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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 00:09

gaullistes-mai-68.jpg

 

Je ne suis pas un fanatique de l’ordre mais je suis très conservateur, en effet j’accumule, je conserve, non comme une fourmi, je suis plutôt cigale, pour garder une trace de ce que furent des moments de ma vie.


J’adore ressortir mes vieilles chemises des piles du placard ou extraire de leurs boîtes des chaussures oubliées. Aucune nostalgie mais simplement une envie de retrouver le parfum d’un objet pour qui j’ai eu un coup de cœur. Toute ma vie je suis tombé amoureux de ce que j’imaginais, acheteur impulsif je jouissais de trouver ce que je cherchais sans chercher.


Avec les mots, le stockage, la conservation de leur trace, avant l’irruption des disques durs, se traduisait par l’empilement en de lourdes chemises sanglées ou de multiples petits carnets et cahiers, de feuillets épars qui finissaient en scories dans l’obscurité de ma cave.


Dieu sait que j’en ai noirci des pages qui dorment d’un sommeil éternel avant que je ne trouve le courage de les mettre dans la benne jaune de l’immeuble.


L’irruption de l’écriture sur Toile a, sans que je n’en prenne conscience, marqué un virage essentiel dans mon désordre congénital. J’écrivais et, dans l’anonymat de monstrueux serveurs, mes enfilades de mots, en une forme d’appertisation post-moderne, restaient à disposition, accessibles en quelques clics.


Encore fallait-il prendre le temps d’aller les rechercher. Ce temps, je l’ai eu, je l’ai pris un peu contraint et forcé par mes 3 semaines de moine.


J’ai débuté cette plongée par ce que j’avais baptisé, un peu pompeusement, mon petit roman du dimanche commencé le 7 octobre 2006. Ce fut pour moi une forme d’astreinte, une obligation librement choisie, et, à ma grande surprise, je m’y suis tenu sans faillir.


Écrire donc, en laissant libre-court à mon imagination et à mes envies d’expérimenter des formes d’écritures, de camper des personnages : Francesca séduisit un temps Luc Charlier, de restituer des moments d’Histoire, de raconter des histoires. Figures libres, imposées, répondre présent pour une poignée de lecteurs.


J’ai donc compilé ces textes de bric et de broc.


Résultat quantitatif : 1 657 774 mots, 1378 pages…


Au plan qualitatif, beaucoup de feuilles mortes, de scories, mais dans le tas reste des matériaux utilisables pour tenter de bâtir ce qui pourrait être un vrai roman. Remettre sur le métier l’ouvrage, je m’y attelle chaque jour.


Comme le copié-collé est peu chronophage je vous propose de découvrir, au gré de mon travail d’élagage, quelques morceaux choisis.


68NantesTeam.jpg

 

« La spontanéité de la marée des Champs-Elysées, et des foules des grandes villes de province, s'appuyait sur l'art consommé de la vieille garde du Général à mobiliser ses réseaux de la France libre. Mobilisation amplifiée par l'adhésion d'une partie du petit peuple laborieux excédé par le désordre et de tous ceux qui voulaient voir l'essence réapparaître aux pompes pour profiter du week-end de la Pentecôte. La majorité silencieuse, mélange improbable de la France des beaux quartiers et du magma versatile de la classe moyenne, trouvait ce jeudi 30 mai sa pleine expression.


La journée plana, d'abord suspendue à l'attente du discours du voyageur de Baden-Baden avant de prendre son envol avec le bras-dessus, bras-dessous des Excellences soulagées sur les Champs-Elysées, elle s'acheva, telle une feuille morte se détachant de sa branche, dans un mélange de soulagement et de résignation. Mai était mort et tout le monde voulait tourner la page, l’oublier. L'allocution du Général fut prononcé sur un ton dur, autoritaire, menaçant. L'heure de la normalisation avait sonnée. De Gaulle ne savait pas encore, qu'en fait, c'était une victoire à la Pyrrhus, une droite réunifiée et les veaux français ne tarderaient pas à le renvoyer à Colombey pour élire Pompidou le madré maquignon de Montboudif.


Avec Marie, en cette fin de journée, nous sommes assis dans les tribunes du vieux Stade Marcel Saupin, au bord de la Loire, tout près de l'usine LU pour assister au match de solidarité en faveur des grévistes, entre le FC Nantes et le Stade Rennais. En ce temps-là, les footeux, parties intégrantes de la vie des couches populaires venant les supporter, match après match, osaient mouiller le maillot, prendre parti pour eux. José Arribas, l'entraîneur des Canaris, républicain espagnol émigré, à lui tout seul personnifiait cette éthique.  


Le stade semblait abasourdi, comme si on venait de lui faire le coup du lapin. Les Gondet, Blanchet, Budzinsky, Le Chénadec, Suaudeau, Simon, Boukhalfa, Robin, Eon, conscients de la gravité du moment, nous offraient un récital de jeu bien léché, à la nantaise, comme le dirait bien plus tard, un Thierry Rolland revenu de ses déboires de mai. Il fera partie de la charrette de l'ORTF. Comme quoi, mai, ne fut pas, contrairement à ce nous serine l'iconographie officielle, seulement un mouvement de chevelus surpolitisés.


Marie, ignare des subtilités de la balle ronde, applaudissait à tout rompre. A la mi-temps, en croquant notre hot-dog, dans la chaleur de la foule, sans avoir besoin de nous le dire, nous savions que ce temps suspendu que nous venions de vivre marquerait notre vie. Nous ne serions plus comme avant. Lorsque l'arbitre siffla la fin du match, l'ovation des spectateurs, surtout ceux des populaires, sembla ne jamais vouloir s'éteindre. C'était poignant. La fête était finie, personne n'avait envie de retrouver la routine du quotidien. Dans la longue chenille qui se déversait sur le quai, le cœur serré je m'accrochais à la taille de Marie comme à une bouée.


L'ordre régnait à nouveau. Le pouvoir n'était plus à prendre. A la Sorbonne le comité d'organisation décidait de chasser les «Katangais» et de fermer les portes pour quarante-huit heures ; il y avait beaucoup de détritus. Daniel Cohn-Bendit, convoyé par Marie-France Pisier, rentrait en Allemagne avant que le pouvoir ne prononce la dissolution de plusieurs organisations gauchistes.


Le 16 juin, la Sorbonne capitulait sans heurt. Le 17 juin, les chaînes de Renault redémarraient. Le 30 juin, au second tour des législatives, c'était un raz-de-marée, les gaullistes et leurs alliés obtenaient 358 des 465 sièges de l'Assemblée Nationale.


Nous à Nantes, forts du sérieux de notre organisation, face à des caciques revigorés, nous sauvions les meubles. Ici, le vent de mai, laissera des traces durables, aussi bien chez les paysans, que dans les organisations ouvrières et politiques : la deuxième gauche allait prendre d'assaut le Grand d'Ouest et investir la plupart des places fortes d'une démocratie chrétienne à bout de souffle et incapable d'influencer son camp : Nantes, Rennes, La Roche sur Yon, Brest, Lorient viendraient s'ajouter au fief de St Brieuc. »


30-mai-1968_1.jpg

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Luc Charlier 16/01/2014 10:52


Jacques, ta Francesca n’a jamais cessé de me séduire ou, plus exactement, de me donner matière à phantasmes. Oui, je sais, cela s’écrit avec un « f », mais ainsi orthographié, le mot me
fait penser à phéminin, phatal ou phabuleux, voire même à phellation. Classieux, non ? Simplement, à force de ne pas réciproquer mes élans, ta belle m’a lassé et j’ai jeté le gant.


 


Mon souvenir de cette époque insurrectionnelle dévoile un aspect singulier de mes antécédents, vu les opinions que je revendique. Ma mère, trépidante jeune ophtalmologiste indépendante et
féministe sur les bords – elle n’avait pas 40 ans lors des événements que tu rapportes – fréquentait assidûment les séminaires de l’Hôtel-Dieu, qui était pour elle un autel d’yeux (joli !).
Elle s’y rendait seule, en provenance de Bruxelles, et logeait à la Petite Rue de l’Ecole de Médecine, sise non loin de là, je ne te l’apprends pas. Or donc, en mai ’68, son véhicule était garé à
front de rue, devant l’hôtel. Et alors ? Rien, sauf qu’elle roulait en Porsche de couleur blanche ! Il s’agissait de la modeste 912 (un boxer de 1600 cc au moteur de coccinelle en fait)
mais devait suffir à attiser la vindicte anti-bourgeois. Son coupé n’a pas cramé. A présent, âgée de 84 ans bientôt, elle roule encore sur de courtes distances ... en Peugeot 107 (munie d’un
moteur de scooter en fait !).

Michel Smith 16/01/2014 06:47


Souvenirs, souvenirs... En cherchant bien, et en élargissant le cliché vers la contre-allée de roite, en montant vers l'Arc de Triomphe, je devais être là, armé de mon stylo, d'un calepin et de
mon brassard "Presse". Comme toi, j'avais l'impression que la fin du match venait d'être sifflée...

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