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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 00:09

arton15790-28e81.jpgQue Michel Rocard en énerve plus d’un, je le conçois. Sa dernière interview dans Paris-Match témoigne, qu’à 80 ans passé, « Le plus prolixe des vétérans de la politique française, consulté par l’Elysée, chargé de mission aux antipodes, auteur compulsif de livres ou de préfaces, ancien scout toujours prêt à dégainer, dans sa prose inimitable — mi-ampoulée mi-bonhomme –, des propos cruellement lucides sur la crise ou l’«imbécillité» de son propre Parti socialiste» irrite. « L’ex-parangon du parler vrai s’est mué en imprécateur patenté, invétéré poil à gratter de son parti... »

 

Le bonhomme est ainsi, toujours en mouvement, toujours flanqué d’une énorme vache pleine de dossiers, autrefois environné du nuage bleu de sa Gitanes, capable, comme le note le journaliste de Paris-Match, de pondre « une tirade de quatre pages et demie, avec remontée à Philippe le Bel, pour expliquer le trop-plein d’Etat dans la France du XXIe siècle ! » dans le livre d’entretiens avec Alain Juppé mené par le chroniqueur de France Inter Bernard Guetta, et publié sous le titre impossible de « La politique, telle qu’elle meurt de ne pas être », théoricien en diable lui qui « n’a jamais trop aimé Marx » mais  « cite en revanche à tout bout de champ John Maynard Keynes » pourfend le capitalisme financier. Au 78 rue Varenne, il impressionnait même ses détracteurs par sa capacité d’écoute – prise de notes impeccables avec son Ball Pentel – et surtout par la maîtrise de ses réponses quel que soit le sujet. Avoir été conseiller technique dans son cabinet, chargé de la viticulture et des fruits et légumes, est une fierté pour moi.  (Lire la chronique C'était au temps où Michel Rocard s'éclatait au 78 rue de Varenne  link) Michel Rocard nous le rend bien puisqu’il déclarait «  il y avait aussi des spécialistes du monde agricole, et j’ai eu une chance de plus, celle d’avoir effectivement un cabinet fabuleux. Il y a des hasards de carrière partout. J’ai bénéficié, dans un cadre de carrière, de quelques unes des meilleures cervelles du monde agricole français et disponibles à ce moment-là. Je tiens à citer ici Bernard Vial, Bernard Candiard, Jean Nestor, Jacques Berthomeau et François Gouesse, parmi d’autres

 

Oui chers lecteurs il est des compliments qui vous vont droit au cœur sans forcément vous faire enfler la tête. Pour autant je ne suis, je ne l’ai jamais été – d’ailleurs ce n’était pas le genre de la maison – rocardolâtre, me contentant de partager avec lui une certaine vision du monde et surtout une manière d’être en politique. Je me suis engagé à ses côtés. Les Français, du moins dans un premier temps les hiérarques du PS, lui ont préféré « un prince venu de la droite », qui « n’avait pas le début du commencement des moyens de comprendre comment réformer des choses lourdes »… Des regrets, pas le moindre, c’est la vie, reste l’amitié et une admiration critique pour ce drôle de petit bonhomme avec qui j’ai partagé le pain et le sel, et du liquide qui va avec, les soirs de négociations à Bruxelles dans les petits restaurants qui entourent Bairlaymont. Je préfère ceux qui irritent à ceux qui nous anesthésient ou nous gavent de promesses. Les Français révèrent, après leur disparition, les hommes de conviction : PMF qui n’a gouverné que quelques mois en est le symbole.

 

Mais alors, me direz-vous, pourquoi cet accès de rocardisme en début de semaine ? L’écoute samedi matin de la revue de presse d’Ivan Levaï sur France-Inter citant l’interview de Michel à Paris-Match link  où, dans sa manière un peu claironnante « Il appelle aujourd’hui à l’instauration d’une société du « non-marchand » : « Il faut chanter, lire, jouer de la musique… Notre époque a perdu le sens de la fête. » Google m’a mis sous le nez l’interview et j’ai décidé de vous offrir ce passage à vous, gens du vin, parce qu’il nous va bien.

 

«Dans cinquante ans, la France sera le seul pays debout en Europe»

 

« Mais le père de la deuxième gauche balaie la question : « Sans aucune pertinence moins de six mois avant une élection ! Et cessez cette tentative de déstabilisation qui consiste à demander sans arrêt à Strauss-Kahn s’il va y aller ! La capacité de la France à s’en sortir dépend d’abord de celle qu’aura le FMI de contrer les envies suicidaires de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne de mettre de la récession chez eux. Leur excès de rigueur budgétaire risque de casser la croissance. » Et de pourfendre notre « peuple de râleurs », persuadé de son déclin depuis l’humiliation de juin 1940, alors qu’il détient la plus forte productivité horaire du monde, que « dans trois siècles il n’y aura plus d’Allemands » – pour cause de « suicide démographique », diantre –, et que « dans cinquante ans la France sera en Europe le seul pays debout ».

 

Debout, il l’est. Toujours à tempêter pour persuader ses concitoyens de se résoudre à une retraite effective à 66 ou 67 ans. « Comment ne peuvent-ils pas comprendre que travail et non-travail marchent ensemble ? L’allongement de la durée de vie nous condamne à travailler plus longtemps – on gagne un trimestre de plus chaque année – mais, en contrepartie, il faut réduire la durée hebdomadaire. » Et de citer encore une fois parole d’évangile, John Maynard Keynes : « Avant la fin du siècle, disait-il au début du XXe, il suffira de trois heures par jour ou quinze par semaine pour subvenir aux besoins de l’humanité. » Ce post-retraité paradoxal, suractif à 80 ans passés, réclame avec Paul Lafargue le « droit à la paresse ». Serait-il un flemmard contrarié ? « Même au plus chaud de mon action, j’ai toujours trouvé quinze jours pour naviguer l’été ou me livrer aux joies du planeur. » Il appelle aujourd’hui à l’instauration d’une société du « non-marchand » : « Il faut chanter, lire, jouer de la musique… Notre époque a perdu le sens de la fête. »

 

A la mairie du IIIe, le sentencieux Premier ministre a interloqué son auditoire en demandant « une minute de silence pour que chacun se remémore l’un des cinq plus beaux moments de sa vie »… « Vous voyez, triomphait-il, vous n’avez pensé que fiançailles, amour ou voyage… Pas une seconde à l’argent ! » Hédoniste, le Zébulon de la République ? « C’est juste le bonheur d’être vivant. »

 

À la tienne Michel ! Je lève mon verre à ta santé et à ta vitalité !

img-0716.jpg 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

dominique Granier 18/04/2011 22:04



super ce clin d'oeil sur Rocard!en 1980je le badais déja lors d'un meeting a Montpellier quand j'etais en sciences eco.puis j'ai eu 5ans aprés Verdale comme patron au comité de
promotiondu L Roussillon et maintenant je me nourris des ecrits de Jacques le moustachu !petard de bois gardez moi cette PHOTO!le bonjour du Gard...merci Jacques    domino



Jean HERITIER 18/04/2011 19:23



super la photo avec Antoine



Olivier Borneuf 18/04/2011 09:31



Good question Michel ! "Dis moi ce que tu manges je te dirai qui tu es" Le père Brillat-Savarin aurait tout à fait pu dire "boire" Moi aussi je suis curieux !



Michel SMITH 18/04/2011 09:07



Jacques, Olivier n'a pas tort. Toi non plus. J'aimerais bien te voir avec une moustache grisonnante ! Dis-moi, je
ne pense pas que tu nous aies parlé ici, je veux dire dans une de tes nombreuses chroniques (ou alors je te lis trop vite) des goûts de Rocard en matière de vins... En bon journaliste, j'adore ce
genre d'indiscrétions.



Olivier Borneuf 18/04/2011 09:01



La sagesse n'a pas de visage cher Jacques. Cela étant dit, la fougue de votre plume et l'impertinence visionnaire de vos propos appellent au contraste. La barbe vous va aussi très
bien  !


Amicalement


Olivier



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