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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 00:09

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Dans la langue de bois dur des sportifs un mot imagé revient en boucle : la pression, mettre la pression sur, résister à la pression. Dans le cas d’Isabelle Saporta il est très pertinent. Son livre VinoBusiness a déchaîné l’ire du « je suis partout mais je n’y fais rien », l’omniprésent Hubert de Boüard de Laforest. Avant même sa parution, les menaces ont plu sur l’éditeur, puis les affidés du « Sarkozy des vignes », avec en première ligne son petit bedeau mesquin cire-pompe, ont déposé leurs fientes fielleuses sur Face de Bouc et ailleurs.


Rien n’y fit, alors le « J3M des vignes » botté et nœud papillonné a déclenché l’artillerie lourde : plainte contre l’auteur et son éditeur  puis lobbying d’enfer, via l’inoxydable Stéphane Fouks, pour empêcher la sortie du film sur France 3.


Là encore, la politique de la canonnière du sémillant Hubert a fait un bide : la programmation du film en ce mois de septembre sur France 3 en est la preuve. Bien évidemment, son petit roquet a cru bon de lever à nouveau la patte sur les murs de Face de Bouc pour rappeler à son maître que ses petits sucres seront toujours les bienvenus à l’heure des étrennes.


Le bon peuple de France va donc pouvoir visionner ce que notre Hubert de Laforest voulait censurer et c’est heureux.


Isabelle Saporta a beaucoup travaillé, écouté, le ton du commentaire est apaisé, les images parlent d’elle-même : ses interlocuteurs apparaissent décontractés, heureux même d’être face à la caméra, y compris ce cher Hubert, elle ne les cuisine pas, elle leur pose simplement des questions et à aucun moment ils n’apparaissent piégés. Alors, pourquoi donc tout ce tintouin, ces menaces, cette pression ? Tout simplement parce le connétable de Saint-Emilion et des environs pensait faire de la communication, c’est-à-dire donner de lui la belle image d’un homme dévoué à la cause du vin, à sa marque et au bien de ses concitoyens.


Caramba c’est raté !


Tant mieux, c’est du travail de journaliste indépendant. Bien sûr les spécialistes du vin ergoteront à propos de certains points mais je me permets de souligner qu’Isabelle Saporta apporte dans son film un regard extérieur, qu’elle traduit bien l’image  que donne ce petit monde du vin bordelais tourné sur lui-même, nombriliste. De plus, comme vous pouvez vous en douter, étant donné la pression exercée, le contentieux en cours sur le classement, les services juridiques ont tout épluché. Ça arrondi les angles tout en empêchant la réalisatrice d’aller parfois jusqu’au bout de sa démonstration.

 

Qu’importe, le documentaire d’Isabelle Saporta est dédié au grand public d’une chaîne publique, nos petites histoires de spécialistes passeraient largement au-dessus des têtes. Apprendre à se mettre dans la peau de, sans pour autant verser dans le simplisme ou le sensationnalisme, est ce qu’a su faire, mieux que dans son livre, la réalisatrice.


Et puis, il est si rare que, sur un média grand public, la parole soit donnée à ceux qui ne l’ont ne voit jamais. Bien sûr ça déplaira à l’establishment bordelais et à la cotriade des dirigeants qui peuplent les syndicats mais je me permets de faire remarquer que leur stratégie d’évitement, leur incapacité à s’exprimer clairement sur les vrais sujets, ceux qui intéressent le populo, les pesticides par exemple, les décrédibilisent.  Alors, eux qui ont toujours le mot terroir à la bouche, c’est bien mais ça implique qu’on le respecte ce terroir en se rappelant qu’il y a des hommes dans les vignes et autour.


L’enjeu du vin produit de culture et de civilisation, discours très en vogue, ne peut s’accommoder des petits arrangements entre soi, de l’omerta, du mépris de certains, au nom d’intérêts commerciaux parfois légitimes, pour les fantassins de la vigne, ceux qui, bien au-delà de l’image, ont fait la France des AOC. Bien plus que la Résistance à deux balles de Nossiter la prise de conscience par le plus grand nombre de vignerons que, ce que nous croyions être un modèle, est en train de se diluer, de disparaître et que ce ne sont pas les prétentions d’une poignée de propriétaires de « marques patrimoniales » qui permettront au vignoble français de mieux prendre sa place dans le monde mondialisé.


Ce n’est qu’un début qu’Isabelle Saporta continue le combat, que son travail d’investigation s’approfondisse pour que l’information glisse encore son grain de sel dans un océan de communication formaté. Qu’on soit critique sur son travail, sa manière de voir, d’expliquer, me paraît sain, normal dans un débat constructif, mais se contenter de tirer à boulets rouges sur elle, de la traîner dans la boue, relève d’un mépris et d’une suffisance inadmissible.


Moi qui rêve d’écrire un petit opus : « Je veux des paysans pour mes petits-enfants ! » loin du passéisme de la Terre qui meurt de René Bazin ou de celle qui ne ment pas du Maréchal cacochyme, je suis stupéfié par l’indécence de ces parvenus qui, tout en empochant l’héritage de ceux qui les ont précédés, se goinfrent tout en ayant l’impudence de nous donner des leçons, d’occuper des postes d’intérêt général.


Qui sème le mépris récolte la colère !


Et qu’on ne vienne pas me mettre dans les dents que je méprise la réussite, tout au long de ma vie j’ai soutenu les créateurs, les innovateurs, ceux qui font, pour avoir le droit de ne pas m’extasier sur celle de gens qui l’ont engrangée car elle leur est tombée dessus bien plus qu’ils ne l’ont provoquée.


Voilà, c’est dit, maintenant vous savez ce qui vous reste à faire le 15 septembre à 20h45 sur France 3  : vous asseoir un beau soir devant votre écran plat pour visionner le documentaire d'Isabelle Saporta. Ainsi vous pourrez vous faire votre opinion, vous vous poserez des questions et, croyez moi c’est bon pour la santé.Le film sera suivi d'un débat avec l'auteur.


Vous pouvez aussi vous offrir pendant ou après le film une belle bouteille du château Gombaude-Guillot, Dominique Tescher l’a bien mérité…

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Santé et large soif !

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Hervé Lalau 03/09/2014 17:45


Pas d'accord. Pas vu le reportage, mais lu l'interview de Mme Saporta dans La Libre Belgique. Dire que ne pas aller aux Primeurs c'est signer sa mort professionnelle pour un journaliste viticole,
que personne dans notre corporation n'ose moufter parce qu'on aurait peur de ne plus être invités, c'est nul. Ca fait 20 ans que je dénonce le système, et je ne vais jamais aux Primeurs - et je
ne suis pas le seul. Idem pour les classements; ce qui ne m'empêche pas de commenter avec plaisirs de bons Saint Emilion. 


Je ne peux juger son livre dans son ensemble, je n'ai vu que des extraits - grâce à ton blog, d'ailleurs. Extraits qui m'ont un peu chagriné par son manque de nuances, mais pas assez pour me
faire une idée précise;  mais si c'est du même tonneau que ce qu'elle dit sur ma profession, alors j'ai bien peur qu'il y ait pas mal d'amalgames.


 


Hervé


 


 

JACQUES BERTHOMEAU 04/09/2014 07:55



Tu mélanges tout Hervé dans ton métier comme à la boxe il y a des catégories et je ne vois pas au nom de quoi tu défends le métier c'est corporatiste et contreproductif : comme le dit justement
dans le documentaire Michel Rolland " à Bordeaux y'a que Parker qui compte pour les propriétaires de GCC " c'est la réalité décrite pas Saporta pas la généralité de la dégustation.



Clavel 02/09/2014 14:55


Bonjour, Jacques, J'ai lu avec intérêt l'ouvrage d'Isabelle Saporta. le nom Saporta évoque pour moi tous les souvenirs de la création de la maison de vins du Languedoc au Mas de Saporta à
Montpellier-Lattes. Dans ces années 85/90 j'avais écrit quelques pages sur la famille Saporta, chassée de Lérida par une autre "Isabelle" la Catholique qui ne supportait plus une population
d'origine hébraïque cultivée et industrieuse. Il y eut plusieurs Saporta médecins enseignants à l'Ecole de Médecine de Montpellier la plus ancienne de France encore en activité et plusieurs
portaits de Doyens "Saporta" de cette école ornent son  musée. Mais l'un des descendants de cette belle origine nous assignat au tribunal, il était proporétaire d'une beau
domaine viticole dans les coteauc d'Aix, il nous fit interdire d'employer le terme Saporta en dehors du fait qu'il s'agissait d'une adresse postale !!!

Luc Charlier 02/09/2014 07:26


Voilà une chronique qu'elle me plaît, Jacques. J'aimerais pouvoir manier une plume aussi libre et ... la voir dans plus de mains encore que les tiennes. Au-delà des personnes - je partage les
mêmes sentiments sur les acteurs, depuis 1991 au moins - c'est la méthode qui empoisonne un peu le monde du vin. 


Néanmoins, avouons que, par rapport à Gaza, au Califat du Levant, au Poutinisme, aux petits gosses de 4 mois battus à mort par leurs propres parents etc ..., notre microcosme chéri est bien
petit, bien petit vraiment. Mais c'est important pour la balance commerciale de la France (au moins autant que le miel!). 

patrick axelroud 02/09/2014 07:20


La réussite ! En ce qui concerne le sonneur de cloches et ses comparses, c'est vite dit . Si faire du fric c'est le critère de la réussite alors, oui.Cela correspond à la pensée unique
d'aujourdh'hui;il ne semble plus y avoir d'autre critère.Dieu merci il y a d'autres modes de penser qui permettent au crépuscule d'une vie de se regarder avec modestie dans son miroir de salle
bain et de ne pas être trop mécontent de soi.Si le fric constitue la pierre de touche alors le Berbert, si l'on s'éloigne de son clocher, il joue petit bras par rapport a d'autres capitaines
d'industries ,même en se limitant à l'hexagone.

patrick axelroud 02/09/2014 07:09


Berbert porte mal son prénom.Il ferait mieux de s'inspirer de son saint patron qui fit repentance en poursuivant un cerf qui l'apostropha.On a le gibier qu'on peut. Bertie lui c'est, très
courageusement ,la biche Isabelle.Le manque de classe est patent . La encore il ferait mieux de prendre exemple sur la suprême élégance des Windsor : Never explain,never complain .On
verra le résultat le 15 septembre.Merci Taulier pour l'info.

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