Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 00:08

Nul besoin de présenter Érik Orsenna il le fait mieux que moi « Je ne suis pas agriculteur mais économiste, juriste, romancier – c’est-à-dire infiniment curieux de cet étrange et difficile métier que l’écrivain italien Cesare Pavese appelait « le métier de vivre » et, maintenant, promeneur professionnel. De mes deux tours du monde pour étudier le coton et l’eau, de mes innombrables visites de mon cher pays de France, j’ai retenu six convictions. » à propos de sa contribution au Groupe de Réflexion sur l’avenir de l’Agriculture regroupant 17 témoins réunis par Bruno Le Maire Ministre de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche. Les contributions de ses grands témoins sont réunies dans un document Regards sur l’avenir de l’agriculture que vous pouvez vous procurer auprès du Ministère coralie.garnier@agriculture.gouv.fr       

La première est que la question de l’agriculture est stratégique. Et pas seulement pour d’évidentes raisons alimentaires. Le passage de 6 à 9 milliards d’habitants en même temps que la modification des régimes alimentaires (le développement économique s’accompagne toujours d’un accroissement de la consommation de viande) vont nous obliger à doubler notre production de nourriture dans les 30 ans à venir. Ceux qui pensent que ce doublement se fera sans difficultés sont des irresponsables. Je pourrais citer des noms, notamment au sommet de la Commission européenne.

 

Hélas rien n’est plus certain dans l’avenir que le renouvellement des émeutes de la faim. Comment imaginer un instant que cinq à six pays pourront répondre à cette demande en offrant au reste du monde des produits aux prix les plus bas ? Que deviendra la diversité des espèces ? Comment, dans un univers biologique ainsi concentré et appauvri, résister aux épidémies et aux ravageurs ? Comment stabiliser des pays dans lesquels les campagnes deviennent des déserts, et les villes de véritables bombes sanitaires et sociales, des accumulations de populations sans équipements les plus élémentaires, terreaux de tous les désespoirs et donc de toutes les violences ? Et comment gérer la rareté principale – déjà présente et qui va ne faire que s’aggraver – la rareté de terres arables ?

 

Deuxième conviction, fille de la précédente : les agriculteurs sont des producteurs, non des aménageurs d’espaces ou des jardiniers (pour lesquels j’ai le plus profond respect : j’ai présidé cinq belles années l’École Nationale Supérieure du Paysage de Versailles). Et ces producteurs doivent être des entrepreneurs. C’est cet objectif que nous avons voulu défendre à la fondation FARM : sans formation des agriculteurs du Sud, pas de rentabilité de leurs exploitations (d’où l’exode rural) et pas d’offre suffisante pour nourrir les villes.

 

Troisième conviction, qui n’est qu’une remarque de bon sens. Aux gens des villes, si souvent méprisants envers les agriculteurs, surtout dans les milieux économiques, j’aimerai demander ; sauriez-vous, vous les donneurs de leçons, sauriez-vous gérer votre entreprise si vos coûts pouvaient varier d’un tiers d’une année sur l’autre et si les prix auxquels vous vendez votre production pouvaient soudain s’envoler de 200% pour retomber de 150% le trimestre d’après ? De même qu’il faudrait imposer aux architectes de vivre dans les maisons par eux conçues, de même il faudrait placer les irresponsables, précédemment cités, à la barre de ces bateaux ivres que sont devenues les exploitations agricoles du fait de la volatilité des prix. Une seule journée dans cette galère les guérirait peut-être de leur mysticisme du marché, de leur obstination néfaste à vouloir détruire un à un les outils de régulation.

 

Autre question concernant les prix et autre mépris scandaleux envers les agriculteurs français, tout le monde sait qu’il faut renforcer les filières, sans doute concentrer les forces, bref améliorer au plus vite notre productivité. Encore faut-il que les règles du jeu soit semblables pour tous. Loin de moi l’idée de dénigrer la réussite allemande et ses succès splendides. Ce pays ne vient-il pas de dépasser la France pour les exportations agricoles, secteur où, telle la reine de Blanche Neige, nous nous croyions sans rivaux ? Mais quand je parle avec mes voisins bretons producteurs de porcs ou de pommes de terre, j’en apprends de belles, le coût d’une heure de travail est chez nous de 12 à 1 » euros contre 6 à 7 en Allemagne, où il est facile d’employer çà très bas salaires des ouvriers de Pologne ou de Roumanie.

Alors je m’interroge : la nullité de nos agriculteurs est-elle en cause ou plutôt une scandaleuse distorsion ?

 

Quatrième conviction, née d’une petite confidence : un producteur de Dordogne m’a avoué qu’il envoyait les noix de ses arbres se faire ouvrir... EN Moldavie ? car la main d’œuvre y était moins chère. Ensuite, contents d’avoir vu du pays, les cerneaux s’en retournaient vers les amateurs de notre si beau sud-ouest. Personne ne me fera croire que ce genre de circuit est efficient, économiquement parlant. Et je ne parle pas d’écologie... Nous avons besoin de toutes les agricultures pour nourrir tant de monde, et notamment de cultures « hors sol ». Mais une voix de plus en plus insistante me dit qu’une certaine re-localisation ne ferait pas de mal. Je ne suis pas seulement romancier mais infiniment gourmand (grand-mère lyonnaise oblige) : j’aime connaître l’identité et l’origine de ce que je mange. Une marchandise « muette », c’est-à-dire indifférenciée, j’ai du mal à l’avaler.

 

Cinquième conviction : si les agriculteurs doivent plus produire, ils doivent aussi mieux protéger. Car la Nature n’en peut plus. Vulgairement parlant, elle est « au bout du rouleau » et commence à présenter la facture de ses malaises. Certains, de plus en plus rares, continuent de croire que l’environnement n’est que source de tracas administratifs. Les autres, la plupart des autres, ont déjà grandement modifié leurs pratiques. Je persiste à considérer que les deux principales échéances européennes à venir – la réforme de la PAC et la mise en œuvre de la directive sur « le bon état des eaux »– sont les deux versants de la même montagne : 2013 et 2015, même combat !

Remarque corollaire quand je vois certains combats entre deux groupes de producteurs-protecteurs (par exemple entre « écologistes » et « raisonnés »), je pense qu’il y a mieux à faire que s’insulter : travailler ensemble. Je préside depuis deux ans le Jury des Trophées de l’Agriculture durable organisés par le Ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche. Les expériences que nous avons primées sont passionnantes et mériteraient d’être mieux connues pour être imitées. Elles prouvent que, de ce point de vue aussi, le monde agricole, même en tordant le nez, change. Mais pensez une seconde, ô gens des villes, au nombre d’adaptations qu’on lui a imposées depuis 30 ans et saluez !

 

Dernière conviction. Évoquer les lendemains de l’agriculture revient à croire au Progrès. Et qui dit Progrès dit Science, pour être plus précis, relative conscience en la Science.

Je ne suis pas naïf. Je connais les intérêts en jeu. Je ne confonds pas science et technologie. Mais quand je vois des groupes s’arranger pour faire interdire la recherche, quand je vois d’autres groupes décider de leur propre chef que telle ou telle expérimentation est dangereuse et qu’il faut détruire des plantations qui sont en fait des laboratoires, quand je vois qu’ils commettent des dégradations sous le regard bienveillant des juges, je me dis que nous marchons sur la tête.

 

Cela dit, bon appétit ! Et vive, oui vive l’agriculture !

 

Pour ceux qui s'intéressent à la liberté d'informer vous pouvez lire la chronique d'Hervé Lalau à propos d'une minuscule affaire concernant mon Espace de Liberté

http://hlalau.skynetblogs.be/archive/2010/11/19/que-peut-on-publier-sur-un-blog.html

 

Partager cet article

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article

commentaires

eric stilhart 21/11/2010 10:17



que reste t il a vendre de notre pays aux chinois qui finance le deficit colossal et irresponsable de nos dirigeants ,apres airbus  le nucleaire le luxe qui commence a ce delocaliser  :
l agriculture. vous me direz ,difficile! et bien non car l augmentation de surface de tres grosses exploitations les rendent difficilement transmissibles a un nombre resrteints d heritiers qui
enplus ne s interressent pas forcement a elles; les acheteurs de ces unites seront ceux qui les finances : banques agricoles (le s est superflus). lorsque on voit le bon sens pres de chez vous ce
planter avec les sub primes americaines , la tour de dubai on peut etre septique sur leur capacité a raisonner sur l avenir de l agriculture francise et europeenne



tchoo 20/11/2010 15:17



Les surfaces enjachères se multiplient dans nos campagnes.


Les agriculteurs touchent un peu d'argent de Bruxelles par la PAC pour tenir en bon état cultural leur terre.


J'uqu'en 2013, après, il y a de fortes chances que ce système disparaissent, et ils me disent tous, nos terres partiront à la friche, nos enfants sont partis, tenter de survivre ailleurs.


Dans de nombreuses régions de France les pays se meurent, dans la grande indéifférence générales.


Et un coup de gueuele qui n'a rien à voir, quoique:


Je viens de voir une pub pour une bière, qui se sert d'Hélène Darroze, fille, petite fille et arrière-petite-fille d'hoteliers-restaurateurs du Sud Ouest (sic) plus précisément de Villeneuve de
Marsan, et Langon.


N'y a t il pas d'autres produits, plus agricoles, plus "terroités" que cette cuisinière sans aucun doute talentueuse, pourrait promotionner, comme les vins de sa région d'origine.



Clavel 20/11/2010 09:10



Il y aura encore des émeutes de la faim dans le monde, c'est une évidence. On se rend bien compte qu'en France, l'agriculture et encore plus la viticulture sont des secteurs économiques délaissés
par la pensée politique dominante. Mais qu'en est-il en Afrique, continent qui connait une explosion démographique, une agriculture généralement pauvre et démunie sur tous les sujets. Il faut
lire l'excellent ouvrage de Mamadou Cissokho, "Dieu n'est pas un paysan" qui décrit son parcourt de responsable professionnel agricole, reconnu dans tout l'Ouest Africain, dont l'action en
faveur de l'agriculture familiale africaine a commencé dans son village ou il était institureur,  s'est poursuivie dans plusieurs pays, avec des obstacles trés nombreux.Il démontre que
l'agriculture familiale africaine peut sauver certains pays du continent de la famine, avec de petits moyens, bien adaptés aux conditions locales, et des formations techniques et
économiques principalement dispensées aux femmes africaines qui sont les piliers de cette société.   Nous avons donné le prix Malassis 2010 à cet ouvrage et nous recevrons courant
décembre cet auteur à l'IAMM . (voir dossier du Monde du 4 septembre 2010 sur la révolution verte de l'Afrique ou MC est cité plusieurs fois.)



ISSALY Michel 20/11/2010 08:59



Et blablabl et blablabla et blablabla..... pendant que tous ces biens pensants trouvent injustent le sort reservé à l'agriculture et aux agriculteurs, il se construit de plus en plus de hard
discount au bord de nos campagnes qui ne cessent de proposer des aliments et des liquides de moins en moins cher... et souvent ce sont aussi des agriculteurs qui y font leurs courses car ils
n'ont pas les moyens d'aller ailleurs... cherchez l'erreur...



Michel Smith 20/11/2010 07:14



Je trouve ces constatations fort intéressantes. Et tout cela me fiche la trouille : j'ai l'impression que l'on se dirige de plus en plus vers un scénario catastrophe dignes des meilleurs films de
science-fiction. Lorsque l'on voit les gros réseaux financiers qui, au travaers de la spéculation mondiale, se glissent sournoisement derrière tout cela (riz, sucre, café, chocolat, lait,
eau...), je reste sans voix. J'imagine que les plus perspicatces d'entre nous iront s'installer à la campagne où le prix des terres aura considérablement baissé et, au mieux, que l'on retournera
vers une agriculture diversifiée sur de petites exploitations auto suffisantes... Mais avec la forte demande mondiale en alimentation, il faudrait que le monde entier s'y mette avec conviction...
et le plus vite possible. Car ce problème n'est ni plus niu moins qu'une énorme bombe à retardement qui pèse au dessus de nos têtes.



  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents