Dimanche 28 octobre 2012 7 28 /10 /Oct /2012 00:09

 Rude semaine pour votre Taulier projeté violemment au faîte de l’actualité par l’entremise d’une chronique link  rédigée au petit matin sous l’emprise d’une sainte colère. Nul calcul, rien que le besoin vital de dire « ça suffit ! » Vraiment sidéré votre Taulier mais pas pour autant grisé par les éthers violents d’une soudaine et bien fugace notoriété.


Drôle de semaine, pour ce même Taulier, commencée sous la douceur d’un retour en force d’un été indien, en polo jaune sur mon vélo pour me rendre sur les Champs Elysées – comme un pied-de-nez à Lance Armstrong – qui se termine sous un grésil glacé au retour d’un fort bon et joyeux déjeuner, en fort bonne compagnie, au George V – comme un pied-de-nez à Renaud Revel l’indigné de la vingt-cinquième heure link - sale temps pour les journalistes et les patrons de presse.


Étrange semaine, non pas pour votre Taulier, mais pour ceux qui se sont fait élire pour nous gouverner : pensez-donc le Libé du Nicolas Demorand, qu’était à la Bastille avec notre PNR fraîchement élu, titrait à leur propos Les Apprentis. Merde c’est pourtant beau l’apprentissage mais il faut toujours se méfier des bobos ils sont versatiles. Mon côté Bon samaritain, genre Saint-Bernard avec le petit tonneau de rhum, j’ai volé au secours des petits nouveaux en tirant de ma besace une pertinente et brillante typologie des cabinets ministériels due à la belle plume de mon ami Guy Carcassonne link  et link


Surprenante semaine donc qui, par la grâce de vieilles photos exhumées par votre Taulier pour illustrer les Drôles de Cabinet décrits par l’ami Guy, suscitait de la part de l’ami Michel Smith une question capitale, de la plus haute importance : pourquoi le Taulier ne porte-t-il plus la moustache ?


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Interpeler ainsi le Taulier à la chute d’une telle semaine qui le voyait fourbu, écrasé par sa soudaine notoriété : pensez-donc sa concierge avait entendu citer son nom dans le poste, relevait de la pure provocation. Lui qui ne pensait plus qu’à savourer un juste repos du guerrier se voyait obliger de relever le défi du forgeron de Dana. Donc il imagina tout d’abord l’esquive sous la forme d’une alternative :


Réponse n°1 : car 42,2% des dictateurs sont moustachus. « Sur nos 147 dictateurs, http://www.slate.fr/story/51013/liste-dictateurs on ne compte pas moins de 62 moustachus, soit un chiffre de 42,2% de moustachus parmi les dictateurs du XIXe et XXe siècle. Un résultat élevé qui, selon toute vraisemblance, dépasse la proportion de moustachus dans la population totale de la grande majorité des pays du globe. Ajoutez à cela 8 barbus, et vous obtenez le chiffre de 47,6% des dictateurs modernes qui sont fans de pilosité faciale.

Mais une autre information frappante se détache des statistiques: sur les 19 chefs d’Etat autoritaires encore en activité répertoriés, 15 ont une moustache, soit une proportion surprenante de 79%. Les chiffres sont ici implacables: la moustache n’a jamais eu autant la cote chez les dictateurs, et le mythe du dictateur à bacchantes à encore de beaux jours devant lui. » (source Slate)


Réponse n°2 : car au XIXe siècle, la moustache, «ce signe distinctif, symbolisant la masculinité et l’autorité des gendarmes, fait d’une certaine manière partie de l’uniforme», écrit le lieutenant-colonel Edouard Ebel. En 1832, une décision ministérielle rend le port de la moustache obligatoire pour tous les militaires. Sauf que, quatre ans plus tard, une autre décision prive les gendarmes de cet attribut, provoquant un tollé au sein de l’arme, qui retrouvera en 1841 le droit de porter la moustache. A l’époque, le poil doit être taillé en brosse. «Mais surtout, en octobre 1848, la République naissante autorise les gendarmes à porter "la mouche" - touche de poils au-dessous de la lèvre inférieure -, un signe honorifique que certains arborent avec orgueil» Le port de la moustache demeura obligatoire jusqu’en 1933. (Source Gend’info)

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Entre Staline et le Gendarme de Saint-Tropez votre Taulier ne pouvait se résoudre à choisir. Bien sûr il eut pu pour plaisir à Luc Charlier se replier sur Hergé qui, en 1956, Hergé pour illustrer le régime de Plekszy-Gladz, le dictateur du pays imaginaire de Bordurie, dans l’Affaire Tournesol « choisit la moustache, et décide d’en faire le symbole du culte de la personnalité de son personnage, présent sur le drapeau national, les calendriers, les poignées de portes, les pare-chocs des voitures et même jusque dans la langue sous forme d’accent circonflexe. »

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Alors restait la ligne de repli favorite du Taulier les femmes : FLORILÉGE


« S'il ne laissait pas repousser immédiatement sa moustache je crois que je lui deviendrais infidèle, tant il me déplaît ainsi.

 Vraiment, un homme sans moustache n'est plus un homme. »


   «  D'où vient donc la séduction de la moustache, me diras-tu ? Le sais-je ? D'abord elle chatouille d'une façon délicieuse. On la sent avant la bouche et elle vous fait passer dans tout le corps, jusqu'au bout des pieds un frisson charmant. C'est elle qui caresse, qui fait frémir et tressaillir la peau, qui donne aux nerfs cette vibration exquise qui fait pousser ce petit "Ah !" comme si on avait grand froid. »


« Une lèvre sans moustaches est nue comme un corps sans vêtements ; et, il faut toujours des vêtements, très peu si tu veux, mais il en faut ! »


« Elle est hâbleuse, galante et brave. Elle se mouille gentiment au vin et sait rire avec élégance »


Je pourrais ainsi continuer à l’envi mais je préfère vous laissez découvrir le texte qui suit mais avant il me faut tout de même éclairer la lanterne de ce cher Michel : pourquoi le Taulier ne porte plus la moustache mais une barbe de 3 jours ?


La réponse est simplissime : l’irruption du blanc ! La vieillerie quoi ! J’aimais bien ma moustache de jais mais lorsqu’elle vira au poivre et sel pour n’être plus que neige  je ne me reconnaissais plus alors j’ai opté pour la facilité d’une pilosité intégrale mais rase raccord avec celle de la chevelure : ainsi je ne pensais plu à devenir Président en me rasant…


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Ma chère Lucie, rien de nouveau. Nous vivons dans le salon en regardant tomber la pluie. On ne peut guère sortir par ces temps affreux; alors nous jouons la comédie. Qu'elles sont bêtes, ô ma chérie, les pièces de salon du répertoire actuel. Tout y est forcé, grossier, lourd. Les plaisanteries portent à la façon des boulets de canon, en cassant tout. Pas d'esprit, pas de naturel, pas de bonne humeur, aucune élégance. Ces hommes de lettres, vraiment, ne savent rien du monde. Ils ignorent tout à fait comment on pense et comment on parle chez nous. Je leur permettrais parfaitement de mépriser nos usages, nos conventions et nos manières, mais je ne leur permets point de ne les pas connaître. Pour être fins ils font des jeux de mots qui seraient bons à dérider une caserne ; pour être gais ils nous servent de l'esprit qu'ils ont dû cueillir sur les hauteurs du boulevard extérieur, dans ces brasseries dites d'artistes où on répète, depuis cinquante ans, les mêmes paradoxes d'étudiants.

    Enfin nous jouons la comédie. Comme nous ne sommes que deux femmes, mon mari remplit les rôles de soubrette, et pour cela il s'est rasé. Tu ne te figures pas, ma chère Lucie, comme ça le change! Je ne le reconnais plus... ni le jour ni la nuit. S'il ne laissait pas repousser immédiatement sa moustache je crois que je lui deviendrais infidèle, tant il me déplaît ainsi.

    Vraiment, un homme sans moustache n'est plus un homme. Je n'aime pas beaucoup la barbe; elle donne presque toujours l'air négligé, mais la moustache, ô la moustache! est indispensable à une physionomie virile. Non, jamais tu ne pourrais imaginer comme cette petite brosse de poils sur la lèvre est utile à l'oeil et... aux... relations entre époux. Il m'est venu sur cette matière un tas de réflexions que je n'ose guère t'écrire. Je te les dirai volontiers... tout bas. Mais les mots sont si difficiles à trouver pour exprimer certaines choses, et certains d'entre eux, qu'on ne peut guère remplacer, ont sur le papier une si vilaine figure, que je ne peux les tracer. Et puis, le sujet est si difficile, si délicat, si scabreux qu'il faudrait une science infinie pour l'aborder sans danger.

    Enfin! tant pis si tu ne me comprends pas. Et puis, ma chère, tâche un peu de lire entre les lignes.

    Oui, quand mon mari m'est arrivé rasé, j'ai compris d'abord que je n'aurais jamais de faiblesse pour un cabotin, ni pour un prédicateur, fût-il le père Didon, le plus séduisant de tous! Puis quand je me suis trouvée, plus tard, seule avec lui (mon mari), ce fut bien pis. Oh! ma chère Lucie, ne te laisse jamais embrasser par un homme sans moustaches ; ses baisers n'ont aucun goût, aucun, aucun ! Cela n'a plus ce charme, ce moelleux et ce... poivre, oui, ce poivre du vrai baiser. La moustache en est le piment.

    Figure-toi qu'on t'applique sur la lèvre un parchemin sec... ou humide. Voilà la caresse de l'homme rasé. Elle n'en vaut plus la peine assurément.

    D'où vient donc la séduction de la moustache, me diras-tu ? Le sais-je ? D'abord elle chatouille d'une façon délicieuse. On la sent avant la bouche et elle vous fait passer dans tout le corps, jusqu'au bout des pieds un frisson charmant. C'est elle qui caresse, qui fait frémir et tressaillir la peau, qui donne aux nerfs cette vibration exquise qui fait pousser ce petit "Ah !" comme si on avait grand froid.

    Et sur le cou ! Oui, as-tu jamais senti une moustache sur ton cou ? Cela vous grise et vous crispe, vous descend dans le dos, vous court au bout des doigts. On se tord, on secoue ses épaules, on renverse la tête ; on voudrait fuir et rester ; c'est adorable et irritant ! Mais que c'est bon !

    Et puis encore... vraiment, je n'ose plus ? Un mari qui vous aime, mais là, tout à fait, sait trouver un tas de petits coins où cacher des baisers, des petits coins dont on ne s'aviserait guère toute seule. Eh bien, sans moustaches, ces baisers-là perdent aussi beaucoup de leur goût, sans compter qu'ils deviennent presque inconvenants ! Explique cela comme tu pourras. Quant à moi, voici la raison que j'en ai trouvée. Une lèvre sans moustaches est nue comme un corps sans vêtements ; et, il faut toujours des vêtements, très peu si tu veux, mais il en faut !

    Le créateur (je n'ose point écrire un autre mot en parlant de ces choses), le créateur a eu soin de voiler ainsi tous les abris de notre chair où devait se cacher l'amour. Une bouche rasée me paraît ressembler à un bois abattu autour de quelque fontaine où l'on allait boire et dormir.

    Cela me rappelle une phrase (d'un homme politique) qui me trotte depuis trois mois dans la cervelle. Mon mari, qui suit les journaux, m'a lu, un soir, un bien singulier discours de notre ministre de l'agriculture qui s'appelait alors M. Méline. A-t-il été remplacé par quelque autre ? Je l'ignore.

    Je n'écoutais pas, mais ce nom, Méline, m'a frappée. Il m'a rappelé, je ne sais trop pourquoi, les scènes de la vie de Bohème. J'ai cru qu' il s'agissait d'une grisette. Voilà comment quelques bribes de ce morceau me sont entrées dans la tête. Donc M. Méline faisait aux habitants d'Amiens, je crois, cette déclaration dont je cherchais jusqu'ici le sens : "Il n'y a pas de patriotisme sans agriculture ! " Eh bien, ce sens, je l'ai trouvé tout à l'heure ; et je te déclare à mon tour qu'il n'y a pas d'amour sans moustaches. Quand on le dit comme ça, ça semble drôle, n'est-ce pas ?

    Il n'y a point d'amour sans moustaches !

    "Il n'y a point de patriotisme sans agriculture", affirmait M. Méline ; et il avait raison, ce ministre, je le pénètre à présent !

    A un tout autre point de vue, la moustache est essentielle. Elle détermine la physionomie. Elle vous donne l'air doux, tendre, violent, croquemitaine, bambocheur, entreprenant ! L'homme barbu, vraiment barbu, celui qui porte tout son poil (oh! le vilain mot) sur les joues n'a jamais de finesse dans le visage, les traits étant cachés. Et la forme de la mâchoire et du menton dit bien des choses, à qui sait voir.

    L'homme à moustaches garde son allure propre et sa finesse en même temps.

    Et que d'aspects variés elles ont, ces moustaches ! Tantôt elles sont retournées, frisées, coquettes. Celles-là semblent aimer les femmes avant tout !

    Tantôt elles sont pointues, aiguës comme des aiguilles, menaçantes. Celles-là préfèrent le vin, les chevaux et les batailles.

    Tantôt elles sont énormes, tombantes, effroyables. Ces grosses-là dissimulent généralement un caractère excellent, une bonté qui touche à la faiblesse et une douceur qui confine à la timidité.

    Et puis, ce que j'adore d'abord dans la moustache, c'est qu'elle est française, bien française. Elle nous vient de nos pères les Gaulois, et elle est demeurée le signe de notre caractère national enfin.

    Elle est hâbleuse, galante et brave. Elle se mouille gentiment au vin et sait rire avec élégance, tandis que les larges mâchoires barbues sont lourdes en tout ce qu'elles font.

    Tiens, je me rappelle une chose qui m'a fait pleurer toutes mes larmes, et qui m'a fait aussi, je m'en aperçois à présent, aimer les moustaches sur les lèvres des hommes.

    C'était pendant la guerre, chez papa. J'étais jeune fille, alors. Un jour on se battit près du château. J'avais entendu depuis le matin le canon et la fusillade, et le soir un colonel allemand entra chez nous et s'y installa. Puis il partit le lendemain. On vint prévenir père qu'il y avait beaucoup de morts dans les champs. Il les fit ramasser et apporter chez nous pour les enterrer ensemble. On les couchait, tout le long de la grande avenue de sapins, des deux côtés, à mesure qu'on les apportait; et comme ils commençaient à sentir mauvais, on leur jetait de la terre sur le corps en attendant qu'on eût creusé la grande fosse. De la sorte on n'apercevait plus que leurs têtes qui semblaient sortir du sol, jaunes comme lui, avec leurs yeux fermés.

    Je voulus les voir; mais quand j'aperçus ces deux grandes lignes de 6gures affreuses, je crus que j'allais me trouver mal ; puis je me mis à les examiner, une à une, cherchant à deviner ce qu'avaient été ces hommes.

    Les uniformes étaient ensevelis, cachés sous la terre, et pourtant tout à coup, oui ma chérie, tout à coup je reconnus les Français, à leur moustache !

    Quelques-uns s'étaient rasés le jour même du combat, comme s'ils eussent voulu être coquets jusqu'au dernier moment ! Leur barbe cependant avait un peu repoussé, car tu sais qu'elle pousse encore après la mort. D'autres semblaient l'avoir de huit jours; mais tous enfin portaient la moustache française, bien distincte, la fière moustache, qui semblait dire : "Ne me confonds pas avec mon voisin barbu, petite, je suis un frère."

    Et j'ai pleuré, oh! j'ai pleuré bien plus que si je ne les avais pas reconnus ainsi, ces pauvres morts.

    J'ai eu tort de te conter cela. Me voici triste maintenant et incapable de bavarder plus longtemps.

    Allons, adieu, ma chère Lucie, je t'embrasse de tout mon cœur. Vive la moustache !

 

JEANNE.

 

Guy de Maupassant : La moustache.

Texte publié dans Gil Blas du 31 juillet 1883, sous la signature de Maufrigneuse, puis publié dans le recueil Toine. Le texte présenté ici est celui de Toine


Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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