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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 00:09

Octobre tirait à sa fin lorsqu’un soir je reçus cette sympathique invitation :

 

Bonsoir Monsieur Berthomeau,

 

Vin & Société et le Point ont le plaisir de vous convier au colloque « VinoBravo, Raisin et Raison font-ils bon ménage ? » organisé le 30 novembre à Bordeaux.


Toutes les informations relatives à cet évènement sont accessibles en suivant ce lien link


Pour découvrir le programme c’est ici.link 

 

Si celui-ci vous intéresse et que vous êtes disponible, nous vous invitons à vous inscrire en ligne ici link 

 

Je reste à votre entière disposition pour plus d’informations sur cet évènement.


Bien Cordialement


Vous me connaissez, faire une virée à Bordeaux ça me tente toujours car j’y ai des attaches et, qui plus est, pour aller me caler dans un fauteuil pour écouter des gens intelligents débattre. Donc, dans la foulée : inscription ! Mais avant de sauter en commando sur Bordeaux dans le cadre de l’opération VinoBravo je me suis dit qu’il me fallait asticoter le Jacques Dupont pour lui tirer « les vers du nez », comme on dit, ce qui est une procédure normale à adopter pour un gars qui passe son temps à mettre son nez dans les verres.


jacques_dupont.jpg

 

Je l’ai donc soumis à mes 3 questions :


Question 1 : Jacques tu nous as exhortés dans ton dernier livre à nous Invigner et maintenant tu passes un treillis pour une opération Vino Bravo à Bordeaux. Tu t'aventures il me semble en terrain conquis, y-a-t-il vraiment péril en la demeure du bastion vin ?


JD : Si c’est un terrain conquis d’avance, tant mieux. Pour une fois dans ma vie militante, je serai du côté gagnant… Il suffit de faire quelques recherches sur Internet pour sans trop de peine découvrir que ce sera pour moi une première. Les radios libres, la sidérurgie en Lorraine, je suis un cumulard des causes perdues et encore, j’en oublie volontairement… Au fond, j’ai toujours défendu une seule idée avec plus ou moins de succès : la seule vraie oppression est celle de la bêtise. Je parle de celle des autres, bien sûr. Le vrai salaud, le cynique, le manipulateur, celui que combat le héros, Robin ou James Bond, n’existe qu’en peu d’exemplaires. Pour le reste, les détrousseurs de liberté sont la plupart du temps des gens dans une ignorance bornée, une vision verticale de la société, spécialisée, vision à œillères, avec les peurs que celle-ci provoque et trouvent de satisfaction que dans les interdits. Tu peux ajouter le trivial, les égos sur dimensionnés (surtout chez les mâles) et toutes ces sortes de choses que dénonce Alceste. Oui, le vin a du souci à se faire car les gens qui lui veulent du mal relèvent de ce redoutable assemblage : 60% de connerie, 30% d’égo, de « je sais mieux que toi », 10% de trivial (intérêt pécuniaire) si tu préfères.


Dans Invignez-vous, j’ai parlé de la dangereuse influence qu’avait eu la pensée utilitariste du XVIII e siècle, représentée par Bentham. Le professeur G…, qui a rédigé la loi Evin, se dit proche de Bentham. Il a raison, mais du Bentham tardif, celui qui dérivait vers le « je sais mieux que toi et je pense à ta place », qui très vite enchaîne avec le «je construis ton bien même contre toi». La théorie du « maître à penser » nécessaire dans ce monde qui a « perdu ses repères ». Et, s’il le faut pour bien me faire comprendre, je triche, je bricole les chiffres etc. L’essentiel, c’est que qu’au final, le politique prenne les bonnes décisions, celles que je lui inspire. On l’a vu avec les 49000 morts de Catherine Hill qui s’ils étaient exacts dans une France où la consommation d’alcool n’a cessé de baisser, signifieraient : moins on boit d’alcool, plus on en meurt… Une illustration de la bien connue devise de François Rabelais : beuvez toujours, meurrez jamais !


Ajoute à cela que de l’autre côté, celui du politique, les décisions voyantes, c’est-à-dire les interdictions sont bien plus « bankable », rentables du point de vue communication que celles qui nécessitent une approche longue, réfléchie et peu visible dans un espace-temps court.


Regarde Frédéric Péchenard, le Frédo de Sarko, ancien patron de la police devenu sous François responsable de la sécurité routière. Que nous propose-t-il pour mettre un terme au problème terrible des jeunes qui se tuent en voiture à la sortie des boîtes de nuit ? Faire passer le seuil de tolérance de 0,5 à 0,2 g d’alcool dans le sang. Si ce n’était pas aussi dramatique, on penserait qu’il a péché ça dans Audiard, une réplique de « Ne nous fâchons pas »… Comme si les jeunes qui se tuaient au volant avaient 0,5 ou 0,6 et pas 1,5 ou 1,8 g. C’est à pleurer, mais voilà c’est de la belle annonce.


Question 2 : Raisins Raison font-ils bon ménage ? Vaste question posée par Vin&Société et le Point! Qui va y répondre ? Des avocats de la cause du vin ? Des procureurs ? Madame Michu qui achète son vin chez le caviste du coin de la rue ? Des blogueurs ? Des politiques ?


JD : Franchement, j’aimerai bien que tout le monde s’y mette. D’abord Madame Michu qui flirte avec Monsieur Berthomeau chez le caviste du coin. Je plaisante. J’aimerais, je le dis dans le bouquin, que les organisations professionnelles s’emparent du problème, s’allient et nous proposent une belle manif sur les Champs Elysées, à la capitale, pour bien montrer dans notre jacobin pays que c’est un patrimoine de la nation – ce plébiscite permanent comme disait Renan. Pas une manif « bonnets rouges » on casse, on brûle des pneus (comme pour bien montrer qu’on est des pollueurs). Non une manifestation joyeuse, pédagogique, une manif de l’éducation au plaisir.  La FNSEA, dont il m’est arrivé parfois de penser que ce n’était pas le syndicat professionnel le plus sublime, a réussi à créer des champs de blé sur la place de la Concorde… Tu ne vas pas me dire que Bordeaux, Champagne, Bourgogne et tutti ne sont pas capables de nous dresser des vignes et des stands de dégustation et d’explications du travail viticole quand même !


J’ai reçu des courriers de vignerons me disant après lecture d’Invignez-vous : « faites la vôtre manif, on viendra vous aider ! » Mais, c’est à eux de le faire et nous les aiderons, si tu es d’accord.


Les avocats de la cause du vin sont bien silencieux. A commencer par les médecins. Je suis à peu près certain qu’une immense majorité  d’entre eux pensent comme nous. Le problème c’est qu’ils travaillent et n’ont guère le temps ou l’envie de s’associer à une démarche militante ou d’explication. Nous nous en sommes rendu compte en montant l’opération VinoBravo. Les autres, les prohibitionnistes, les « médecins de commission » comme les appelle le professeur Broustet, cardiologue de grande réputation, ont tout leur temps et l’argent des pouvoirs publics.


Question 3 : Qu'attendez-vous d'une telle opération ? N'est-ce pas là seulement un fusil à un coup ? Le travail de fond n'est-il pas devant nous pour convaincre les décideurs publics à prendre en compte toutes les données du dossier afin d'infléchir les politiques de santé et enfin nous faire sortir de l'insécurité juridique de la loi Evin ?


JD : Tu as parfaitement raison, mais si on ne fait rien, si on attend « assis sur son derrière avec les bras croisés » comme disait Johnny en réponse aux « Elucubrations » d’Antoine (à noter que tous deux ont fini dans la pub pour opticiens, ce qui en dit long sur leur vision de la société) que se passera-t-il. J’aimerais bien que ce ne soit pas un fusil à un coup, mais cela ne dépend pas de moi ou de nous. Il semble ces derniers temps que pour infléchir les politiques, il vaut mieux se faire entendre et fort.


Et si ce n’était pas vrai, si tu n’y croyais pas, si tu pensais qu’il suffit de parler avec « raison » pour se faire comprendre, pourquoi aurais-tu dépensé autant d’énergie dans ce combat, mon cher Jacques ?


Oui ça c'est sûr Jacques, le Taulier s’est beaucoup agité en vain pour l’extension du domaine du vin. Pour preuve entre autres élucubrations :


img-0346.jpg

 

1-      Le 16 septembre 2009 « Nous avons le vin triste : réagissons ! Célébrons le jour du vin » link 


« Bien plus que la tarte à la crème : « accord Mets&Vins » ce qu’il nous faut promouvoir se sont les accordailles entre la fête et le vin. Dans un monde où chacun se replie sur sa tribu la table reste l’un des lieux privilégiés pour se retrouver.


Alors, pour une fois, passons à l’acte !


Bougeons-nous le cul !


 Je m’adresse aux grands zinzins pompeurs de CVO : quand comprendront-ils qu’il leur faut faire cause commune pour mener auprès des « urbains » comme des ruraux des démarches conviviales dépourvues d’esprit de lucre. Le genre grand Pique-nique en ville où chacun amènerait son panier et où nos vignerons de toutes obédiences, régions, chapelles, porteraient quelques petites boutanches, profitant de l’occasion pour tailler des bavettes avec papa, maman, la bonne et moi.


2-      Le 13 juin 2012 « J’organiserai un grand pique-nique pour terroriser les tenants de la santé à tout prix, les sobres, les culs-bénis, les politiquement corrects, les dégonflés. » link


« Désolé de vous décevoir mais aucune nouvelle mouche n’a piqué votre Taulier préféré, ce matin il se contente d’être le porte-parole d’un type border line Taras Gresco, un canadien allumé, qui déclare d’emblée « J’ai joué à cache-cache pendant un an avec le diable… » et qu’il « n’a pas toujours su résister à la tentation ». Pour sûr que ce gus donnerait des cauchemars à Claude Guéant et Manuel Valls réunis en séminaire, affolerait les sanitairement correct de tous poils et de toutes obédiences, plongerait l’ANPAA et ses adeptes dans la plus profonde attrition, risquerait les buchers des fous de Dieu, mais il faut se garder de le cantonner dans le rôle du pur provocateur. Mieux vaut le lire. En exergue il cite Voltaire « Usez, n’abusez point ; le sage ainsi l’ordonne. Je fuis également Épictète et Pétrone. L’abstinence ou l’excès ne fit jamais  d’heureux. »


[…] L’auteur s’interroge sur son devenir car en paraphrasant Voltaire « Il est dangereux d’avoir raison quand les autorités constituées ont tort » :


« En attendant, je suis encore assez jeune pour aimer le monde et le désordre, et l’irrationalité des idéologies vétustes qui s’y affrontent. Un jour viendra peut-être où je serai forcé de trouver refuge dans un autre pays (…)


Et ce ne sera pas la France « J’ai déjà vécu en France, mais j’ai beau adorer ses fromages, son chocolat, son vin, la culture française devient si rigide et si immobiliste, si confite dans sa gloire passée, que j’aurais peur d’être perclus de rhumatismes avant l’âge. »

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Pascal Perrat 13/11/2013 14:56


Chiche ! Dans ce cas, j'y vais. Ce sera un plaisir de vous écouter

Pascal Perrat 13/11/2013 10:13


Bonjour


J'ai lu votre billet avec grand plaisir. Il m'a donné envie de me rendre à cet événement.


Puis j'ai lu le programme, intervention de Jupé, Le Foll, etc.


Que du somnifère, dommage.  

JACQUES BERTHOMEAU 13/11/2013 10:19



Je vous trouve un peu injuste et réducteur car ce n'est pas l'essentiel de la journée. Qui vous dit que Juppé sera sopo et que Le Foll sera au-dessous du niveau de la mer (et si c'était moi qui
lui préparait son propos  ?) 



Michel Smith 13/11/2013 07:40


J'adore l'idée des pique-niques "Vins Citoyens"... Aux armes ! Levons nos verres ! 

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