fut une réussite. Tel n’était pas d’ailleurs l’objet de mon propos matinal, encore que...

 

Un mot sur Louis Blanchet, pour moi l’abbé Blanchet, l’abbé de mon école d’agriculture nichée dans les bois : Notre-Dame de la Forêt qui, sans vraiment chercher à me convaincre, à fait prendre à ma vie un virage déterminant. Oncle d’un major de l’ENA, Michel Albert, fils de métayer du Haut-Bocage, à la Tardière, il m’affirma que cette voie « royale » devait être la mienne. J’ignorais jusqu’à l’existence de cette prestigieuse école – oui ce temps-là c’était ainsi – et comme je n’avais que 14 ans la perspective de me retrouver un jour dans la ville capitale fut douce à mon oreille. Je virai donc casaque : quittant les Sciences Expérimentales pour la Philosophie et puis, les gaz de mai 68 m’ayant fait tourner la tête, j’ai changé de cheval : l’ENA très peu pour moi. Mais, si je puis dire, c’était parti pour d’autres aventures avec, chevillé à ma petite tête imaginative, cette petite musique « Je ne suis à personne. »

 

Voilà, c’est dit même si, monsieur le vaguemestre, chez ces gens-là on ne lit même pas ce que j’écris. Pour eux l’important c’est le flux, le trafic, la mousse, le contenu ils s’en tamponnent presque la coquillette. Simplement, sans jouer les donneurs de leçon, la promotion et l’information ne font pas toujours bon ménage, que chacun fasse son turbin, moi je n’ai rien contre la réclame, la mise en avant, les petites, les grandes, les belles bouteilles faut bien les vendre, mais chez moi, sur mon Espace de Liberté, avec mes petits moyens, le seul slogan estampillé Berthomeau : c’est l’extension du domaine du Vin. Alors, vous tous, les garçons et de filles que je ne connais ni d’Ève ni d’Adam, de grâce lâchez-moi la grappe, même si c’est dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe faites tranquillement votre beurre dans le vôtre sans moi.

 

Oui « Je ne suis à personne. » et ma valeur vénale est inestimable. Méfiez-vous tout de même petits squales, sous des dehors bonhomme, eu égard aux marigots que j'ai fréquenté, je suis le Damien Hirst de la Toile, un prédateur redoutable très peu fréquentable.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Luc Charlier 25/12/2010 18:53



Et c’est l’pépère Michel qui a transmis son blog .... (au)


Frère jacques, Frère Jacques, bloguez-vous, bloguez-vous ?...


Malescot de St Exupéry, prends ton Béguet des vols de nuit ...


 


Explication de ces approximations douteuses : après une courte veillée de Noël à trois, mais un repas bien arrosé (L’Etoile
Vieilles Vignes de Geneletti 2004, Corton-Charlemagne 1996 de Jean-René Nudant et Cuvée du Casot 2006 ... de mézigue), ce fut direction le Lauragais pour échapper à une Tramontane implacable
(> 130 km/h en raffales). Renseignements pris, le restaurant envisagé à Labastide d’Anjou était .... complet (tant mieux, c’est un client). Petite halte à Limoux en chemin : chez
« Tantine & Tonton », on ne sert qu’un « Gros Menu » aujourd’hui (sept services). Trop pour nous. Et hop, en route pour Carcassonne (- 3°C et un vent terrible dans la
Cité). Ce fut donc un cassoulet ! Léger, on avait dit. Léger aussi le vin, et sans prétention Michel : Espéranto du Dom. La Croix Ste Eulalie à St Chinian. Je pense que l’un des infâmes
5 du blog le recommandait récemment, à très juste titre.


 


Et ce soir, c’est promis : léger. La pâte est en train de lever pour les gaufres de Bruxelles, tandis que Glenn Gould nous
distille les « partitas ». On dirait qu’ils sont à trois derrière le clavier quand il interprète Bach comme cela. Et tant pis si les « connaisseurs » prétendent qu’on a fait
beaucoup mieux depuis. Moi, le deuxième chant du Canadien, il me botte.



Michel Smith 25/12/2010 10:25



@Beguet : tu es sûr que ce n'est pas MICHEL ???



Béguet 24/12/2010 17:43



Monsieur Berthomeau,


                              Je n'ai rien à vous
vendre et c'est Philippe Smith dans votre blog commun qui m'a conduit à vous.


Je déguste vos articles comme le bon vin ou celui que j'affectionne et je trinque aux bons vivants; pour un meilleur millésime en 2011.


Cordiale poignée de mains.



Luc Charlier 23/12/2010 19:49



Et dans cette même Indonésie, Valérie, enfin dans sa partie non-musulmane (Bali), un guide touristique qui maniait à peine l’anglais
et pas du tout le néerlandais (tu sais que, sur Java en tout cas, beaucoup de personnes de ma génération parlent encore une version vieillotte de la langue imposée par Batavia) m’a dit, décrivant
tous ses dieux et tous ses cultes : « Mais en fait, on n’y croit pas vraiment. On fait des offrandes pour être sûr, mais nous pensons que tout ce qui arrive est le fruit ... du
hasard ! » Jacques Monod parle donc l’indonésien (et moi aussi, sans le savoir). J’y repense encore très souvent.



Diotte valérie 23/12/2010 14:04



En indonésie où j'ai traîné mes semelles il y a fort longtemps on interpelle le quidam par  : Mau que mana ? (où allez vous ?) à quoi il faut répondre : Jalan, jalan...(je marche). Bon noël
à tous.



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